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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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2 mai 2020

« Mastrou » : les chemins de fer touristiques d'Ardèche et de Haute-Loire impactés par le confinement

 Le chemin de fer du Vivarais (CFV) exploite de façon intense en saison une section touristique de 33 kilomètres, entre Saint-Jean-de-Muzol à trois kilomètres de Tournon (Ardèche), et Lamastre. C’est l'une des deux sections encore exploitées du vaste réseau à voie métrique, jadis appelée le Mastrou, qui desservait le nord de l’Ardèche et l’est de la Haute-Loire pour un linéaire total de 201,20 km, soit l’un des plus vastes réseaux départementaux à voie étroite de France. L'autre section maintenue en vie, au nord-ouest, relie Raucoules-Brossettes et Saint-Agrève, sur 27 kilomètres. Elle est exploitée par les trains touristiques saisonniers des Voies ferrées du Velay (VFV).

La crise du coronavirus et son confinement imposé sur tout le pays vont peser très lourd sur les comptes du Chemins de fer du Vivarais. Son directeur, Pierrick Géranton, a estimé dans un entretien diffusé par le Dauphiné Libéré publié le 30 avril que le tiers de la saison était d’ores et déjà perdu (entretien audio, lien en fin d'article).

 Pierrick Géranton explique que la reprise des circulations devait reprendre le 21 mars cette année, avec en ligne de mire les vacances scolaires de printemps. Trois trains quotidiens étaient prévus, ainsi que deux parcours de vélos-rails dont la distance était portée, pour l’un, à 20km. Déjà de très nombreuses réservations avaient été reçues. « Il y en a pas mal d’annulées, explique-t-il dans son entretien avec le Dauphiné Libéré, parce que vous savez qu’on travaille énormément avec tous les croisiéristes qui sont sur le Rhône, donc tous ces gens-là, malheureusement qui n’ont pas fait la croisière, ils annulent, ce ne sont pas des choses qu’ils reportent surtout que ce sont souvent des étrangers ».

Des reports sur septembre de billets achetés par des individuels ou des groupes

 Le directeur du CFV ajoute que les individuels, dont quelques-uns avaient préacheté leur voyage, ont parfois « reporté dans l’année », comme l’ont fait quelques groupes, « plutôt sur le mois de septembre ». Mais, déplore-t-il « ce n’est pas la majorité ».

Ardèche-TRAIN-2017Tracé illustré de la section maintenue en exploitation touristique Tournon-Lamastre de l'acien réseau départemental CFD de l'Ardèche et de la Haute-Loire. Un magnifique parcours au long du Doux, sur 33 km. (Doc. Train de l'Ardèche)

  La ligne touristique est frappée de plein fouet par le chômage partiel, qui concerne une vingtaine de ses salariés, les autres étant « en rotation en fonction des besoins ». « Financièrement parlant, c’est de la perte sèche, je ne sais pas comment nous allons ternir », s’alarme Pierrick Géranton qui estime « qu’on a déjà mangé un tiers de la saison » d’autant qu’il redoute de ne pas être « parmi les éléments prioritaires » pour la reprise. Il espère « être associé aux mêmes règles que la SNCF » en matière de secours financier. Pour autant, il préfère attendre un peu pour être sûr que la remise en service soit pérenne plutôt qu’une réouverture précipitée suivie d’un nouvel arrêt à l’été : « Il vaut mieux 15 jours de plus de confinement mais bien travailler le reste de l’année ».

Le réseau, fermé en 1968, a vu revenir une exploitation touristique partielle à partir de 1969 à l’est de Lamastre, avec interruption entre 2008 et 2011

 La fermeture des deux branches ardéchoises des chemins de fer du Vivarais, celles amorcées respectivement à Tournon côté nord et à La Voulte-sur-Rhône côté sud, pour rejoindre Le Cheylard et Dunières, fut effective le 31 octobre 1968.  Dès 1970 et suite à l’indignation soulevée par la suppression d’un service public ferroviaire de montagne fortement lié à l’identité régionale, les passionnés du CFTM (Chemins de fer touristiques et de montagne, ex-Meyzieu) reprirent une exploitation saisonnière à but touristique sur la branche nord entre Saint-Jean-de-Muzol, à proximité de Tournon, et Lamastre, d’avril à octobre. Mais en 2008, le conseil général de l’Ardèche, devenu actionnaire majoritaire de l’exploitant CFV depuis 2004, suspendait les circulations.

