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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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20 mai 2020

Toulon : la future halte de Sainte-Musse, élément d'une transversale ferroviaire métropolitaine

  La future halte ferroviaire de Sainte-Musse à Toulon sur la ligne Marseille-Nice aidera-t-elle à juguler la submersion automobile de la troisième métropole provençale en valorisant la transversale ferroviaire métropolitaine ?

 Toulon Provence Méditerranée, 435.000 habitants et 12 communes, est enserrée en son centre entre mer et montagne et s’étend de part et d’autre entre dépressions intérieures et presqu’îles autour de sa rade somptueuse. Jusqu’à présent le maire de Toulon (172.000 habitants) et président de l’intercommunalité s’est toujours opposé à la création d’un axe de tramway urbain, lui préférant les improbables « bus à haut niveau de service » dont les performances et la longévité restent du domaine routier et n’ont rien à voir avec ceux du mode ferroviaire, fût-il urbain.

Avec la halte de Sainte-Musse, le réseau ferré national se pose en recours partiel face au refus du tramway

 Dans cette situation, et face à l’engorgement et à la pollution de la circulation routière, le réseau ferré national pourrait constituer un recours. La création de la halte de Sainte-Musse, à Toulon-Est, à l’état de projet avancé, est un premier pas vers ce qui est déjà (imprudemment ?) nommé « RER toulonnais ». Dans ce cadre, une autre halte est envisagée à plus long terme côté ouest, entre La Seyne-Six-Fours et Toulon, dans le quartier de L’Escaillon.

DSCN2940

Situation générale de Toulon. En rouge, l'emplacement de la future halte de Sainte-Musse, en vert celui d'une éventuelle station à L'Escaillon. Le coeur de ville est bloqué entre mont Faron et petite rade, un étranglement qui rend encore plus contraignant le tout-automobile malgré une traversée par voie rapide en partie souterraine.

 Rappelons pour mémoire qu’une rame de tramway peut transporter plus de 300 passagers (le double en cas de circulation de deux rames attelées comme à Casablanca ou Sydney), soit le triple (ou le sextuple) d’un véhicule routier articulé. La durée de vie de la première dépasse les 30 années, voire jusqu’au double, tandis qu’un autobus articulé est crédité d’une longévité comprise entre 12 et 20 années.

 Comme les édiles toulonnais refusent la solution tramway pourtant parfaitement adaptée à la topographie locale et à la haute densité de population, et ce malgré les demandes des oppositions unanimes, le réseau ferré national pourrait constituer une solution de substitution partielle. Sans pour autant atteindre le degré de finesse de desserte et de couverture du tramway, mais en permettant en revanche des liaisons rapides à l’échelle de la grande zone agglomérée, qui compte 611.000 habitants.

En France, le maillage des agglomérations de « province » par des haltes ferroviaires périphériques a été négligé

 En France et contrairement aux pays voisins, le maillage des grandes agglomérations de « province » par les haltes ferroviaires urbaines et périphériques du réseau ferré national a été généralement soit négligé soit supprimé au bénéfice du trafic grandes lignes. En témoignent la neutralisation des quatre haltes urbaines intermédiaires de la ligne historique à Marseille entre l’Estaque et Saint-Charles, la suppression de Lyon-Saint-Clair, la décrépitude des haltes entourant Montpellier-Saint-Roch (Saint-Aunès, Saint-Brès, Villeneuve-lès-Maguelone), exception faire de l’opération réussie de la renaissance de celle de Baillargues et, bientôt, de celle de Villeneuve. A l’opposé, Grenoble a su réactiver quelques haltes urbaines (Gières, branchée sur le tramway B…) et en a même créé une (Echirolles, branchée sur le tramway A).

 A Toulon-Sainte-Musse, il s’agira d’une création ex-nihilo à proximité immédiate de l’hôpital public du même nom. La gare de Toulon et cet hôpital sont reliés par la ligne 9 de Réseaumistal en 20 minutes. La distance à pied est de 4,3km. La distance entre la gare centrale de Toulon et la halte de Sainte-Musse sera de 3,42km exactement, soit un temps de parcours d’environ trois minutes. Dans le dossier d’enquête publique, qui s’est tenue fin 2019, SNCF Réseau, maître d’ouvrage, expliquait que la halte de Sainte-Musse constituera la seconde gare de Toulon dans un quartier en pleine expansion où se situent des pôles générateurs de trafic à vocation communautaire voire départementale.

