Lyon: la proposition pragmatique d'une transversale tramway Est-Ouest portée par le site "transporturbain"
Gare de Lyon-Saint-Paul, jadis siège de la compagnie des Dombes et du Sud-Est. Un projet propose d'y amorcer une traversée souterraine de Lyon pour amener ces tramways jusqu'à la Part-Dieu voire au-delà. ©RDS
L’extension du réseau de métro domine les propositions des candidats aux élections municipales et métropolitaines de Lyon. La création d’une ligne E reliant l’ouest (Tassin-Alaï) et Bellecour et, de plus en plus évoqué, à Part-Dieu est devenu un thème incontournable de la campagne électorale (comme il le fut déjà de la précédente). Pourtant ce projet, à 1,5 milliard d’euros pour sa version courte depuis Bellecour, comporte l’inconvénient majeur de se limiter à une desserte de la partie centrale de l’agglomération alors que la problématique transport s’étend de façon de plus en plus aiguë aux périphéries du territoire. Au point que l’un des candidats ambitionne de poursuivre cette future ligne E jusqu’à… l’aéroport Saint-Exupéry.
Les spécialistes du site transporturbain.canablog.com proposent une alternative pragmatique et productive intégrant le train-tram de l’Ouest lyonnais. Ils envisagent un prolongement du faisceau de lignes aboutissant à la gare Saint-Paul (depuis Brignais, Sain-Bel et potentiellement Lozanne) par un tunnel entre Saint-Paul et Part-Dieu, doté de stations de tramway souterraines. S’opèrerait, à l’est de cette gare, une jonction avec les lignes T3 et Rhône-Express, qui rallient Meyzieu et Saint-Exupéry.
Cette proposition est judicieusement dénommée EOLE pour Est-Ouest Lyonnais Express. Elle complèterait une proposition antérieure des mêmes spécialistes de rétablissement de lignes de tramway urbain entre Perrache et le plateau ouest de la ville de Lyon (5e arrondissement), au nombre de trois. L'ensemble est évalué au prix de la ligne E du métro.
On prendra connaissance avec grand profit des détails de cette proposition en cliquant sur le lien suivant :
Rassurez-vous, il ne s'agit pas de faire une ligne de RER à la parisienne à l'échelle de la Métropole lyonnaise, mais plutôt d'une interconnexion Est Ouest Lyonnais Express. Bien trouvé non ? Puisque les débats de la campagne électorale des élections municipales (et métropolitaines) mettent les transports en première ligne, essayons de poser sereinement quelques jalons.
http://transporturbain.canalblog.com
Les auteurs de cet avant-projet invoquent les exemples de tramways express pour partie souterrains de Cologne, Porto, voire Nice. L’intérêt majeur est bien sûr d’adjoindre à une traversée de Lyon des extensions déjà existantes vers l’est comme vers l’ouest, avec un effet réseau évident. Il rompt avec la philosophie tout-métro du coûteux système fer-pneus, difficilement extensible aux périphéries lointaines à moindre densité de population.
Il se heurte néanmoins à deux défis. Le premier est celui de l’interconnexion entre la ligne T3 à l’est, réalisée au gabarit de caisses de 2,40m de largeur (mais acceptant les rames Rhône Express de 2,55m adaptées aux quais de 2,40m), et le train-tram de l’Ouest lyonnais réalisé au gabarit de 2,65m. L’idéal serait de porter la ligne T3 au gabarit de 2,65m ce qui impliquerait de modifier les quais et, sous réserve de plus ample informé, d’augmenter la lame d’air par ripage d’une des deux voies pour dégager une vingtaine de centimètres. Il faudrait aussi adapter le matériel roulant de combles-lacunes (ou acheter des rames neuves) et résoudre la question de la différence de tensions (1,5kV/750V) et de signalisations.
Lyon Saint-Paul, vue vers le nord-ouest. Le projet de Transporturbain propose de ménager une trémie à la sortie du tunnel de Loyasse, avec tunnel en déclivité de 75 pour mille, comparable à celle pratiquée à Nice (ou Montpellier) pour passer sous la Saône avant de poursuivre au-delà. ©RDS
Transporturbain suggère la possibilité de rames adaptées aux deux gabarits. Sur l’Ouest Lyonnais, dont les quais sont prévus pour dégager le gabarit GA du réseau national soit 3,15m de largeur, les rames doivent déjà être équipées de dispositifs mobiles de comblement de lacunes (environ 25cm de part et d'autre) qui retardent au demeurant l’ouverture des portes. Si l’on envisage des circulations transversales de bout en bout, il faudrait sur l’Ouest Lyonnais que les rames de 2,40m venues de la T3 ou de Rhône Express soient équipées de dispositifs permettant de combler des lacunes de 37,5cm, ce qui commence à faire beaucoup.
Une solution dégradée consisterait à limiter les parcours communs entre Part-Dieu et Saint-Paul, soit une cohabitation entre deux gabarits (2,65m et 2,40m) en non plus trois (3,15m, 2,65m, 2,40m). Soit des missions Saint-Exupéry-Meyzieu-Part-Dieu-Saint-Paul et des missions Sain-Bel/Brignais/Lozanne-Saint-Paul-Part-Dieu se recouvrant dans le tunnel central Saint-Paul-Part-Dieu. Mais on perdrait alors une partie de l'intérêt de la transversalité, imposant une correspondance pour les trajets de banlieue à banlieue.
L’autre défi réside dans les tracés des branches du train-tram de l’Ouest Lyonnais. Raildusud s’est longuement penché sur cette question dans une étude parue le 22 septembre 2019 et accessible par le lien suivant :
On connaît le progrès que constitue le train-tram de l'Ouest Lyonnais, deux lignes rénovées et rééquipées : de Lyon Saint-Paul (gare hypercentrale qui fut le siège de la Compagnie des Dombes et du Sud-Est et qui faillit devenir un supermarché) à Tassin, L'Arbresle et Sain-Bel d'une part, à Brignais d'autre part.
http://raildusud.canalblog.com
En résumé, cette étude déplorait la « zone blanche » non desservie par un système en site propre, dénommée « Ouest Lyonnais central », située globalement au-delà de Craponne vers Vaugneray, Thurins, Saint-Martin-en-Haut, Mornant, en forte progression démographique et économique. Au-delà de Craponne, cette zone n’est sérieusement desservie en transport public que par l’axe fort du réseau Cars du Rhône-Sytral, la ligne 2EX.
Raildusud propose d’optimiser le réseau de train-tram de l’Ouest Lyonnais en faisant dériver une ligne nouvelle à Francheville vers Craponne, divisée au-delà vers Vaugneray d’une part, Brindas, Thurins voire au-delà d’autre part, en voie unique, s’inspirant ainsi de l’ancien réseau électrifié Fourvière-Ouest Lyonnais (FOL). Il propose par ailleurs d’achever l’intégration de la branche de Lozanne par son électrification et le doublement de la voie dans le tunnel des Deux-Amants à la sortie de Gorge-de-Loup, étranglement à voie unique dès aujourd’hui parfaitement injustifiable. Il demande enfin l’extension de la ligne de Sain-Bel jusqu’à Sainte-Foy-L’Argentière, avec usage mixte fret-voyageurs depuis L’Arbresle pour les carrières de Brussieu et éventuellement les importantes tuileries de Sainte-Foy.
Car à l’évidence, c’est la grande couronne lyonnaise qui a aujourd’hui le plus besoin d’un transport ferroviaire compte tenu de l’intensité du trafic automobile, de son accidentologie élevée, et des oppositions farouches aux nouvelles voiries routières.

