Limoux-Quillan : le maire de Quillan préfère la marche à pied au train
Voici un maire qui n’aime pas le rail. Pierre Castel, maire de Quillan (Aude), élu en 2014 à la tête d’une liste (LR) par 47,68% des voix lors d’une triangulaire de second tour, s’oppose frontalement à la régénération de la section Limoux-Quillan (25 km) de la ligne ferroviaire Carcassonne-Quillan et lui préfère une « voie verte ». Cette régénération, envisagée par la région Occitanie, permettrait une reprise du service voyageurs de bout en bout. Elle éviterait les autocars circulant sur la route de fond de vallée avec des temps de parcours dissuasifs et optimiserait l’usage de la section rénovée Carcassonne-Limoux.
« Je suis contre la réhabilitation de cette portion de ligne », a tranché Pierre Castel, rapporté par La Dépêche du Midi, invoquant un coût annoncé « de 70 millions d'euros », « sans parler de ce fameux train à hydrogène dont on ne connaît pas le montant des investissements à ce jour ». Et Pierre Castel de dénoncer l’exécutif de la Région Occitanie qui compte mener à bien cette rénovation, en affirmant que « jusqu'à présent et malgré de multiples demandes, le déficit d'exploitation de cette éventuelle ligne régénérée n'a pas été chiffré ». Le maire de Quillan, pourtant expert-comptable de son métier, ne s’interroge pas sur le montant de la maintenance ou de l’amélioration de la départementale 118, seule artère reliant sa commune à Carcassonne via Couiza, ni sur le déficit d’exploitation des services d’autocars. Ni sur le manque à gagner touristique, démographique ou économique causé par une déconnection de sa commune du réseau ferroviaire national. Non, il préfère favoriser le tourisme par la marche à pieds plutôt que par le train : « Personnellement, je milite à la place pour une voie verte qui pourrait être rallongée vers Axat. Ici dans la Haute Vallée, nous ne voulons pas de vœux pieux pour des transports en commun qui deviendraient un gouffre financier pour nos contributions et nos impôts».
La question paraît en fait très politicienne. Pierre Castel s’oppose à Régis Blanquet, président (PS) de la communauté d’agglomération Carcassonne Agglo et solidaire de la politique du Conseil régional d’Occitanie. Le maire de Quillan exige « une démocratie plus horizontale » pour consulter « les habitants de Quillan et de la Haute Vallée » sur le sujet. Quillan est le siège de la communauté de communes des Pyrénées audoises. « Les touristes sont friands des beaux paysages de chez nous, ils seraient enchantés de se promener sans danger sur une voie adéquate», conclut-il en invoquant la « voie verte » qu’il appelle de ses vœux sur l’emprise ferroviaire.
Plus de temps aujourd’hui en transport public qu’en 1992, souvent plus qu’en 1956
Aucune réflexion sur la manière de transporter jusqu’à Quillan lesdits touristes (mais aussi les étudiants, personnes âgées ou professionnels) arrivant en train à Carcassonne et devant jongler aujourd’hui entre des autocars lents à prendre dans la cour de la gare ou des relations avec correspondance train+car. Au service actuel, la relation TER propose en jour ouvrable de base 5 AR autocars avec des temps de parcours variant entre 1h20mn et 1h45mn pour effectuer les 54 km séparant Carcassonne de Quillan. S’y ajoutent quatre rotations cars Limoux-Quillan en correspondance avec des trains Carcassonne-Limoux, offrant des temps de parcours de bout en bout d’environ 1h25mn. Pourtant, à l’horaire 1992, l’unique relation fer Carcassonne-Quillan était proposée en 59mn, sur une voie pourtant très dégradée, ce que Pierre Castel doit avoir oublié. Et voici soixante-trois ans, en 1956, 6AR train étaient proposés avec un meilleur temps de parcours de 1h23mn de Carcassonne à Quillan et 1h14mn au retour, à la descente. On met donc entre 21 et 46mn de plus aujourd’hui qu’en 1992 pour rallier Quillan depuis Carcassonne en transport public et souvent plus de temps qu’en 1956. Pour citer Alexandre Vialatte, le progrès fait rage.
La section de ligne en question fait partie de la rocade Carcassonne-Rivesaltes mise en service par la compagnie du Midi entre 1878 et 1904 pour un total de 123 km, via le célèbre défilé de Pierre-Lys, Axat et Saint-Paul-de-Fenouillet. Le service voyageurs fut supprimé par la SNCF de Quillan à Rivesaltes dès 1939. La section Quillan-Saint-Martin-Lys fut déclassée en 1991. La section Carcassonne-Limoux, en revanche, a été rénovée en 2017, après création d’un pont-rail une vingtaine d’années plus tôt pour éviter un important passage à niveau.
À l'approche des élections municipales et intercommunales, Pierre Castel prévient tous les candidats qui seraient tentés d'afficher dans leur programme de campagne, une régénération du tronçon restant de la ligne, Limoux Quillan : "Je suis contre la réhabilitation de cette portion de ligne.
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