(* Mis à jour le 22 février, avec précision sur le coût de l'étude au §1, complément de la réaction de Laurent Wauquiez au §8, communiqué du Collectif en fin de texte)

 Face à la colère croissante de nombreux habitants et à la mobilisation d’élus et de députés, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez a annoncé le lancement d’une étude sur la rénovation de la section Boën-Thiers de la ligne régionale structurante Saint-Etienne-Clermont-Ferrand. Cette étude, financée par la région à hauteur de 300.000 euros, devra rendre ses conclusions en fin d’année, sur la faisabilité et le devis des travaux. En revanche, Laurent Wauquiez refuse d’inscrire la rénovation de cette section de 48 km au Contrat de plan Etat-Région et conditionne une participation régionale au règlement de la facture finale à un engagement de l’Etat.

« Depuis des mois on a interpellé l’Etat sur cette ligne, on n’a eu qu’une fin de non-recevoir »

 Laurent Wauquiez, jusqu’ici en réserve face à la mobilisation croissante sur le terrain, avec en particulier une importante manifestation le 31 janvier à Boën qui suivait une précédente le 18 octobre à Noirétable, a déclaré dans des propos rapportés par La Montagne dans son édition du 19 février : « Depuis des mois, à intervalles réguliers, on a interpellé l'État sur cette ligne, et on n'a eu qu'une fin de non-recevoir. Normalement, la Région n'a pas à mettre un euro sur la rénovation des rails, qui est une compétence de l'État. Mais aujourd'hui, l'inquiétude monte, car on peut s'acheminer vers une fermeture complète. Je le refuse, on doit sauver nos petites lignes. »

Fichier_004Manifestation du 31 janvier devant la gare de Boën pour la réouverture de la section Boën-Thiers. A l'approche des élections régionales, le devenir de cette ligne de 145km qui relie la métropole de Saint-Etienne (405.000 habitants) à celle de Clermont-Ferrand (295.000 habitants), est devenu un enjeu politique. (Doc. Collectif ligne Lyon-Saint-Etienne-Clermont-Ferrand)

 Cette déclaration de principe vise à l’évidence à faire pression sur l’Etat et son bras armé ferroviaire SNCF Réseau, car la région Auvergne-Rhône-Alpes s’est déjà engagée à cofinancer des rénovations de voies, en particulier pour une série de lignes de desserte fine fret, récemment, dans le cadre d’un plan de relance Etat-Région. Auvergne-Rhône-Alpes a même accepté de financer la remise à niveau de section centrale de la ligne des Cévennes. S’il est vrai que l’Etat, propriétaire des voies, est légalement responsable de leur financement, les exemples surabondent depuis plusieurs décennies, de régions s’engageant sur leurs deniers à sauver des voies que l’administration centralisatrice est prête à fermer.

Pas d’inscription au Contrat de plan Etat-Région, mais à un plan de relance Etats-Région

 Laurent Wauquiez ne s’est pourtant pas privé de reprendre un argument de SNCF Réseau, selon lequel la ligne « transportait environ trente personnes par jour ». Un chiffre évidemment fallacieux, puisqu’il comptabilisait la fréquentation de cette section au crépuscule de son exploitation ferroviaire début 2016 alors qu’une partie était déjà basculée sur route, que la fréquence, de l’ordre de trois trains par jour, était squelettique et que les vitesses avaient dû être réduites. Par ailleurs, le président du conseil régional semble refuser d’accéder à la demande du Collectif de défense de la ligne, soit l’inscription de sa rénovation au Contrat de Plan Etat-Région 2021-2027 car, argumente-t-il, ce CPER « ne comprendra pas de volet infrastructure. Il ne faut pas passer par là. »

DSCN2733Ecran d'annonce des trains, ultra-moderne, installé en gare de Noirétable peu de temps avant la suspension de toute circulation. La rénovation et modernisation de cette gare siuée au faîte de la ligne Saint-Etienne-Clermont-Ferrand, desservant une commune active de petite industrie, dotée d'un casino et d'un lieu de pélerinage à quelques kilomètres, avait été co-financée par la région et par... l'Union européenne. ©RDS

 À la place, relate La Montagne, Laurent Wauquiez indique avoir obtenu de SNCF Réseau deux engagements : ne pas déclasser la ligne, c’est-à-dire sa fermeture légale, entraînant un retrait du catalogue du réseau ferré national avec pour seule obligation la protection des tiers par rapport à l’infrastructure subsistante ; l’arrêt de la désactivation des passages à niveau impliquant retrait de rails et des barrières.

Tout rétablissement du trafic impliquera un renouvellement voie-ballast

 Reste que tout rétablissement de trafic impliquerait un renouvellement total voie-ballast, donc la dépose des rails et des traverses hors d’âge. Une reprise de la signalisation de cette voie unique, et l’établissement de voies d’évitements seraient nécessaire afin de permettre une permissivité de circulation compatible avec une fréquence aux deux heures, par exemple.

