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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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2 septembre 2026

Des TER Auvergne-Rhône-Alpes ravagés par les tags, entre laxisme, auto-célébration et sabotage

(Complété le 2 août par la photo, dans la série de fin d'article, de la déprédation spectaculaire à la peinture apposée au rouleau d'une rame TER Occitanie)

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Tandis que les régions comme SNCF Voyageurs pour ses TGV n’hésitent pas à dépenser des fortunes pour créer et apposer leurs livrées sur leur matériel roulant, on assiste en Auvergne-Rhône-Alpes à un ravage de rames TER par de gigantesques « tags », y compris celles rénovées tout récemment dans le cadre du programme de réaménagement à mi-vie.

Première mesure après la couverture d'une rame par des "tags" : libérer la transparence des fenêtres (mesure de sécurité élémentaire mais aussi de confort) et tenter d'atténuer la dégradation par effacement partiel, au risque d'une impression de dégradation majeure. (Cl. RDS)

L’épidémie semble se concentrer principalement sur les rames à deux niveaux et trois caisses assurant principalement les services Lyon-Grenoble ou Grenoble-Saint-André-le-Gaz et Grenoble-Saint-Marcellin, sur les rames Corail assurant les relations du Sillon alpin Annecy-Valence Ville. Le résultat offre une image chaotique de sabotage du service public, financé par les contribuables régionaux, mais aussi de laxisme de la part de l’opérateur et de l’autorité organisatrice, entre maladroit effaçage partiel et multiplication de gigantesques lettrages dont la signification n’apparaît qu’à leurs auteurs anonymes.

Selon les constatations de Raildusud, cette infection touche particulièrement ces relations régionales. On notera que les TGV circulant sur les mêmes voies sont épargnés. Si de rares tags ont pu apparaître, les technicentres TGV de la SNCF les font rapidement disparaître.

Cette épidémie ne touche pas seulement la trop vaste région Auvergne-Rhône-Alpes, née de la fusion imposée depuis les bureaux de l’Elysée sous la présidence Hollande sans la moindre ratification démocratique à la base. On retrouve ces déprédations un peu partout, y compris en Ile-de-France.

Rame TER à deux niveaux en gare de Grenoble. Le "tag" mordait sur les vitres, dont la transparence a pu être rétablie à l'atelier. (Cl. RDS)

L’effacement minimaliste, qui n’inclut pas de remplacement du très coûteux pelliculage de la rame et se contente d’un brossage à l’aide de produits dissolvants, laisse des traces et une impression de saleté. Parfois, il se contente d’effacer les pigments recouvrant l’immatriculation du véhicule, trahissant le découragement des agents des technicentres devant le Niagara de peintures salissant les rames qu’ils sont chargés d’entretenir.

L’Occitanie utilisait des drones

La prévention est la solution de base, à l’évidence peu pratiquées sur le réseau des Alpes du Nord. Voici une décennie, la SNCF en charge des TER d’Occitanie, avait avec la région mis les grands moyens pour poursuivre les auteurs de ce qui relève, à force, du sabotage du bien collectif. Les responsables avaient mis en branle des drones équipés de caméras, qui permettaient de surveiller, d’alerter et d’identifier les auteurs des déprédations picturales.

Le système permet des intervention sur-le-champ, des mises en examen, des condamnations. Au civil, la note peut dépasser les centaines de milliers d’euros pour un même auteur dont le style et les pigments peuvent être scientifiquement identifiés par les enquêteurs. Il est vrai toutefois que les faux « artistes » mais vrais délinquants sont évidemment insolvables.

L'émulation entre auteurs de ces "graphs" les pousse à coloniser toute une rame. Ici en gare de Grenoble Universités Gières, sur une rame à destination de Rives. (Cl. RDS)

Des grillages avec fils de fer barbelés autour des faisceaux de stationnement des rames, surtout loin des centres de maintenance, là où peuvent être garées des trains durant la nuit pour prendre le premier service du matin vers la métropole voisine, forment une autre réponse. Mais ces mesures « statiques », aussi dissuasives soient-elles, finissent un jour ou l’autre par être contournées. Il suffit d’une seule brèche pour que tout le système s’effondre.

Cette « mode » des graffitis et tags s’est répandue depuis les Etats-Unis d’Amérique jusqu’en France, dans la foulée de mouvements nihilistes, musicaux et graphiques. Elle a été ouvertement soutenue par celui qui fut ministre de la Culture de l’époque Mitterrand, Jack Lang, devenu par la suite président de l’Institut du monde arabe (IMA). En 2021, M. Lang recevait à l’IMA, dans son propre bureau présidentiel, les gagnants du « Prix du graffiti et du street art » de l’année.