 En 2011, de premières circulations par autorail étaient rétablies après des efforts d’entretien d’une association de soutien (lien vers le site « train de l’Ardèche » en fin d’article). L’année suivante l’exploitation touristique avec traction vapeur pouvait reprendre grâce à des subventions publiques régionales (145.000 euros), départementales (150.000 euros), étatiques (90.000 euros), de municipalités et d’entreprises dont Kléber Rossillon, spécialisé dans la gestion de sites et de patrimoine. La ligne, qui serpente dans les gorges et la vallée du Doux, offre un parcours d’exception, parsemé d’ouvrages d’art.

CFVAutorails Billard dans la vallée du Doux entre Tournon et Lamastre. Des paysages exceptionnels, une ligne remarquablement entretenue pour un chemin de fer touristique. (Doc. CFV)

 La gare de départ dans la vallée du Rhône, à 3km de Tournon, est reconstruite et baptisée Tournon-Saint-Jean. Le propriétaire du réseau ferré national avait exigé une redevance exorbitante pour permettre de continuer d’utiliser la courte section (2,2km) à trois files de rails qui permit jusqu’en 2008 aux circulations à voie métrique d’atteindre la gare de Tournon sur la ligne magistrale de la rive droite du Rhône, elle-même fermée au service voyageurs en août 1973 pour n’être plus consacrée qu’au fret.

Ce réseau métrique de plus de 201 kilomètres se développait à l’est de la Haute-Loire et au nord de l’Ardèche

 Ce réseau de plus de 201km à trois branches principales autour du Cheylard s’est progressivement développé par convention entre les départements de l’Ardèche et de la Haute-Loire et les CFD à la fin du XIXe siècle. Les premières lignes furent construites au départ de la vallée du Rhône à l’est, et de la haute-vallée de la Loire à l’ouest : les sections ardéchoises La Voulte-sur-Rhône-Le Cheylard (48km) et Tournon-Lamastre (33km) furent mises en service en  1891, la section altiligérienne Lavoûte-sur-Loire-Yssingeaux (22km) en 1890.

cfdExtrait de la carte des réseaux ferroviaires français éditée vers 1935 pour la région concernée. Les lignes à voie métrique de l'est de la Haute-Loire au départ de Lavoûte-sur-Loire et Dunières, et du nord de l'Ardèche au départ de La Voulte-sur-Rhône et Tournon, formaient un réseau cohérent de 201,2 km de longueur touchant le réseau national en quatre endroits. Le démantèlement a commencé par l'ouest en 1952 pour s'achever en 1968, dépossédant ces régions difficiles d'accès d'un service public ferroviaire éprouvé, populaire et sûr.

 Ces trois antennes à voie métrique allaient ensuite se raccorder en un point unique, Le Cheylard, à 404m d’altitude, suite à une nouvelle convention avec les CFD. Furent alors mises en service la longue section Yssingeaux-Le Cheylard (65km) et Lamastre-Le Cheylard (20km) en 1903. Une courte section de 10km reliant Raucoules-Brossettes, entre Yssingeaux et Le Cheylard, à Dunières (787m d'altitude), sur la ligne PLM à voie normale Firminy-Annonay-Peyraud-Saint-Rambert-d’Albon (Grenoble), mise en service dès 1902,  permettait la constitution un vaste réseau métrique connecté au réseau principal en quatre points : Lavoûte-sur-Loire (à  12km du Puy), Dunières (à 27km de Firminy, 42km de Saint-Etienne, 37km d’Annonay, 54km de Peyraud sur la ligne de la rive droite du Rhône), Tournon et La Voulte-sur-Rhône, deux gares situées sur la ligne de la rive droite du Rhône séparées de 31,5km.

Le démantèlement du réseau a commencé  dès 1952 avec fermeture de la section situées sur le territoire de la Haute-Loire reliant Lavoûte-sur-Loire, Yssingeaux et Raucoule-Brossettes. Le reste du réseau, soit  l’étoile du Cheylard (vers Saint-Agrève, Raucoules-Brossettes et Dunières, vers La Voulte-sur-Rhône et vers Tournon), furent fermées d’un seul tenant le 31 octobre 1968.

