Lithium d'Imerys dans l'Allier : le ferroviaire, élément-clé d'un projet stratégique confirmé cause nationale
La venue le 22 avril 2026 du président de la République Emmanuel Macron sur le site d’extraction de kaolin de Beauvoir à Echassières, dans l’Allier, a donné un relief particulier à ce projet baptisé EMILI, porté par la grande entreprise française Imerys. EMILI est l’acronyme « d’Exploitation de Mica LIthinifère par Imerys ». Il s’agit de fournir en lithium les industries de l’électricité, particulièrement pour les batteries et systèmes de stockage.
Ce vaste site d’extraction, bien sûr contesté par des tenants d’une « écologie » virant à la décroissance, aura la particularité d’expédier par chemin de fer ses produits bruts jusqu’à l’usine de traitement final, à proximité immédiate de Montluçon, soit une distance d’environ 70 km. Ce fait devrait satisfaire les protecteurs de la nature, le train étant considérablement moins impactant que le camion.
Reconnaissance institutionnelle et stratégique
La visite présidentielle s'inscrivait dans une initiative gouvernementale visant à accélérer quelque 150 projets industriels stratégiques en France. Elle s’est accompagnée d’un Conseil des ministres tenu à Montluçon.
Le projet EMILI a obtenu une reconnaissance institutionnelle significative. En juillet 2024, il a été désigné Projet d'Intérêt National Majeur (PINM) par l'État français. En mars 2025, il a été inscrit comme projet stratégique dans le cadre du règlement européen sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act), confirmant son importance non seulement pour la France mais aussi pour la chaîne d'approvisionnement européenne en matière de batteries.
En février 2026, la Banque des Territoires, pour le compte de l’État français, est entrée au capital du projet à hauteur de 50 millions d’euros, via une participation minoritaire pour soutenir l'étude de faisabilité définitive, une démonstration concrète du soutien public envers le développement d'EMILI.
De l’extraction au raffinage, canalisation puis train
Le minerai, des kaolins de Beauvoir, sera d’abord épuré en concentré de mica sur place. Ensuite, sur le site de La Loue, il sera transformé en hydroxyde de lithium. La zone industrielle de La Loue, traversée par la ligne de Montluçon à Bourges, a tous les atouts pour accueillir une usine de transformation embranchée.
Le concentré qui aura subi un premier traitement sur le site d’extraction sera acheminé jusqu’à l’usine de raffinage de La Loue, à Saint-Victor au nord de Montluçon, d’abord par canalisation sur 15 km jusqu’à la gare de chargement, puis par train avec emprunt d’une longue section de la ligne Gannat-Montluçon, qui est à double voie de Lapeyrouse (ex-embranchement de la ligne fermée Lapeyrouse-Volvic) à Montluçon, puis d’une courte section de celle de Montluçon à Bourges, à voie unique.
La mine de lithium sera située sur le site de Beauvoir à Échassières, dans l’Allier. Échassières, au sud du département de l’Allier, est limitrophe du Puy-de-Dôme et se trouve à 16 km à vol d’oiseau de Saint-Bonnet-de-Rochefort et Naves, qui sera la gare de chargement du minerai située sur la ligne Gannat-Montluçon à 65,9 km à l’est de Montluçon.
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Gare de Saint-Bonnet de Rochefort, entre Gannat et Montluçon, première gare à l'ouest de Gannat. Ce point d'arrêt non géré, privé de sa voie de croisement, est desservi quatre fois par jour et par sens en semaine par les TER Clermont-Ferrand-Montluçon, deux fois les samedis et une seule fois les dimanches et fêtes. (Doc. Wikipedia/Patrocle)
A Saint-Bonnet-de-Rochefort et Naves, l’atelier de chargement sur wagons sera situé au lieu-dit de la Fontchambert.
L’usine de conversion du mica lithinifère concentré en hydroxyde de lithium sera située sur la zone industrielle de La Loue qui s’étend sur 45 ha entre Saint-Victor et Domérat, à 7 km au nord de Montluçon. Cette situation « devrait permettre l’usage d’infrastructures ferroviaires existantes et une logistique sans camions », explique Imerys.
Des engins pilotés à distance à 400 m sous terre
EMILI ambitionne de devenir une référence de l'exploitation minière moderne et responsable, affirme Imerys. Le projet utilisera des engins électriques pilotés à distance opérant jusqu'à 400 mètres sous terre, alliant sécurité, innovation et faible empreinte carbone.
Une fois opérationnel, le site vise à produire 34 000 tonnes d'hydroxyde de lithium par an, soit assez pour alimenter environ 700 000 véhicules électriques par an pendant au moins 50 ans. Le projet devrait également créer plus de 1 000 emplois directs et indirects. Il fera de la région Auvergne-Rhône-Alpes « un pôle européen central pour l'extraction de lithium en roche dure ».