Dans les régions, de nombreux Centres régionaux d’art contemporains et leurs responsables suivaient ce mouvement prétendument « émancipateur ». Plusieurs grandes municipalités suivaient, comme celle de Grenoble, dominée depuis 2014 par EELV et aujourd’hui Les Ecologistes alliés à LFI, qui a non seulement laissé prospérer le spontanéisme du graffiti, mais a aussi organisé la couverture de bâtiments et de pignons d’immeubles par des compositions plus élaborées, parfois réussies au demeurant.

La vaste poste centrale de Grenoble, construite dans la foulée des Jeux Olympiques de 1968, désormais abandonnée, est recouverte de "street art" qui lui-même recouvre des photographies destinées à cacher la misère de ce grand bâtiment désert. La municipalité de Grenoble, de même que la Poste, semblent accepter cet état de fait. (Cl. RDS)

Une contrainte visuelle violente

Il n’est donc pas surprenant que l’étoile grenobloise des TER affiche un matériel roulant particulièrement affecté par le nihilisme graffitique des « libérateurs » de l’art de rue (en l’occurrence de voie ferrée). Mais s’ils « libèrent » l’expression de leur égo, ces « artistes » imposent aux usagers du rail une contrainte visuelle violente qu’ils n’ont pas choisie et qu’ils ne sont pas sensés apprécier. Pas plus que les cheminots, ni les responsables de l’administration régionale qui font financer par l’argent des contribuables des livrées et des rénovations fort coûteuses.

Voiture Corail d'une rame tractée réversible Annecy-Valence Ville. La typographie est torturée et agressive. Le message n'est compréhensible que par son auteur: c'est lui-même. (Cl. RDS)

Or la couverture des rames TER - outre un nombre incalculable de wagons de fret - par ces graffitis et tags dégrade l’identité visuelle des trains : celle de leur financeur et organisateur, le Conseil régional émanation du suffrage universel et de l’impôt, et celle de l’exploitant, SNCF Voyageurs pour la quasi-totalité des services régionaux, qui organise, fait rouler et entretient ce matériel.

Le « street art », lorsqu’il sort des espaces que les collectivités acceptent de lui consacrer et qui deviennent rapidement des zones visuellement chaotiques comme en témoignent par exemple à Montpellier les bords bétonnés du Verdanson, en pleine zone urbaine, impose aux citoyens l’expression égotique de ses auteurs : « Je suis libre d’exprimer ce que je suis ».

Ce n’est même plus, généralement, « ce que je pense », puisque les grandes déclarations politiques des années 1960-1970 se résument aujourd’hui à de petits coups d’encre du type « Acab » (« all cops are bastards ») des tenants de l’ultra-gauche ou des inscriptions apposées durant des manifestations de masse. Les grandes inscriptions politiques « US go home » de l’époque de la guerre du Vietnam, ou syndicales des organisations cheminotes, semblent à peu près révolues. La propagande politique et syndicale passe désormais principalement par une nuée d’autocollants et les affiches.

Sur une voiture Corail en gare de Lyon Part-Dieu. (Cl. RDS)

L’expression de soi

Le « street art », rapidement dégénéré en « graphs », « tags » ou « graffitis », impose massivement l’expression de soi, au travers d’une signature massive, occulte, torturée, prétendument esthétique, jouant avec les codes typographiques, imposant les couleurs les plus agressives et les dimensions les plus massives possibles. Sur les trains, elles peuvent aller jusqu’à recouvrir les fenêtres, illustration (sic) de la prétention totalitaire du genre puisqu’elle interdit au voyageur de contempler le paysage ou de lire les panneaux annonçant les gares.

Un peu de politique, à l'occasion, en mode ultra-gauche pour dénoncer une police supposément haïe. On peut espérer pourtant que cette police, ferroviaire ou nationale, interpellera un jour les auteurs de l'épidémie de "tags" qui accable le réseau. La région Auvergne-Rhône-Alpes a lancé un programme de renforcement des effectifs de surveillance sur ses TER. (Cl. RDS)

Pour éviter ce dernier inconvénient, les responsables du matériel roulant de SNCF Voyageurs ont depuis longtemps apposé des films de matière plastique transparente sur les vitres de nombreuses voitures Corail afin de pouvoir rétablit rapidement et à moindre coût la vision vers l’extérieur en cas de couverture par des « tags ». Mais la contrepartie est que ces films ont tendance à progressivement s’opacifier sous l’action des UV, de l’abrasion par l’air et les poussières propulsés par la vitesse du train.

Ainsi, par dégradation massive et brutale de certains matériels roulants, par manque d’anticipation et laxisme de responsables de l’exploitation - mais aussi de certains élus - les « artistes » de la bombe à peinture augmentent le coût d’entretien et de restauration des rames voyageurs qui appartiennent à la collectivité, sont financées par les contribuables et utilisées quotidiennement par des foules de voyageurs. Ils dégradent l’image de l’exploitant, de ses personnels pourtant méritants et celle de l’autorité organisatrice. Ils imposent un modèle de société dans lequel la raison collective est sommée de s’effacer derrière l’égo de quelques « graffeurs » et « tagueurs » dont la principale préoccupation consiste à apposer en lettrages géants la marque de leur petite identité.

