Bilan 2014-2020. A Lyon, trois belles avancées (métro et tramways) mais un retard à combler à l'Ouest et en grande périphérie *
(* Complété le 20 décembre 2019 : nouvelles rames T3/T4 au 4e paragraphe et projets Sytral, sept derniers paragraphes)
La mandature municipale qui s’achève (2014-2020) aura vu plusieurs réalisations importantes à Lyon en matière ferroviaire. Pour autant, la « zone agglomérée », métropole, département du Nouveau Rhône et régions voisines (Métropole de Saint-Etienne, Nord-Isère, Ouest Ain) reste sous-équipée par rapport à la région Ile-de-France dont les projets sont réalisés à foisons (notre article du 24 septembre 2019). Les trois principaux projets auront été le lancement de l’extension de la ligne B du métro jusqu’à Saint-Genis-Laval, son automatisation et le remplacement de son matériel roulant, la mise en service d’une 7e ligne de tramway (Rhône-Express inclus), le T6 de Debourg à Hôpitaux-Est-Pinel et l’extension du service du tramway T2 de Perrache à l’Hôtel de Région-Montrochet (un plan du réseau est disponible via le lien en fin d'article).
Les trois extensions qui étendent, maillent et rentabilisent le réseau ferré
- L’extension de la ligne B (mixte fer-pneus) sur 2,5km pour 391 millions d’euros permettra de créer deux nouvelles stations, Oullins-Mairie et Hôpitaux-Sud. Votée en 2014 dans le cadre du Sytral, le syndicat mixte autorité organisatrice, cette extension dont la mise en service est prévue pour 2023 s’accompagne d’un renouvellement complet du matériel roulant par 30 nouvelles rames à deux caisses avec intercirculation (susceptibles d’être accouplées) acquises auprès d’Alstom pour 140 millions d’euros. Elles seront exploitées en pilotage automatique, après adaptation de la superstructure (notre article du 21 septembre 2019). Avec une augmentation de la fréquence permise par l’automatisation, et en exploitation en rame simple, la capacité de la ligne pourra être augmentée de 50%, selon le Sytral.
- La création de la ligne de tramway T6, inaugurée le 22 novembre 2019, va mailler le réseau côté Est de l’agglomération grâce à un tracé semi-périphérique. Amorcée à Debourg, terminus de la ligne T1, elle se développe sur 6,9km avec 14 stations jusqu’à Hôpitaux-Est-Pinel. Elle dessert en particulier l’Ecole normale supérieure de Lyon, l’hôpital militaire Desgenettes, la piscine Mermoz, l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Bron et le Centre hospitalier Est des Hospices civils de Lyon (HCR). A Debourg elle donne correspondance, outre la ligne T1, avec la ligne B du métro (Oullins-Charpennes via Parti-Dieu), à Beauvisage avec le tramway T4 Hôpital Feyzin-Vénissieux-Gare de Vénissieux-La Doua, à Mermoz-Pinel avec la ligne D du métro, à Desgenettes avec les tramways T2 (Perrache-Grange-Blanche-Saint-Priest) et T5 (Grange-Blanche-Parc du Chêne-Eurexpo).
L’extension du T6 jusqu’à La Doua (T1 et T4) via Gare de Villeurbanne (T3 et Rhône-Express) et Gratte-Ciel (métro A) est actée, qui offrira ainsi un parcours périphérique sur la totalité de l’Est de Lyon. L’aménagement du terminus commun Debourg a nécessité la pose d’une troisième voie à quai et d’une voie de garage embranchée sur l’amorce de la T6. Cette nouvelle ligne est exploitée par des rames Citadis 302 (de 30 mètres de longueur) dont certaines proviendront du groupe de lignes T3 et T4 qui reçoivent depuis la mi-2019, en deux lots, 22 rames Citadis 402 de 43 mètres au pare-brise plus vaste que celui du parc actuel, mais toujours au gabarit lyonnais standard de 2,40 de largeur.
