Lignes nouvelles Provence-Côte-d'Azur : enquête publique en 2021 pour les phases 1 et 2*
(* Corrigé au 8e paragraphe, sur la localisation de la future halte de Toulon-Est)
L’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique pour les phases 1 et 2 des lignes nouvelles Provence-Côte d’Azur va pouvoir être lancée en 2021. Le secrétariat d’Etat aux Transports a donné samedi 22 février son feu vert à cette étape cruciale du projet, qui suit les concertations menées l’année dernière.
La phase 1, nettement revue à la baisse depuis le phasage initial, vise à créer à l’horizon 2022 la gare de Nice-Aéroport en déplaçant et agrandissant la station de Nice-Saint-Augustin, à aménager un « RER toulonnais » par amélioration de la capacité, et à réaménager le faisceau de voies de la gare Saint-Charles à Marseille afin de mieux classer les circulations et limiter la complexité des appareils de voies.
La phase 2 verra la création d’une « navette azuréenne » par amélioration de l’infrastructure entre Cannes et Nice, et surtout le percement d’une gare souterraine à Marseille-Saint-Charles.
Marseille-Saint-Charles, voies historiques sous marquise avec un TER2N aux couleurs monégasques (2019). En attendant une gare souterraine transversale, SNCF Réseau va simplifier le plan de voies afin de limiter les cisaillements entre les trois flux qui y aboutissent. ©RDS
Les phases 3 et 4 prévoient la création d’une ligne nouvelle entre Aubagne et Toulon à l’ouest et d’une autre ligne nouvelle entre Le Muy, Cannes et Nice par l’intérieur à l’est. Dans un premier temps, la section de ligne nouvelle Cannes-Nice par l’intérieur (via Sophia-Antipolis) avait été prévue en priorité. Le sort de la section centrale Toulon-Les Arcs-Le Muy, qui devait à l’origine bénéficier d’une amélioration de capacité et de vitesse, reste imprécis.
L’ensemble constitue la « Ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur » (LNPCA), résultant du choix d’un « axe des métropoles » préféré par les élus de la région et de ses villes à des variantes de LGV d’un bloc raccourcissant l’itinéraire Avignon-Nice en passant au nord de Marseille et Toulon.
Phase 1, gare de Nice-Aéroport, fréquences en hausse à Toulon, rationalisation à Saint-Charles
Phase 1.- Côté Nice, cette première étape va permettre de créer une gare dotée de quatre voies à quai à l’ouest de la halte de Nice-Saint-Augustin. « Nice-Aéroport » sera en connexion direct avec le deuxième aéroport de France par son trafic (environ 14 millions de passagers par an) et avec les nouvelles lignes de tramway 2 et 3.
A Toulon, le projet de « RER » consistera en l’amélioration de la bifurcation vers Hyères à la gare de « La Pauline » avec réaménagement de cette station qui devrait perdre la mention de « Hyères » accolée à son nom du temps où aucun train régional n’allait plus jusqu’à Hyères.
TER Hyères-Marseille-Saint-Charles sur l'antenne La Pauline-Hyères - Hyères à La Crau (2017). La jonction avec l'axe Marseille-Nice à La Pauline sera réaménagée. ©RDS
Par ailleurs seront créées des voies nouvelles pour le stationnement des TER à Toulon et Carnoules (pour permettre le rebroussement de navettes) et une station à Toulon-Est, dans le quartier de Sainte-Musse à proximité d'une autoroute et de l'hôpital du même nom.
Côté Marseille, le plateau de voies de Saint-Charles devrait être rationalisé pour limiter les cisaillements entre les circulations issues des trois lignes qui convergent vers cette gare en cul-de-sac : à l’est depuis Nice et Toulon, au centre depuis Avignon-Centre, la LGV Méditerranée et Aix-en-Provence, et à l’ouest depuis L’Estaque via Euroméditerranée.
La phase 2 marquée par la navette azuréenne et le grand projet souterrain de Marseille
Phase 2.- Côté Nice et pour assurer une navette azuréenne à la fréquence d’un train toutes les 10 minutes avec des missions directes Cannes-Menton, le projet est ambitieux pour la ligne historique. Dans le secteur Cannes il est prévu de créer un saut-de-mouton à Cannes-la-Bocca évitant le cisaillement des voies du littoral par le flux en provenance de la ligne de Grasse, et de déplacer la halte de La Bocca à Cannes-Marchandises avec aménagements pour les rebroussements.
Gare d'Antibes. Un TER accéléré assuré depuis Marseille par rame Corail en pousse part pour Nice (2019). La création d'une quatrième voie et d'un troisième quai nécessitera d'importants déblais, en-dessous de la principale station du réseau des bus urbains située à gauche, qui offre correspondance en particulier vers Sophia-Antipolis par une passerelle depuis le bâtiment voyageurs SNCF. ©RDS
A Nice, les voies de la gare centrale seront adaptées et des voies de garage seront créées à Nice-Saint-Roch, à l’amorce de la ligne de Tende. Des voies à quai nouvelles seront posées à Cannes et Antibes. A Cannes, l’espace très contraint sous une dalle de voirie routière laisse une place limitée mais suffisante. A Antibes, il sera nécessaire de décaisser un dénivelé.