Ce « train art », comme généralement ce qui s’auto-qualifie de « street art », résume l’état d’une société qui a fait de l’individu l’apha et l’oméga de son système consommatoire.

Nous terminons par quelques autres exemples de déprédations visuelles :

Malgré ses efforts de prévention, la région Occitanie reste encore frappée par le saccage visuel du matériel roulant de ses TER. Ici une rame ZGC saisie le 31 août en gare de Saint-Chély-d'Apcher (Lozère), une de ses voitures recouverte de peinture apposée au rouleau, fenêtres totalement occultées. (Cl. Guy Charmantier)

Saisi à Saint-Romain-le-Puy (Loire), ce wagon de pondéreux sur la voie de garage précédant l'installation terminale embranchée de la verrerie industrielle Verallia. Le parc de wagons de fret est particulièrement visé par les actions des "taggueurs", tant il est vrai que leur protection sur les triages ou les voies de garage est particulièrement difficile. (Cl. RDS)

Saisie en gare de Montpellier Saint-Roch, une rame Intecités Marseille-Bordeaux amplement dégradée (2020). (Cl. RDS)

Le "détaggage" laisse des traces, quand il n'est pas réalisé par un très coûteux renouvellement du péliculage. Ici en gare de Longueville, sur un train Transilien Paris-Provins. (Cl. RDS)

En gare de Montpellier Saint-Roch, ce TER LiO abondamment dégradé (2019). La région tente de contenir l'épidémie par des drones, des caméras et l'installation de grillages sécurisés. Ici, les fenêtres n'avaient pas été dégagées.(Cl. RDS)

En gare de Narbonne, sur une rame flambant neuve (2021). L'envahissement du bien commun par la déraison égotique. (Cl. RDS)

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Commentaires
C
N'y a-t-il pas, par ailleurs - sur le thème de ce qui gâche l'expérience voyageur - un relâchement dans le nettoyage extérieur des trains, TER Aura comme TGV, ces dernières années ? Il devient impossible de prendre une photo depuis l'intérieur du train, ou seulement de profiter du paysage, tellement les vitres sont poussiéreuses.
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J
Ce phénomène du tag sur les engins ferroviaires est une pollution visuelle dont le cout est énorme pour la collectivité. Il y a a pire à l'étranger, en Roumanie par exemple. Par contre en Italie ou toutes les rames ou quasiment étaient taguées il y a une dizaine d'années, cela semble s'être calmé. Les bombes de peinture sont souvent achetées dans des magasins glauques "spécialisés" (j'en connais à Paris) qu'il convient de fermer. Il faut combiner le pelliculage anti graffiti (la technologie existe) et durcir la répression comme dans d'autres domaines d'incivilités avérées.
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B
ALBERT, il faut les deux !
A
Je suis d’accord sur le fait qu’il faut protéger les trains, mais je trouve dommage de ne penser qu’en termes de répression et de nettoyage : des études sur le graffiti ferroviaire (From broken windows to a renovated research agenda: A review of the literature on vandalism and graffiti in the rail industry) montrent que les motivations peuvent être la reconnaissance, l’appartenance, la recherche de risque ou simplement l’expression de soi, donc comprendre les causes permet aussi d’agir en PRÉVENTION.<br /> En gros, peut-être qu’il vaut mieux essayer de prévenir que de guérir : je préfère une société qui cherche d’abord à comprendre pourquoi certains comportements apparaissent avant de répondre systématiquement par davantage d’interdictions et de sanctions, surtout dans un système judiciaire qui est déjà à genoux.
P
Aux Pays-Bas, on utilise des pellicules lavables anti-graffitis, qu'est-ce qu'on utilise en France?<br /> <br /> D'ailleurs, lídée du monde des tagueurs est celui de l'hiérarchie: plus on met des tags à des endroits dangereux ou interdits, plus on gagne de prestige.
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A
Et si on essayait de rendre un train légal avec des graffitis, une sorte de « le train est à vous », on pourrais aussi dire que l'on subit les « graffitis » (enfin surtout la propagande) que les régions nous imposent sur les trains ?
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P
même chose sur la ligne Libourne-Arcachon depuis environ un an ou deux, mais peu fréquent.
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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
  • Le chemin de fer est indispensable à toutes nos villes et ne doit pas être l'apanage de la seule région-capitale. Les lignes transversales, régionales et interrégionales doivent contribuer à une France multipolaire, équitable au plan social et territorial.
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