- Le prolongement de la ligne T2 au sud jusqu’à l’Hôtel de Région, votée en 2018 par le Sytral après un premier projet plus court jusqu’à Suchet finalement jugé trop timide, sera mise en service en décembre 2020. Rentabilisant l’infrastructure existante, elle impliquera un aménagement de voie de rebroussement au nouveau terminus et l’injection de quelques rames supplémentaires sur cette ligne ainsi portée de 14,9km à 16,5km. Par ailleurs, les trois stations de la T1 nouvelles desservies par la T2 devront voir leurs quais portées de quelque 30m à 43m de longueur pour accueillir les rames du T2, plus longues que celles du T1.
Rames de la ligne T1 sur le cours Charlemagne au sud de Perrache. Elles seront bientôt rejointes par celles de la T2 jusqu'à l'Hôtel de Région mais, plus longues, il aura fallu porter les quais de trois stations à 43m de longueur. ©RDS
La section de ligne concernée a été fermée pour travaux cet été. La station Suchet sera rebaptisée Place des Archives. Cette extension va permettre de fluidifier le trafic à la station Perrache, sous le Centre d’échange et la gare historique, actuellement équipé d’une voie de rebroussement pour les rames de la T2 en forte courbe, imposant une gestion des circulations assez acrobatique.
Une rame du T1 pénètre sous l'éléphantesque centre d'échanges de Perrache. Un environnement très contraint qui rend le terminus actuel du T2 acrobatique. Son report à Hôtel-de-Région facilitera la tâche des conducteurs et régulateurs. ©RDS
Enfin, une régularisation de la desserte du Parc Olympique Lyonnais depuis Décines-Grand Large, jusqu’ici occasionnelle, est annoncée avec une fréquence aux 15mn.
Les faiblesses de la mandature concernent l’Ouest lyonnais et la grande périphérie
Notons que cette extension du T2 pourrait d’accompagner ultérieurement de celle du T6 à Hôtel de Région. Par ailleurs, elle repousse l’hypothèse du prolongement de la ligne A du métro côté sud, qui se heurte au fait que sa station terminus Perrache a été logée au niveau du sol naturel, un hérésie de l’époque du maire Louis Pradel et de la construction du colossal « centre d’échanges » de Perrache, couronnant le passage de l’autoroute A6 en plein centre et masquant la façade de la gare ferroviaire. Notons que l’hypothèse d’une extension de cette ligne A au sud de Perrache (qui imposerait un creusement avec neutralisation temporaire de la section Victor-Hugo-Perrache) avant traversée de la Saône et montée vers le Ve arrondissement et Tassin, n’a jamais été sérieusement évoquée alors qu’elle valoriserait considérablement le parcours existant de cette ligne qui butte en plein centre de la presqu’île lyonnaise. C’est l’hypothèse d’une toute nouvelle ligne Bellecour-Tassin (Alaï) qui pour l’instant tient la route, promise lors de la campagne électorale de 2014 et toujours à l’état de projet.
Au demeurant, la grande faiblesse de la mandature qui s’achève aura concerné la desserte de l’Ouest lyonnais, se limitant à une concertation sur la nouvelle ligne de métro précitée, alors que l’Est lyonnais connaît une densité de réseaux ferrés importante et croissante. Le réseau incomplet du train-tram de l’Ouest lyonnais, mis en service en 2012, n’a connu aucune avancée alors que deux urgences s’imposaient. D’abord, l’électrification de Tassin-Lozanne (18,5km) exploitée en automoteurs diesel légers X73500 qui attend toujours alors qu’elle permettrait de supprimer une rupture de charge pénalisante.
Dans les vastes emprises de la gare de Tassin : (ci-dessus) embarquement dans un X73500 pour Dardilly, Limonest, Civrieux, Lozanne, après avoir emprunté un train-tram depuis Lyon (ci-dessous). Une rupture de charge pénalisante ©RDS
Ensuite le doublement de la voie sur la courte section à voie unique passant dans le tunnel des Deux-Amants entre Gorge-de-Loup et Ecully qui reste non financé alors qu’il conditionne tout développement du trafic (vers Lozanne d’abord, au-delà de Sain-Bel et Brignais ensuite). Enfin, l’isolement relatif de la gare Saint-Paul du réseau ferroviaire urbain demeure, depuis que le projet de ligne E amorcé à Hôtel-de-Ville via Saint-Paul a été abandonné au profit d’une origine Bellecour.
