Tous les acteurs du fret ferroviaire s’unissent dans 4F pour doubler la part modale du rail et interpeller les pouvoirs publics
Doubler la part des marchandises transportées par le rail en France d’ici 2030, « pour participer à un développement économique durable, respectueux du climat, de la mobilité, de la qualité de vie et de la santé des citoyens » : tel est le but de la nouvelle structure « Fret Ferroviaire Français du Futur » (FFFF ou 4F) qui rassemble la plupart des acteurs du secteur pour proposer des solutions nouvelles.
Le président de TFMM (Transport ferroviaire multimodal de marchandises) chez SNCF, Frédéric Delorme, a lancé un appel pressant aux pouvoirs publics pour réaliser ce projet d’ampleur. Il passera inévitablement par une nouvelle priorité donnée dans le graphique, par des aides publiques, et par un remaillage du réseau français, un des moins denses d’Europe hors Ile-de-France : lignes de dessertes fines, lignes de contournement, itinéraires alternatifs, embranchements industriels...
Au total, il faudrait 15 milliards d'euros pour relancer le fret ferroviaire en France selon 4F... soit seulement 40% du coût du métro Grand Paris Express.
Rame de conteneurs tractée par l'opérateur belgo-américain RegioRail sur le port de Marseille. La part du fret ferroviaire en France a régressé à 9% contre 70% voici un demi-siècle. (Doc. RegioRail)
La création de 4F survient moins d’un mois après la publication par Frédéric Delorme d’une tribune dans Les Echos et les appels de François Meyer pour l’association Fer de France ou Dominique Denormandie pour le Groupement national du transport combiné qui allaient dans le même sens.*
Le trafic ferroviaire fret en France a chuté de 31 % entre 2003 et 2013, pour atteindre une part de marché de 9 %
Selon l'Association française du rail (Afra) le trafic de fret ferroviaire en France a chuté de 31 % entre 2003 et 2013. La part de marché du chemin de fer an France dans le transport terrestre de fret, qui atteignait 70 % voici un demi-siècle, est aujourd’hui évaluée à 9 %, soit deux fois moins qu’en Allemagne. Même l’Italie fait mieux, avec 14 % de part de marché. Quant à la Suisse et à l’Autriche, elles caracolent en tête à 35 % et 32 %, malgré un réseau qui supporte un trafic voyageurs à haute fréquence.
Frédéric Delorme relève que, « rassemblés depuis 2019 au sein de la coalition "Rail Freight Forward", les leaders du fret ferroviaire européen ont la conviction qu’il est possible de mettre sur les rails 30 % des volumes totaux de marchandises transportés en Europe d’ici 2030 ».
Pour la France, le défi est de taille. Un plan de relance global du fret ferroviaire, à moyen et long terme, est en cours de finalisation pour être présenté à l’Etat ce mois-ci, écrit Frédéric Delorme.
Il y a bien sûr nécessité d’aides publiques aux entreprises ferroviaires pour les aider à surmonter les pertes de ces six derniers mois (grève puis confinement), qui devraient se concrétiser par des aides gouvernementales pré-annoncées mi-juin par le ministre Garald Darmanin.
Rame multi-modale Fret SNCF au passage à Montpellier-Saint-Roch, sur la ligne classique pourtant doublée par celle du Contournement de Nîmes et Montpellier fret-grande vitesse. ©RDS
Mais au-delà, 4F propose trois niveaux d’intervention : les opérateurs fret, « prêts à innover et à prendre le risque entrepreneurial de reconquête du fret en France » ; le gestionnaire du réseau ferré national, SNCF Réseau qui, en lien avec ces opérateurs, doit « donner priorité à la qualité de service, et disposer des moyens d’investir dans la rénovation du réseau » ; l’Etat qui, comme le font d’autres pays, « doit accompagner la décarbonation du secteur des transports et, à ce titre, appuyer la compétitivité de la composante ferroviaire au sein d’une chaîne logistique plus durable ».