Sur Raucoules-Saint-Agrève, les VFV font circuler deux allers-retours le dimanche de mai à octobre et deux autres les mercredis et jeudis en juillet et août

 Notons que la section de 27km Raucoules-Brossettes-Saint-Agrève, située sur le plateau du Velay avec un profil atteignant 1.000m d’altitude, devenue propriété d’un syndicat intercommunal, voit circuler depuis 1970 un train touristique exploité par l’association VFV (Voies ferrées du Velay). Les VFV, sous le nom de Velay-Express, font circuler du 3 mai au au 25 octobre deux allers-retours chaque dimanche (un train vapeur et un autorail) et, les mercredis et jeudis de juillet et août, deux allers-retours par trains vapeurs (lien vers le site « Velay Express » en fin d’article).

DunièresGare mixte CFD-PLM de Dunières, avant la guerre de 1914-1918. Dunières était tête de ligne des trains à voie métrique de et vers Lavoûte-sur-Loire et Yssingeaux d'une part (supprimés en 1952), et Le Cheylard et au-delà d'autre part (supprimés en 1968). Ces trains étaient en correspondance à Dunières avec ceux du réseau national à voie normale de la ligne Firminy-Dunières-Annonay-Peyraud-Saint-Rambert d'Albon, fermée aux voyageurs de Dunières à Annonay en 1940, d'Annonay à Peyraud en 1958 (après avoir vu passer des autorails Annonay-Grenoble) et de Firminy à Dunières en 1991. Sur la photo on distingue au premier plan le faisceau terminus des CFD métriques qui se prolonge au fond à gauche par une tranchée vers Dunières-Ville, Raucoules-Brossettes et au-delà. A droite, les voies PLM provenant de Saint-Rambert d'Albon poursuivent vers Firminy après la courbe et le bâtiment voyageurs. (Doc. Wikipedia)

De même que le CFV entre Tournon et Lamastre, cette section touristique VFV est impactée par le confinement, bien que ses circulations soient nettement moins fréquentes. Sa période d’exploitation étant plus réduite et commençant plus tardivement, le confinement n’avait, au 1er mai, entraîné l’annulation que des trains des dimanches 3 et 10 mai, ainsi que de celui de Pâques.

 Reste qu’au total, sur un linéaire de 201,20km, soixante kilomètres sont maintenus en exploitation par des fervents du rail et des défenseurs d’un patrimoine considérable, jadis bradé par des dirigeants politiques départementaux sans vision d'avenir et soumis au lobby routier, dans ces deux régions exceptionnelles de grandeur que sont le Vivarais et le Velay. Une fois terminé l’étranglement économique imposé par le confinement, espérons que les touristes retrouveront le chemin (de fer) de cette France éloignée des miasmes métropolitains et riche de paysages tantôt montagnards, tantôt agrestes, mais toujours paisibles et exceptionnels.

Tourisme. Train de l'Ardèche : "On a déjà mangé un tiers de la saison"

Le Train de l'Ardèche, pierre angulaire du tourisme ardéchois, au cœur de la vallée du Doux, n'a pu se mettre sur les rails cette année. Depuis le 21 mars, la saison attend toujours son lancement.

https://www.ledauphine.com

 

Train de l'Ardèche dans les Gorges du Doux - Excursion & trains à thème

Découvrez les TRAINS DE L'ARDECHE, et partez à la découverte de l'Ardèche Verte des Gorges du Doux au Plateau Ardèchois, dans une locomotive à vapeur d'antan

https://www.trainardeche.fr

 

Accueil - velay-express le train à vapeur le plus haut de France !

Le Chemin de Fer Historique VELAY-EXPRESS est exploité par les bénévoles de l'association VOIES FERREES DU VELAY. Ce sont eux qui en assurent la gestion, qui effectuent les opérations de maintenance et de restauration des véhicules ferroviaires, qui exécutent l'entretien courant de la voie ferrée et des ses abords.

https://velay-express.fr
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Commentaires
Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
  • Le chemin de fer est indispensable à toutes nos villes et ne doit pas être l'apanage de la seule région-capitale. Les lignes transversales, régionales et interrégionales doivent contribuer à une France multipolaire, équitable au plan social et territorial.
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