 Le quartier Sainte-Musse comporte plusieurs sites d’importance, hôpital et lycée technique

 La halte de Sainte-Musse se situera le long de la rue André Blondel, à l'est de l'autoroute A57 qui relie Toulon au Cannet-des-Maures et à l’A8. La halte de Sainte-Musse « présentera une interconnexion forte avec le futur BHNS sur la rue André Blondel, l'arrêt de bus/car sur l'autoroute, la piste cyclable et les cheminements piétons prévus », explique le dossier.

Toulon

Croquis situant la future halte ferroviaire de Toulon-Sainte-Musse, publié dans le dossier d'enquête publique de SNCF Réseau. Elle sera branchée sur le futur bus à haut niveau de service faute de tramway, et sera située à proximité de l'hôpital éponyme et d'importants équipements et commerces.

 Le quartier Sainte-Musse comporte plusieurs sites d’importance : l’hôpital éponyme qui affiche 796 lits et a été inauguré fin 2011 ; le lycée technique Rouvière ; le siège de la mutuelle assurance des personnels militaires AGMP-Tégo ; plusieurs grandes surfaces. Il abrite par ailleurs un important complexe sportif.

 Au plan résidentiel, c’est un quartier « prioritaire » de la politique de la ville, avec des populations à faible revenu moyen.

Une fréquentation estimée entre 96.000 et 119.000 voyageurs par an

 Selon les estimations de SNCF Réseau, si l’on s’en tient à la desserte TER du service 2017 la future fréquentation de la gare de Sainte-Musse est estimée à 96 000 voyageurs annuels dont 78 000 usagers reportés des gares encadrantes de Toulon et La Garde, et 18 000 nouveaux usagers ferroviaires (report modal). Mais, « dans une optique de renforcement de l’offre en situation de référence plausible (2023), la fréquentation globale de la gare de Sainte-Musse est estimée à 119 000 voyageurs annuels (soit environ 400 voyageurs par jour ouvrable), dont 97 000 usagers reportés des gares de Toulon et La Garde et 22 000 nouveaux usagers ferroviaires (report modal) », estime SNCF Réseau.

 D’un point de vue socio-économique, les gains significatifs apportés par la navette toulonnaise avec Sainte-Musse sont les gains de décongestion apportés en développant les déplacements en train des salariés de la zone, précise le dossier, 92% des déplacements concernant la zone d'étude de Sainte-Musse étant de courte distance (5 à 10 km). Parmi eux, 23% sont des trajets internes à la zone Sainte-Musse, 41% des trajets en lien avec le reste de la commune de Toulon et 28% des trajets en lien avec les autres communes de l’agglomération. La voiture domine actuellement avec 56% des trajets effectués avec le reste de la commune de Toulon, 81% avec les onze autres communes de la métropole et 87% avec les territoires voisins. A Toulon, la voiture est reine.

Nécessaires mise en réseau avec les lignes urbaines et multiplication des stations sur la transversale ferroviaire

 La mise en service de cette halte imposera, selon ses concepteurs, une mise en réseau avec les lignes urbaines. Plus largement, elle ne prendra toute sa valeur d’étape sur une transversale ferroviaire urbaine qu’avec la valorisation des stations encadrant Toulon côté ouest, La Seyne-Six-Fours et une future station  à l’Escaillon. Notons qu’à l’Escaillon s’embranchait une ligne de 3,5km construite par la Marine jusqu’à proximité du Revest, sur le flanc ouest du mont Faron, aujourd'hui déclassée.

DSCN2944

Sur cet extrait d'une carte IGN datant de 1971, on distingue précisément l'antenne qui se débranchait à l'Escaillon pour remonter en direction du Revest et une autre vers La Seyne amorcée plus à l'ouest. Ce couloir vers le Revest aurait pu être repris pour un tramway ou une antenne de RER. C'est par la même dépression que devrait arriver la future ligne à grande vitesse depuis Aubagne, élément de la phase 3 des Lignes nouvelles Provence-Côte d'Azur, au-delà de 2030.

 Côté est, la halte de Sainte-Musse sera desservie par le flux TER Marseille-Hyères cadencé à l’heure dont la fluidité sera améliorée par aménagement projeté de la gare de jonction de La Pauline-Hyères et qui gagnerait à être prolongé aux Salins. Au-delà vers Carnoules, la réouverture de la gare de La Farlède et une amélioration de la fréquence des TER  contribuerait à une optimisation de l’usage du flux desservant Sainte-Musse, comme, au niveau local, la création d’une véritable transversale de desserte fine par le réseau urbain Mistral et de ses antennes.

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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
  • Le chemin de fer est indispensable à toutes nos villes et ne doit pas être l'apanage de la seule région-capitale. Les lignes transversales, régionales et interrégionales doivent contribuer à une France multipolaire, équitable au plan social et territorial.
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