Lyon : Bruno Bernard, patron du Sytral, réaffirme les extensions du métro mais passe sur les liaisons vers la grande banlieue
A Lyon, le discours sur l’avenir des transports publics a évolué en quelques semaines. Après une première conférence de presse d’intronisation à la présidence du Sytral, le syndicat mixte des transports pour tout le Rhône, où il fut question de tisser jusqu’à quatre lignes de téléphériques et de reporter le projet de métro E, Bruno Bernard semble avoir changé de braquet. Celui qui est par ailleurs président (EELV, ex-PS) de la Métropole a donné un entretien-fleuve au mensuel Mag2lyon (édition du 14 septembre) dans lequel il prône une extension des modes de transport lourd et paraît limiter – mais sans les abandonner - ses ambitions de téléphériques (1). Très centré sur Lyon, il n'évoque que très succintement les lourds défis des liaisons vers la grande banlieue, où sont expulsées les classes moyennes en raison de l'explosion des prix des logements.
Un projet de téléphérique Debourg-Sainte-Foy, avec une surévaluation manifeste de son trafic
Bruno Bernard n’abandonne pas l’idée, devenue à la mode, du téléphérique urbain. Mais il est devenu plus prudent. Arguant que Brest a ouvert une ligne de téléphérique voici deux ans, que Toulouse s’apprête à le faire en 2022 et Grenoble en 2024, il maintient son projet de réaliser une ligne entre Debourg et Sainte-Foy-lès-Lyon. Ces nacelles franchiraient donc le Rhône puis la Saône avant de gravir la pente qui mène au plateau Ouest. Bruno Bernard affirme que ce mode de transport a une capacité qui va « jusqu’à 3.000 personnes/heure, c’est-à-dire l’équivalent du tramway ».
Ci-dessous, lien vers la carte des réseaux ferrés de la Métropole de Lyon établie par Cartométro.com :
Site consacré aux métros, tramways et RER (Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Strasbourg, Nantes, Clermont-Ferrand, Dijon, Marseille, Montpellier, Mulhouse, Nice, Orléans, Genève, Lausanne, Turin, Milan). Vous y trouverez des cartes très détaillées de ces différents réseaux.
http://cartometro.com
Cette affirmation est apparemment sans fondement. Brest, sur la ligne qui franchit la profonde vallée de la Penfeld, affichait un trafic de 6.000 personnes par jour deux sens confondus avant que la ligne soit interrompue pour travaux lourds après une série de problèmes mécaniques. Et encore était-il question de longues queues devant la station d’embarquement aux jours d'affluence, le téléphérique semblant drainer une proportion importante d’usagers « touristiques ».
Grenoble, entre Fontaine et Saint-Martin-le-Vinoux, a « vendu » son projet de téléphérique aux contribuables en projetant un trafic de 5.000 personnes par jour deux sens confondus, soit le trafic d’une ligne de bus de seconde catégorie… pour le prix d’une ligne de tramways apte à transporter 100.000 personnes par jour (2). Il est à noter que ces lignes filaires nécessitent de fréquentes interruptions pour maintenance, réalisées sans douleur hors saison dans les stations de ski mais très pénalisantes en milieu urbain. Par ailleurs, les temps de parcours sont péjorés par deux facteurs : la nécessité de stations intermédiaires avec débrayage des cabines pour tout changement d’orientation de la ligne en plan ; la difficulté d’accès des plateaux d’embarquement depuis le sol, situés en étages, et l’obstacle subséquent que cela constitue pour toute correspondance avec d’autres modes.
« Une pré-étude a été réalisée mais elle ne suffit pas pour garantir sa faisabilité », a toutefois prudemment nuancé Bruno Bernard dans Mag2lyon. Tout en enchaînant sur sa volonté de réaliser des extensions du réseau de métro.
Le patron du Sytral regrette la lenteur de l’extension du métro mais n’annonce aucune ouverture nouvelle avant 2030
« Il y a trop longtemps qu’on n’avance plus pour le métro », assène-t-il. Pourtant, les travaux d’extension de la ligne B au sud de Gare d’Oullins pour deux stations supplémentaires en sont à leur phase de second œuvre, une ligne en cours d’automatisation. Par ailleurs, la précédente mandature a fixé le tracé préférentiel d’une ligne E, entre Bellecour et Gare d’Alaï à Tassin, via le plateau du 5e arrondissement. La gare d’Alaï est une station à voie unique située sur la branche Brignais du train-tram de l’Ouest lyonnais, sur la commune de Tassin. Elle est actuellement sous-utilisée malgré plusieurs correspondances bus au pied de ses escaliers.
Rame fer du métro C à Cuire, au départ à destination d'Hôtel de Ville via Croix-Rousse. Le Sytral penche pour une extension du métro B de Charpennes à Sathonay pour desservir le plateau Nord. Une extension vers l'est de la ligne C rencontrant la future ligne B permettrait un maillage intéressant. Bruno Bernard conditionne par ailleurs toute extension du métro à une densification de l'habitat. ©RDS
Bruno Bernard explique, tout en affirmant que tout nouveau projet ne serait pas mis en service avant 2030 : « On peut considérer que les études pour le métro E jusqu’à Gare d’Alaï sont presque abouties. On va aussi étudier le prolongement du métro A jusqu’à Décines et Meyzieu et celui du métro B jusqu’à la gare de Sathonay ». Située sur le plateau nord au-delà de La Croix-Rousse et de Caluire, Sathonay est aussi l’amorce de l’ancienne ligne du réseau ferré national Sathonay-Trévoux, dans le Val de Saône. Notons que l’extension du métro A jusqu’à Décines et Meyzieu doublonnera avec la ligne de tramway empruntée par le T3 et le Rhône-Express. Ne serait-il pas plus judicieux d’augmenter fortement la capacité des rames du Rhône Express ?
Bruno Bernard avalise le projet acrobatique de BHNS sur l’ex-ligne à voie unique de Trévoux
Sur ce sujet de l’avenir de la ligne de Trévoux, qui relève du domaine de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Bruno Bernard prend déjà acte de l’ouverture d’un bus à haut niveau de service sur la ligne Lyon-Trévoux, ce qui ne manque pas de sel. Cette section à voie unique de 18,5 km de l’ancienne ligne Croix-Rousse-Trévoux est dotée d’ouvrages d’arts sur son parcours accidenté entre Val de Saône et plateau (en particulier un long pont-rail et treillis métallique en aplomb de Rochetaillée-sur-Saône). Elle devrait donc subir de lourds aménagements pour assurer un service de bus articulés, avec deux solutions : élargissement pour voies de croisements à intervalles réguliers - mais que penser d’un cadencement sur voie unique routière avec section initiale depuis Lyon sur voirie générale ? ; ou très coûteux élargissement de l’ensemble de la plate-forme située en milieu contraint.
Viaduc de Rochetaillée sur l'ancienne ligne ferroviaire à voie unique Lyon-Trévoux. Le président du Sytral avalise le choix acrobatique de la Région Auvergne-Rhône-Alpes d'y faire circuler des bus "à haut niveau de service"... moyennant des travaux considérables d'adaptation du gabarit pour les croisements, une régularité douteuse et une capacité réduite. Le Sytral aurait pourtant son mot à dire sur cette relation de grande banlieue... (Doc. Wikipedia)
La solution du train-tram eût été l’évidence, mais elle impliquerait un saut-de-mouton à Sathonay au-dessus des voies amorçant la ligne à grande vitesse, solution qui semble ne pas convenir au Conseil régional actuel qui, depuis six ans n’a pas brillé par ses investissements dans les infrastructures ferroviaires.
Le souhait d’un RER métropolitain, mais sans en avoir la compétence alors que les liaisons avec la grande banlieue sont cruciales
Sur la grande banlieue (périphérie hors Métropole), tout en avalisant le projet acrobatique de BHNS sur Sathonay-Trévoux, Bruno Bernard souhaite « un réseau express métropolitain qu’on peut aussi appeler RER à la lyonnaise, et optimiser l’usage de nos gares en élargissant leur amplitude horaire ». Cette question de la grande périphérie, qui n’est pas de la compétence du Sytral mais de la Région et de SNCF Réseau, n'est pas approfondie par Bruno Bernard. Il n'aborde pas le projet de ses prédécesseurs d’intégrer le train-tram de l’Ouest lyonnais dans le domaine du réseau urbain. Le président du Sytral se limite à une simple évocation de sa collaboration avec Laurent Wauquiez, président de la Région.
De même, sur ce sujet brûlant des liaisons de grande banlieue, Bruno Bernard n’évoque ni la logique extension de la branche Brignais du train-tram jusqu’à Givors, sur une infrastructure neutralisée mais préservée, ni l’électrification de Tassin-Lozanne, ni l’extension du train-tram de Sain-Bel à Sainte-Foy-l’Argentière par la vallée de la Brévenne. Le Sytral, qui gère désormais tous les transports sur le Rhône (hors TER), aurait pourtant son mot à dire sur un sujet brûlant face à une mortalité routière dramatique sur ces axes. Le Sytral a intégré le réseau de bus départementaux Cars du Rhône.
Gare de Lozanne. A droite, l'autorail du réseau de l'Ouest lyonnais attend de partir pour Tassin. Cette branche attend depuis des années son électrification et connaît des substitutions par bus en rafales. Pour Lyon Gorge-de-Loup ou Saint-Paul, une correspondance autorail-train tram à Tassin est incontournable. ©RDS
Bruno Bernard explique toutefois travailler sur « la demande d’une tarification unique SNCF-TCL » (en fait TER-TCL) qu’il « espère pouvoir mettre en place rapidement », mais sans préciser son aire d’application.
On terminera par les bus et les tramways. Au sujet de ces derniers, le patron de la métropole et du Sytral affirme « qu’il y a d’autres solutions que d’ouvrir des lignes de tramway pour prendre de la place à la voiture », dont il veut réduire la part modale « de 42 % en 2015 à 35 % d’ici 2026 ». En passant, il demande à ce sujet à l’Etat d’installer « des dispositifs de lecture des plaques et des verbalisations automatiques ».
Trente kilomètres de lignes nouvelles de tramways, dont une rocade Est Saint-Fons-La Doua
Bruno Bernard prône néanmoins l’aménagement « de près de 30 km de tramway au cours de ce mandat ». Il cite d’abord le prolongement du T6 (actuellement Debourg-Hôpitaux Est Pinel) jusqu’à la Doua, une rocade déjà dans les tuyaux. Il maintient son projet de ligne centrale Part-Dieu-Bellecour avec « réaménagement ambitieux de la rive droite du Rhône ». Enfin il annonce une grande ligne de rocade dite T8 de Saint-Fons au sud à la Doua au nord, soit 21 km et quelque 600 millions d’euros. Il faudra examiner si cette ligne ne relève pas de la logique train-tram ou tram express, à gabarit Ouest lyonnais (1,65 m).
Rame Stadler du Rhône Express à Part-Dieu en attente de départ pour l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry. Des rames allongées, à forte capacité, permettraient de relier Décines et Meyzieu à Part-Dieu directement à vitesse accélérée. Une extension du métro A en parallèle serait-elle alors nécessaire? ©RDS
Concernant les bus, Bruno Bernard compte améliorer l’offre de 20 % par ouverture de nouvelles voies réservées et une dizaine de lignes fortes en site propre d’ici 24 mois. Il note aussi l’application de mesures prises par la mandature précédente : la ligne 10E Dardilly-Vaise, une ligne rapide Irigny-Bellecour en site propre…
Il reste six années pour voir un début de concrétisation à ces idées, dont une partie demeure encore singulièrement vagues : extensions des lignes de métros ; intégration et extension du système TER périurbain dans lesquelles le Sytral devrait pour le moins avoir son mot à dire ; validité et légitimité d’une ligne de téléphérique.
Pour l’instant, le discours du président du Sytral paraît rester très centré sur Lyon et son centre métropolitain. Or les principaux défis en matière de transport public, avec l’explosion des prix des logements à Lyon, résident désormais dans les liaisons périphériques, soit dans un rayon d’une quarantaine de kilomètres. L’urgence, outre les ressources du financement public, réside dans une redéfinition des domaines de la Région de SNCF Réseau et du Sytral.
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(1) Sur les premiers propos du nouveau président du Sytral :
L'écologie politique, après avoir pris la mairie et la métropole de Lyon, vient de réaliser un " coup " en plaçant à la tête du Sytral, l'autorité organisatrice des transports urbains et périurbains - hors ferroviaire - de tout le département du Rhône, le président (EELV) de la métropole de Lyon Bruno Bernard, ex-socialiste et fils de sénateur socialiste.
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(2) Sur le coût et les capacités du futur téléphérique de Grenoble :
La liaison par transport public d'une rive à l'autre de la presqu'île située au nord de la commune de Grenoble, soit entre Fontaine et Saint-Martin-le-Vinoux implique le franchissement du Drac, de l'Isère, de deux autoroutes et d'une voie de chemin de fer du réseau ferré national.
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