En matière de décarbonation, la relance du fret ferroviaire nécessiterait aussi de nouvelles électrifications classiques
En matière de décarbonation, on déplorera la pusillanimité de SNCF Réseau à électrifier ses lignes tandis que l’Allemagne vient de lancer un vaste plan en ce sens. On n’entend que projets de trains à hydrogène ou électrifications ponctuelles pour des trains à batteries. Tout cela ne peut convenir qu’à des rames voyageurs circonscrites à des lignes dédiées (pourquoi faire circuler des trains à hydrogène ou des rames lestées de lourdes batteries sur des lignes déjà électrifiées ?) et continue d’exclure les rames électriques classiques de pans entiers du réseau. Quant aux circulations fret, leurs caractéristiques imposent aujourd’hui encore soit le diesel, soit l’électrique sous caténaires. Quitte à électrifier, autant donc le faire complètement pour éviter au fret d’avoir recours à de coûteuses locomotives bi-modes.
En, matière de solidité de l’offre, la question sociale se posera inévitablement, la SNCF cumulant un nombre de jours de grèves parmi les plus élevés d’Europe.
Augmenter l’aide au transport combiné, aider le wagon isolé, compenser une part des péages, rénover le réseau…
Se pose bien sûr la douloureuse question des finances. Pour Frédéric Delorme, le temps est venu « de prendre des mesures alternatives à l’écotaxe, valorisant l’apport écologique du rail auprès des marchés et des logisticiens ». L’appui demandé par 4F, porté par l’Etat, l’Europe et relayé par les Régions, « serait un signal politique fort qu’attendent les marchés et les territoires ».
Cet appui prendrait la forme d’un cocktail de mesures : « Augmentation et pérennisation de l’aide au transport combiné, création d’une aide au wagon isolé, augmentation de la prise en charge d’une partie des péages d’utilisation du réseau ferroviaire, plan de modernisation des infrastructures nationales et de rénovation/sauvegarde des lignes capillaires et installations embranchées desservant les industries, soutien aux projets de décarbonation, labélisation de modes de transport vert... »
Rames fret Europorte en attente de départ. Pour Frédéric Delorme, il faudra prendre des mesures alternatives à l'écotaxe. (Doc. Europorte)
L’organisme 4F réunit sept tractionnaires nationaux dont Fret SNCF, DB Euro Cargo Rail, Europorte
L’organisme 4F, véritable confédération professionnelle et lobbyiste, réunit sept tractionnaires nationaux et une série d’autres professionnels :
- Les entreprises de transport ferroviaire tractionnaires : Fret SNCF, DB Euro Cargo Rail (ECR), VFLI (groupe SNCF), Europorte (groupe Getlink Eurotunnel), Lineas (groupe SNCB), RegioRail (belgo-américain), Millet Rail.
- Les opérateurs ferroviaires de proximité réunis dans l’association Objectif OFP.
- Les entreprises de transport combiné multimodal Novatrans, Naviland Cargo, T3M, Froidcombi, VIIA (autoroutes ferroviaires), Forwardis (commissionnaire).
- Les organisations professionnelles : Association Française du rail (AFRA), Groupement National des Transports Combinés (GNTC), Association française des détenteurs de wagons particuliers (AFWP), Association des utilisateurs de transports de Fret (AUTF), Fédération des industries Ferroviaires (FIF), Union des Entreprises Transport et Logistique de France (TLF), Syndicat des Entrepreneurs de Travaux de Voies Ferrées de France (VFF), Association française des gestionnaires d’infrastructures ferroviaires indépendants (AFGIFI), Comité pour la liaison européenne franco-italienne Transalpine, association France-Logistique 2025.
- Le gestionnaire d’infrastructure SNCF-Réseau.
Frédéric Delorme insiste : « Le fret du futur, trains et réseau, a d’immenses réserves de progrès techniques et technologique susceptibles d’améliorer sa performance et d’alimenter en activités et en emplois les industries localisées dans les territoires ». Souhaitons que cette initiative rencontre plus de succès que les annonces gouvernementales faites depuis des décennies sur le relance du fret ferroviaire. Mais cette fois-ci l’initiative vient de la base professionnelle. L’Etat jacobin va-t-il pouvoir se remettre en question ?
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(*) Lire aussi notre article du 17 mai 2020 :
La crise du coronavirus aura constitué un révélateur pour le monde du transport de fret. La puissance et la productivité du mode ferroviaire permet de transporter des masses considérables par l'emploi d'une poignée de professionnels, conducteurs, régulateurs et à un coût énergétique réduit...
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