A Marseille, cette phase 2 consistera à creuser le long tunnel à double voie reliant la zone de Bassens au nord, avec doublement des voies en amont, à La Parette au sud-est dans la vallée de l’Huveaune, décrivant un long « S » au centre duquel se situera la gare souterraine de Saint-Charles avec quatre voies à quai, dans un axe tangent à celui des voies du plateau historique. Un faisceau de remisage et de maintenance pour les TER et le fret est prévu dans le secteur d’Arenc, accessible depuis Saint-Charles par la voie reliant cette gare à L’Estaque par Euroméditerranée, avec doublement partiel des voies du port à proximité des bassins Est. De quoi décharger le centre de maintenance de Blancarde et limiter les marches de services entre Blancarde et Saint-Charles, section très sollicitée.
Ce projet de traversée souterraine est évalué à 1,8 milliards d’euros. SNCF Réseau a publié une vidéo explicitant parfaitement le projet de gare souterraine, accessible par le lien suivant:
A Blancarde, précisément, un site de remisage et une 5e voie à quai sont prévus. Enfin, le passage de trois à quatre voies entre Blancarde et Aubagne est nettement revu à la baisse. D’une part il n’est plus prévu qu’entre Blancarde et La Penne-sur-Huveaune, la mitoyenneté avec l’autoroute A50 et A501 entre cette dernière station et Aubagne rendant des travaux d’élargissement de l’emprise ferroviaire apparemment trop dérangeants et coûteux. D’autre part le quadruplement maintenu n’est plus envisagé qu’à titre « d’option ».
Pour les phases 3 et 4, des lignes nouvelles hors périmètres urbains
Pour les phases suivantes, à l’horizon 2030 et au-delà, il s’agira principalement de créer des lignes nouvelles hors périmètres urbains. Entre Aubagne et Toulon, où la ligne historique suit sur 50 km les courbes de niveau des massifs préalpins se jetant dans la Méditerranée avec des vitesses limitées à 110 km/h, une ligne nouvelle est envisagée par les zones du col de l’Ange et du Castelet, au nord des massifs côtiers. Cette voie, empruntant plusieurs tunnels, cumulera les avantages d’un tracé plus court en kilométrage et d’une vitesse plus élevée grâce à un meilleur profil. Elle permettra un gain de temps de 20 minutes par rapport à l’itinéraire côtier dont les meilleurs temps s’établissent à 41 minutes de Marseille à Toulon.
A l’autre extrémité de la région, le parcours de la ligne historique de Cannes à Saint-Raphaël, entre la mer et le massif de l’Estérel, présente lui aussi l’inconvénient majeur de la lenteur et de la longueur d’un tracé en coude remontant après Saint-Raphaël jusqu’au Muy, au nord des Maures, soit 54 km depuis Cannes. Le projet de ligne nouvelle Nice-Cannes-Le Muy prévoit à l'ouest un tracé direct par l’intérieur amorcé au nord de Cannes-La Bocca en prolongement d'une section nouvelle Nice-Aéroport-Cannes via Sophia-Antipolis ou nord-Antibes.
La question de l'absence d'accès ferroviaires (TER ou tramway) pour Sophia-Antipolis
L'itinéraire au nord de l'Estérel d’environ 40 km contre 54km et apte à des vitesses élevées devrait permettre, avec la ligne Nice-Cannes par Sophia, un gain de temps de 25 minutes sur un temps de parcours actuel Nice-Les Arcs de 1h10mn environ. Il a été prévu à l’origine du projet de créer une gare « Est-Var » au Muy avec 6 voies à quai. Au nord d'Antibes ou à l'ouest de Cannes, l'emplacement d'une gare nouvelle fait toujours débat alors que Sophia-Antipolis, au système viaire extrêmement tourmenté, manque totalement d'accès ferroviaire dédié (ni tramway, ni TER). Le projet initial prévoyait un système de TER circulaires Nice-Sophia-Cannes-Antibes-Nice dans les deux sens à haute fréquence.
Gare d'Antibes, à quelques centaines de mètres du célèbre quai des milliardaires du port. L'éloignement des pôles d'activité de Sophia-Antipolis, ville nouvelle technologique desservie exclusivement par route, rend leur accès difficile, avec des embouteillages légendaires. Le temps de parcours par bus urbain depuis la gare ferroviaire jusqu'à la gare routière de Sophia-Antipolis, malgré des améliorations récentes, dépasse les 30 minutes. ©RDS
Le secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a fait savoir que si « le périmètre de l'enquête d'utilité publique à lancer en 2021 concernera bien les phases 1 et 2 », « les études et outils de maîtrise du foncier devront être mis en place dès maintenant pour poursuivre la préparation des phases 3 et 4 ».