Le transfert de l’infrastructure du train-tram de l’Ouest lyonnais de SNCF Réseau au Sytral a été souhaité par le maire de Lyon Gérard Colomb. L’optimisation de ce réseau isolé (il est l’héritier pour partie de l’ancienne Compagnie des Dombes et du Sud-Est qui avait son siège à Lyon-Saint-Paul et pour partie de l’ancien contournement de l’Est de Lyon construit par le PLM de Paray-le-Monial à Givors-Canal) passe par son extension dans la vallée de la Brévenne au-delà de Sain-Bel jusqu’à Sainte-Foy l’Argentière (notre étude sur l’Ouest-Lyonnais central du 22 septembre 2019), et au-delà de Brignais jusqu’à Givors. Par ailleurs, un embranchement à Francheville vers Craponne permettrait de d’offrir une alternative capacitaire à l’engorgement routier dramatique entre Craponne et Tassin, mais il n’est jamais évoqué.
Pour la grande périphérie, le mandat aura été sans résultat. la question d'un RER est renvoyée à plus tard, les projets de SNCF Réseau restant nébuleux en matière d'infrastructures alors que Genève voisine met en service le sien... avec la France.
Evoquons à ce sujet la question emblématique de la réactivation de l'ancienne ligne ferroviaire (Lyon) Sathonay-Trévoux, au nord de l'agglomération vers la rive gauche de la Saône en amont de Lyon desservant Fontaines, Rochetaillée, Fleurieu, Neuville, Massieux... qui est proposée à la concertation sous la seule forme d'un BHNS. L'hypothèse d'un bus à haut niveau de services sur l'emprise d'une voie unique d'un gabarit de 3m de largeur sur 19km avec plusieurs viaducs semble relever de la galéjade. La raison invoquée pour passer par profits et pertes une réactivation ferroviaire est qu'elle imposerait un saut-de-mouton au-dessus des voies Paris-Lyon à Sathonay et qu'elle poserait un problème d'insertion jusqu'à part-Dieu (à supposer qu'une correspondance ne puisse être aménagée en amont avec un pétro urbain étendu ou avec la ligne des Dombes), ce qui paraît être insurmontable alors qu'on construit des gares TGV en rase campagne pour plus quelque 100 millions d'euros ou qu'on perce un métro périphérique en Ile-de-France pour 38 milliards d'euros.
Les propositions à 10 milliards d’euros du président sortant de Lyon-Métropole David Kimelfeld
La campagne électorale qui commence vient de voir le président sortant de la Lyon Métropole, David Kimelfeld, promettre un investissement massif dans les transports publics, de l’ordre de 10 milliards d’euros sur trois mandatures. Il propose de doubler le linéaire du métro, de 33,2km à 75km, allant au-delà d'objectifs évoqués par le Sytral. Notons : l’extension de la ligne A de Vaulx-en-Velin-La Soie à Meyzieu alors que jusqu’ici un BHNS était prévu ; la ligne B de Saint-Genis-Laval à Rillieux-la-Pape et Feyzin par une traversée du Rhône ; La ligne C (en partie à crémaillère) de Cuire à Caluire-Montessuy ; la ligne D jusqu’au Campus des Alpes. Il propose enfin de revoir le projet de la nouvelle ligne E en l’étendant, pour un coût probablement considérable, vers l’ouest de Tassin-Alaï à Craponne (reprenant l’ancienne desserte en tramway électrique du Fourvière-Ouest Lyonnais scandaleusement abandonnée dans les années 1950) et vers l’est à Part-Dieu.