« Outre la constitution, à terme, d'un pôle local d'excellence sur les savoir-faire du lithium et de la batterie, cela témoigne de la volonté du Groupe de produire le lithium le plus décarboné possible », faisait valoir un responsable "minéraux de performance" chez Imerys. « Cette nouvelle étape confirme l’ensemble de l'implantation (d'Imerys) en Allier-Bourbonnais : c’est une bonne nouvelle », s'est félicité voici deux ans le président du conseil départemental, Claude Riboulet. Le bassin montluçonnais, privé de ses mines de charbon, de sa sidérurgie et de plusieurs autres industrie dont le pneu et le textile, voit dans ce projet un puissant moteur pour son rebond.
La raffinerie installée à La Loue permettra à Saint-Victor, ville naguère industrielle, de retrouver une activité importante.
Consommation d’eau réduite de 90 %
Les études environnementales, en particulier sur l’eau et la biodiversité ont été menées. Imerys veut créer une « mine responsable ». Elle sera souterraine, ce qui évitera d’impacter entre 30 ha et 50 ha. La consommation en eau sera réduite de 90 % par rapport aux besoins classique grâce à son recyclage, « approchant zéro effluent liquide ». Le transport par canalisation puis par rail permettra d’éviter la circulation d’une centaine de camions chaque jour sur les routes de la région.
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Carte générale de l'enchaînement des quatre sites prévus par Imerys afin de produire le lithium pour batteries sur une zone compacte couvrant le sud du département de l'Allier. Le lien ferroviaire prendra le relais, sur environ 70 km, d'un tuyau d'une quinzaine de kilomètres entre le site de premier traitement et l'usine de fabrication. (Doc. Imerys)
Des lignes ferroviaires à moderniser
Selon les observateurs, le nouveau trafic de fret ferroviaire devrait contraindre SNCF Réseau à moderniser l’itinéraire outre les installations terminales embranchées à créer. « Il va encore falloir attendre le BAPR (block automatique à permissivité restreinte, NDLR) de voie unique et la commande centralisée pour pouvoir faire circuler les trains de minerai la nuit », relevait l’un d’eux auprès de Raildusud à l’annonce du projet.
Les récents travaux suer la ligne à voie unique Montluçon-Bourges n'ont pas engendré de modernisation de l'exploitation : les pas de croisement y restent assez longs, avec 23 km par exemple entre Montluçon et Vallon-en-Sully.
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Extrait de la carte du réseau ferré national pour les départements de l'Allier, de la Creuse et partiellement de l'Indre et du Puy-de-Dôme. Bien que située à un carrefour ferroviaire, Montluçon n'est plus qu'une gare terminus pour les trop peu fréquents services voyageurs venus du nord, de l'est et de l'ouest. (Doc. SNCF Réseau)
Sur la partie à voie unique (Gannat-Lapeyrouse) de la ligne Gannat-Montluçon concernée, les distances entre croisements sont en revanche plus faibles, de l’ordre de 10 km, et les gares de Louroux-de-Boubles et Bellenaves sont ouvertes. L’exploitation s’y opère toujours avec du block manuel de voie unique et, à l’ouest de Lapeyrouse, de double voie, type compagnie du Paris-Orléans. Les déclivités sont au maximum de 15 ‰ sur la partie Saint-Bonnet-de-Rochefort-Montluçon, de 5 ‰ au nord de Montluçon.
Selon certaines informations, Imerys participerait à l’entretien de la ligne et des viaducs. Ces derniers sont importants et au nombre de quatre à partir de Saint-Bonnet-de-Rochefort vers Montluçon : viaduc de la Perrière (135 m de longueur), du Bellon (231 m), de la Bouble (300 m), de l’Œil (190 m). Le plus long, le viaduc de la Bouble, a été conçu par l’ingénieur d’origine allemande - mais formé en France (X-Ponts) - Wilhem Nördling, réputé pour la qualité de ses ouvrages. L’ouvrage fut mis en service en 1871. D’une hauteur maximale de 62 m, il est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2009
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Viaduc de la Bouble. Un important trafic de fret lourd nécessitera-t-il son renfocement ? (Doc. mairie de Louroux-de-Bouble www.lourouxdebouble.fr/decouvrir/1486)
Notons que des trains de transport de felspath, minéral servant à la fabrication de verre, de céramique et même de peintures, sont chargés depuis la carrière Imerys de Montebras à Soumans, au départ d’un embranchement proche de Lavaufranche (Creuse), sur la ligne Montluçon-Guéret. Ils sont expédiés vers Modène en Italie en transitant habituellement par Bourges mais, le temps de travaux de la ligne Bourges-Montluçon, voici trois ans, ils ont été détournés par Gannat…
Le temps de l’interruption de la ligne de la Maurienne, ils franchissaient la frontière non plus à Modane mais à Vintimille. Ce trafic est de l’ordre de 120.000 tonnes par an à raison de trois trains par semaine après une interruption de 2011 à 2015. Le trafic avait été repris par Fret SNCF. Dans ce cas déjà, Imerys donnait la priorité au ferroviaire.
Mille emplois directs ou indirects, et du ferroviaire
On notera qu'avec la création de plus de 1.000 emplois directs ou indirect sur ce territoire, le projet Imerys justifierait aussi une relance de l'offre voyageurs sur une étoile de Montluçon dont la gare est réduite aujourd'hui à trois terminus et à une offre dérisoire : aucun train direct vers Lyon, