Xrail, alliance de sept opérateurs historiques, vise à promouvoir et optimiser le wagon isolé en Europe et à relancer le rail
Dans l’effort pour favoriser le report modal de la route vers le rail, qui apparaît encore plus urgent avec la crise économique en cours, l’alliance de sept opérateurs européens dénommée Xrail coordonne et optimise la gestion des wagons isolés. Elle constitue à ce titre un vecteur de relance de ce type de trafic malmené en France voici une dizaine d'années. Xrail a été créé en 2010 et Fret SNCF l’a rejoint voici un an.
Les charges isolées constituent un défi pour le chemin de fer car l’évolution des processus de production et de distribution privilégient les flux tendus. La nature de la consommation finale favorise les chargements de produits finis à forte valeur ajoutée par nature favorables au transport routier. Le camionnage est par rapport au train relativement plus souple pour sa capacité de mobilisation et plus apte à des dessertes fines et multiples.
Mais la route est considérablement plus vorace en énergie et en personnels que le train. En France, le train pâtit d’un réseau qui s’est considérablement rétracté depuis trois quarts de siècle, la SNCF ayant privilégié les charges lourdes et massifiées. Le rail souffre aussi de l’effet des frontières techniques entre réseaux européens.
Xrail, coopération de production entre sept sociétés issues des opérateurs historiques
Voici un an exactement la SNCF, et depuis le 1er janvier la SAS Fret SNCF filiale à 100% du groupe SNCF, a rejoint le consortium Xrail. Cette coopération de production entend favoriser le report modal sur le rail « en améliorant la fiabilité, l’information, la performance et la simplicité d’utilisation » des wagons isolés en Europe. L’objectif est d’offrir une offre client compétitive et un modèle économique pérenne. Les sept entreprises membres de Xrail sont à ce jour CFL Cargo (opérateur historique luxembourgeois), DB Cargo (opérateur historique allemand), Green Cargo (issu de l’opérateur historique suédois SJ), Lineas (issu de l’opérateur historique belge SNCB), Rail Cargo Group (issu de l’opérateur historique autrichien ÖBB), CFF Cargo (opérateur historique fédéral suisse), et Fret SNCF.
(Ci-dessus et ci-dessous). Rame de wagons porte-conteneurs au passage à Montpellier-Saint-Roch en pleine période de confinement. Alternance de wagons vides et de wagons chargés, longueur fixe type "tapis roulant" : une des façons de capter les trafics diffus aux deux extrémités d'un long parcours avec éventuelle étape intermédiaire. (2020) ©RDS
En 2008, la SNCF avait décidé de supprimer son service de wagons isolés, fermant ainsi dans les années qui ont suivi plus de 260 gares de chargement et une série de faisceaux de triages. Elle renvoyait ainsi sur la route un grand nombre de trafics diffus. Mais en 2011, conteneurisation et pression environnementale aidant, la SNCF est revenue sur ce marché avec son offre « Multi-lots multi-clients ». Pour autant, la part modale du rail est tombée à environ 9% du fret total transporté en France et quantité de quais de chargements de gares moyennes demeurent abandonnés malgré l'activité locale.
Xrail entend harmoniser interfaces et procédures pour des « opérations sans coutures » en Europe
La gestion de l’offre, des itinéraires et du suivi des wagons à charges isolées à travers toute l’Europe constituent une gageure. Xrail y répond en favorisant la standardisation et l’harmonisation des interfaces et des procédures pour permettre une pleine interopérabilité technique et des « opérations sans coutures » à travers tout le continent. Xrail intègre les réseaux de gestion de capacité de ses membres par un système de courtage dénommé Xrail Capacity Booking (Réservation de capacité Xrail).
Les sept partenaires développent des solutions « intelligentes » et techniques. Ils encouragent l’automatisation, l’innovation et la numérisation « afin de créer de la valeur-client et de renforcer la compétitivité intermodale du rail ». Xrail se pose enfin en groupe d’influence destiné à favoriser un meilleur cadre réglementaire pour le wagon isolé en Europe. Fret SNCF devrait intégrer progressivement les outils de Xrail d’ici 2021. L'expérimentation du train fret digital pourrait préparer un atout de pllus face à la route.
Les opérateurs de Xrail s’engagent à respecter un « temps estimé d’arrivée » fixé dès la commande
Concrètement, les sept opérateurs de Xrail visent à réaliser les parcours des charges qui leur sont confiées en respectant un « temps estimé d’arrivée » (ETA, pour Estimated time of arrival), transmis au chargeur au moment de la prise de commande. Les partenaires informent leurs clients avant, pendant et après la réalisation du transport par le système « Track and trace » (itinéraire et trace).
En mai 2019, lors de l’adhésion à l’alliance Xrail, Sylvie Charles, directrice générale de la division Fret ferroviaire et transport multimodal de ce qui s’appelait alors SNCF Logistics, estimait que son entreprise envoyait ainsi « un signal clair sur son ambition de développer un service européen de wagon, avec tous les avantages qu’il recèle pour constituer une alternative au transport routier ». Avec un volume annuel d’environ 20 milliards de tonnes/kilomètres, « Fret SNCF fait partie des premiers opérateurs ferroviaires en France » avec quelque 600 sites desservis, soulignait-elle, se félicitant que l’alliance permette « une future augmentation significative de sa couverture géographique ». Fret SNCF assurait avant la crise du coronavirus environ 60% du trafic fret en France. Sa filiale VFLI est troisième opérateur ferroviaire en France.
De son côté le PDG de Xrail, Sassan Rabet, issu de CFF Cargo, estimait que le trafic fret devrait globalement « augmenter jusqu’à 30% d’ici 2030 », ce qui impose « qu’il ne se développe pas uniquement sur la route ». L’objectif de Xrail est donc de rendre le fret ferroviaire plus compétitif à l’international afin que « non seulement les populations et l’environnement, mais aussi l’économie européenne en profitent ».
Parallèlement à son adhésion à Xrail, Fret SNCF optimise la charge de ses convois
Notons que la nouvelle SAS Fret SNCF travaille à la mutualisation de ses convois dans la perspective de diversifier et satisfaire ses chargeurs. Les capacités résiduelles de ses trains à lots commandés à l’avance sont intégrées au plan transport annuel afin de pouvoir les compléter jusqu’au dernier moment. La charge et le linéaire maximaux sont ainsi potentiellement exploités au mieux, maximisant la démarche « Multi-lots multi-clients » utilisée par environ les trois quarts des clients de Fret SNCF.
Circulation mixte illustrant la recherche de la composition maximale, ici des citernes de gaz et des wagons de vrac sec, circulant à l'est de Montpellier en direction de Narbonne. (2019) ©RDS
L’objectif est de rentabiliser au mieux les circulations, en y intégrant des wagons classiques ou combinés (remorques de poids-lourds ou conteneurs), chargés ou vides au retour. En optimisant la souplesse de l’offre pour les clients, le tractionnaire augmente ainsi sa productivité. Fret SNCF en a bien besoin : si la nouvelle société par actions simplifiée a été dotée d’un apport en capital de 170 millions d’euros au 1er janvier et si la dette est logée dans la société mère SNCF, son nouveau statut de droit privé exige d’équilibrer ses résultats opérationnels et de dégager une capacité d’autofinancement sous trois ans.
Il faudrait pour ce faire améliorer les résultats de 150 millions d’euros d’ici 2024. Une gageure en ces temps de soudaine et brutale récession économique causée par le confinement des économies européennes. Les nouveaux ou futurs atouts dégagés par Xrail, entre autres, ne seront pas de trop.