 L’étude préalable annoncée par Laurent Wauquiez vise précisément à envisager un devis moins élevé. « Cette étude va nous permettre d'avoir des arguments pour plaider le dossier au niveau de l'État et l'intégrer au plan de relance ferroviaire (Etat-Région, NDLR) négocié avec Jean Castex lors de sa venue en janvier », a argumenté le président du Conseil régional. Il se dit prêt « à cofinancer le projet, même si c'est une décision qui reviendra à l'Etat ». « On doit tout faire pour se donner une chance, quand il s'agit de l'Auvergne, je ne fais pas de politique, on doit additionner nos forces. »

 Dans Le Progrès du 21 février, Laurent Wauquiez explique : « Si l’étude montre que le coût est raisonnable il ne faudra pas hésiter à rouvrir cette ligne. L’État devra prendre la décision finale. Il financera ce projet et nous le cofinancerons. Lors de la venue du Premier ministre à Lyon, en début d’année, j’ai obtenu un plan de relance pour les petites lignes ferroviaires. Il s’élève à 230 millions d’euros, dont 132 millions d’euros provenant de la Région. L’objectif est d’inscrire la ligne Boën-Thiers dans ce plan de relance ».

DSCN2631Voie neutralisée à hauteur de Sail-sous-Couzan, à l'ouest de Boën. Après la suspension de toute circulaiton commerciale, ces rails ont vu passer quelques trains de ballast de et vers Sail-sous-Couzan où avait été établi un dépôt de matériaux (à g.) lors de la rénovation de la section Montbrison-Boën, au financement de laquelle participèrent la région et l'intercommunalité. Rappelons que la neutralisation de 2016 concernait la section Montbrison-Thiers, soit 66 km... ©RDS

 Karine Legrand, coordinatrice du Collectif de défense de la ligne Clermont-Ferrand-Saint-Etienne-Lyon s’est félicité de cette première annonce : « C’est un pas important. M. Wauquiez a réussi à gagner du temps, même si ce n'est pas gagné et que tout dépendra de cette étude ». Elle recommande la plus grande vigilance sur « l’indépendance » du cabinet d’étude que la région sélectionnera. 

Pour un responsable du Collectif, le devis pourrait être réduit de 30 % grâce aux techniques modernes

  Pierre-Oliver Messner, autre responsable du Collectif, explique pour sa part : « Il faut savoir que la ligne n'est pas en très mauvais état mais que si on veut proposer un service performant (1 h 50 entre Clermont et Saint-Etienne avec six arrêts, voire 1 h 40 sans arrêt) il va falloir prévoir une RVB sur les 48 kilomètres ». Il insiste par ailleurs sur le fait que « la partie Thiers-Clermont est armée pour 160 km/h », performance qu’une réouverture de la totalité du parcours permettrait de rentabiliser. M. Messner explique par ailleurs qu’après une réunion avec différents intervenants, un devis d’un million d’euros par kilomètre, soit 48 M€, pourrait être réduit « d’environ 30 % » grâce « aux techniques de régénération modernes ». Soit un prix cible de quelque 35 millions d’euros.

 Notons qu'en Allemagne, un renouvellement voie-ballast plus signalisation sur voie régionale est actuellement tarifé à moins d'un million d'euros par kilomètre (700.000 euros/km sur Osnabrück-Diesen Bad Rothenfelde avec voie acceptant 20 tonnes par essieu, dans les années 2000).

Extrait du carnet de profil Sud-Est concernant la ligne "de Clermont-Ferrand à Saint-Just-sur-Loire".

 Il reste néanmoins à chiffrer le coût d’une signalisation automatisée « avec deux croisements a minima sur la section, soit Noirétable et probablement Monnerie-le-Montel » soit La Monnery-Saint-Rémy. Ces deux croisements évoqués détermineraient trois sections de longueurs inégales : Boën-Noirétable (26 km), Noirétable-La Monnerie (16,8 km) et La Monnerie-Thiers (5,4 km). Cette dernière section présente un profil parmi les plus difficiles, avec des déclivités atteignant 25 ‰, huit tunnels et des courbes prononcées.

  Quelques voûtes de tunnels devraient être l’objet de « reprises légères », et surtout « un pont sur la Durolle qui pose problème, ainsi que les quais, des murs de soutènement », détaille Pierre-Olivier Messner. Ce dernier relève que des riverains ont porté plainte contre la SNCF pour non-entretien de la végétation sur la voie ferrée », qui envahit des propriétés privées.

 M. Messner conclut : « Il existe deux cabinets d'audit indépendants qui peuvent sortir les vrais chiffres de la remise en service de la voie ». Le Collectif, en revanche, n’attend rien d’un audit de SNCF Réseau.

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Lien vers le communiqué du Collectif ferroviaire Clermont-Thiers-Boën-Saint-Etienne-Lyon, après les déclarations du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez:

21.02.21 - Communiqué de presse - Laurent Wauquiez défend le tronçon Thiers-Boën

Le Collectif a pris acte des annonces de Monsieur Laurent Wauquiez, Président de la région Auvergne Rhône-Alpes dans les quotidiens régionaux "La Montagne" et "Le Progrès". Cela démontre que lorsque la régénération d'une ligne ferroviaire s'intègre à un projet de territoire, l'intérêt des habitants et des entreprises, en l'occurrence du Forez et de la Montagne Thiernoise, l'emporte sur les clivages politiques.

https://letrain634269.org