(* Complété le 26 février par le lien, en fin de texte, vers l'article qui apporte de nouvelles précisions publié par transportrail).

 Ses wagons réfrigérés mis au rebut depuis juillet 2019, le « train des primeurs » Perpignan-Rungis est remplacé depuis par environ 75 semi-remorques effectuant chacun un millier de kilomètres aller simple soit, selon certaines évaluation, 25.000 allers-retours par an sur des autoroutes surchargées de poids-lourds. Des solutions de remplacement ont été concoctées, à base de conteneurs réfrigérés acheminés jusqu’à Valenton avec reprise par le transport routier jusqu’à Rungis en raison de l’adaptation des quais de déchargement du marché d’intérêt national de l’Ile-de-France aux seuls wagons à déchargement latéral, ou jusqu’aux entrepôts de grandes distributeurs.

 Pour autant, ce flux de produits frais majoritairement espagnols et marocains est resté à la route. Néanmoins un appel à manifestation d’intérêt a été lancé en décembre par le gouvernement, qui pourrait déboucher sur un retour du rail sur cet important marché fret. Fret SNCF s'est  placée sur les rangs.

Primeurs Perpi

Au garage depuis juillet 2019, wagon du Train des primeurs Perpignan-Rungis portant le nom de son propriétaire Ermewa SA, filiale du groupe SNCF. Transport routier favorisé, lente dégradation du matériel ferroviaire, suppression progressive des nombreux trains frigorifiques qui faisaient la fierté de la SNCF... (DR) 

 La situation actuelle, qui dure depuis 18 mois, est en totale frontale avec le discours désormais convenu sur l’urgence du report modal de la route vers le rail ou la voie d’eau. Un discours convenu mais qui n'est suivi d’effet ni sur cet axe Perpignan-Rungis où les opérateurs ont tranquillement laissé agoniser le matériel roulant alors qu’il a transporté 140.000 tonnes de chargements en 2017 (et jusqu'à 400.00 tonnes auparavant), ni sur les lignes capillaire fret du Mont Dore, de Montluçon-Eygurande, de Commentry-Moulins ou de tant d’autres où SNCF Réseau a laissé se dégrader les rails au point de liquider les lignes ou de menacer de le faire.

Date butoir pour réponse à l’appel à manifestation d’intérêt : 29 janvier 2021

 Selon les informations du quotidien perpignanais L’Indépendant, « un ou plusieurs dossiers ont été déposés avant la date butoir du 29 janvier 2021 » en réponse à cette manifestation d’intérêt. Fret SNCF serait de la partie, après avoir travaillé de longs mois en lien avec plusieurs chargeurs en mesure de remplir les wagons de marchandises à destination du marché d’intérêt national de Rungis. Le « train des primeurs »  pourrait alors recommencer à circuler à partir de l’été, d’abord en basse saison puis lors des mois chargés de novembre à avril. Notons que ce type d'acheminement, qui se faisait jusqu'en 2019 via Toulouse, était prévu à des vitesse atteignant 140km/h, une performance pour du fret ferroviaire.

DSCN2961Rame de wagons porte-conteneurs tractée par Fret SNCF, sur la ligne du Languedoc, en transit à Montpellier Saint-Roch pour laisser probablement la place à des TGV sur le CNM voisin. La filiale fret du groupe SNCF serait sur les rangs pour tracter les wagons réfrigérés reconditionnés appartenant à Ermewa, autre filiale du groupe public. ©RDS

 L’appel à manifestation d’intérêt était accompagné, de la part du ministère des Transports, d’aides à l’exploitation et à l’investissement. Il faudra bien en effet restaurer au fur et à mesure de la montée en puissance de la relation la flotte des 82 wagons appartenant à la filiale de la SNCF Ermewa, actuellement garés sans usage. Leur renouvellement complet avait été évalué à 30 millions d’euros. Il faudra aussi compenser les pertes qui ne manqueront pas de survenir durant les premiers temps de l’exploitation, certains évoquant au moins trois ans avant d’atteindre l’équilibre. La région Occitanie n’exclut pas de son côté de passer aussi à la caisse, après étude du dossier.

Cité par L’Indépendant, un responsable ferroviaire déclare sous le sceau de l’anonymat : « Le Premier ministre Jean Castex s'est engagé, dès sa nomination, sur ce dossier et il se sait attendu au tournant. On a vu l'importance du fret lors du premier confinement. S'il y a une volonté politique, la ligne marchera et sera complémentaire avec le transport routier ». 

Le marché d’intérêt national de Rungis ne possède pas de chantier de manipulation des conteneurs

 Rappelons que le marché d’intérêt national de Rungis ne possède pas de chantier de manipulation des conteneurs. Un éventuel trafic par conteneurs réfrigérés aurait donc dû avoir pour terminus Valenton, à 12 km de Rungis. Le temps de transbordement par camion après arrivée à Valenton vers 3 h 30 du matin (départ vers 16 h 45 de Perpignan) n’aurait pas permis d’alimenter en temps et heure le marché de Rungis.

 A l’automne 2019, le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari avait annoncé un montage permettant la remise en état de la moitié du parc de wagons frigorifiques permettant la reprise temporaire du trafic conventionnel en combinant wagons porte-conteneurs et wagons frigorifiques rénovés. La SNCF envisageait de proposer aux clients un préfinancement de la rénovation permettant de ne facturer que les wagons utilisés. Il semble que le cadre financier ait évolué depuis.

En 1975, Perpignan expédiait 93 % de ses fruits en transit par le rail

 Jusqu’en 1975, le marché Saint-Charles de Perpignan expédiait 93 % des fruits qui y transitaient et 70 % des légumes par le rail, contre 7,8 % de l’ensemble en 2019  jusqu’à l’arrêt du train de primeurs. Par le passé, la rame frigorifique fut rentabilisée en transportant à son retour vers Perpignan des journaux vers Toulouse, puis des articles pour la grande distribution grâce à un contrat avec Geodis, filiale de la SNCF. Avant que Geodis préfère la route, entraînant  le retour du train à vide sur Perpignan. Et déséquilibrant sur budget, condamnant son matériel à une lente décrépitude.

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Rame de wagons frigirifiques du Train des primeurs à quai au marché d'intérêt national de Rungis. Les wagons devraient être reconditionnés progressivement pour un coût bien inférieur à celui d'un achat de wagons neufs. (Doc. Rungisinternational.com)

 Dans un précédent article (18 novembre 2019), Raildusud rappelait  qu’il y a trente ans circulaient quatre trains de primeurs entre Perpignan et Rungis. En 1960, la SNCF  créait le « Provence Express » entre Orange et Paris-Bercy pour les primeurs de Vaucluse, du Gard, de la Drôme. En 1988, elle lançait Chronofroid entre Avignon et Valenton, avec des rotations étendues par la suite à Toulouse, Perpignan, Lyon, Lille et Nancy, rames alliant les primeurs aux produits laitiers, à la viande et aux surgelés.

 La rétraction de ce type de transport ferroviaire – le Perpignan-Rungis fut le dernier à circuler - a commencé plusieurs années avant l’ouverture du réseau français à la concurrence dans le fret, en 2006 pour les liaisons intérieures.

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Lien vers l'article de transportrail qui apporte des informations complémentaires :

Pas de salades pour le train des primeurs - transportrail - Le webmagazine ferroviaire

Fret SNCF a répondu à l'Appel à Manifestation d'Intérêts de l'Etat pour relancer le train des primeurs entre Perpignan et le marché de Rungis. Le dossier est - on s'en doute - très suivi par le Premier Ministre, régional de l'étape.

http://transportrail.canalblog.com