Le président sortant de Lyon Métropole propose aussi une extension massive du réseau de tramways. Les extensions du train-tram de l’Ouest-Lyonnais ne semblent pas encore avoir été abordées. Questions probablement de frontières entre le Sytral et la région Auvergne-Rhône Alpes, laquelle reste autorité organisatrice de ce réseau qui dépend de la convention TER contre toute logique de territoire et de tarification.
Les pistes suivies par le Sytral, selon sa présidente Fouziya Bouzerda
Le Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l’agglomération lyonnaise, le Sytral, autorité organisatrice des transports pour la Métropole de Lyon ou Grand Lyon et le département du Nouveau Rhône, verra les représentants du Grand Lyon, de trois intercommunalités et de cinq communes adhérentes au sein de son conseil renouvelés lors des prochaines élections municipales, ceux de la région Auvergne-Rhône-Alpes restant inchangés. Avant ce grand renouvellement, sa présidente Fouziya Bouzerda a confié les priorités étudiées par le Sytral à l'heure actuelle.
Dans un entretien publié par 20 Minutes Lyon, Mme Bouzerda estime que l’on « peut difficilement ne pas desservir Rillieux-la-Pape, ni éviter le prolongement du métro à l’Est ». Sur le second point, le Sytral étudie ainsi le prolongement de la ligne A du métro au-delà de Vaulx-en-Velin jusqu’à Décines et le Grand Montout sur lequel se trouve le Groupama Stadium. Au sud, le syndicat étudie un prolongement de la ligne B du métro au-delà de son futur terminus Hôpitaux Sud (Saint-Genis-Laval), dont l’ouverture est prévue en 2023, jusqu’à Irigny, sans évoquer une nouvelle traversée du Rhône jusqu’à Feyzin comme le fait M. Kimelfeld.
La ligne B à Sathonay prônée par le Sytral impose le mode ferroviaire sur Sathonay-Trévoux
La présidente du Sytral le rejoint en revanche sur l’extension de la B vers le nord. « Pour un maillage efficace du territoire, il faudrait étendre la ligne jusqu’à Sathonay-Camp et Rillieux dans un sens, et jusqu’à Irigny et l'A450 dans l’autre », explique Fouziya Bouzerda. Sur le plateau nord de la métropole, il conviendrait de mailler le réseau de métro en offrant une correspondance entre la ligne C et la ligne B, en prolongeant le première, limitée à Hénon, jusqu’au quartier de Montessuy, a-t-elle ajouté. Une extension de la B à Sathonay rendrait inintelligible la transformation de la ligne ferroviaire Sathonay-Trévoux en BHNS, l'arrivée du métro méritant une correspondance en mode lourd sur cette section neutralisée.
La prolongation de la B au-delà de Charpennes sera un défi de taille, la station terminus ayant été réalisées contre toute logique de long terme à l'économie, avec une seule voie à quai servant d'embranchement avec la A. Un extension imposerait une neutralisation durable de la section Brotteaux-Charpennes afin de relier la ligne actuelle avec un futur tunnel embranché au sud de Charpennes et passant sous les voies de la A avec station.
Toujours selon la présidente du Sytral, la ligne D pourrait être étendue au Nord vers le quartier de l’Industrie et au Sud vers le boulevard urbain sud.
Reste la grande inconnue de l’Ouest lyonnais. Or pour le Sytral la future ligne E, qui fut au centre de la campagne électorale de 2014, ne devrait pas voir le jour avant 2030, soit dans la deuxième partie du mandat qui suivra celui amorcé en 2020. Pire, elle ne serait prolongée vers Craponne qu’à un horizon plus lointain.
Nul doute que la question du transport public jouera un rôle-clé dans la campagne électorale qui commence.
Site consacré aux métros, tramways et RER (Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Strasbourg, Nantes, Clermont-Ferrand, Dijon, Marseille, Montpellier, Mulhouse, Nice, Orléans, Genève, Lausanne, Turin, Milan). Vous y trouverez des cartes très détaillées de ces différents réseaux.
http://carto.metro.free.fr
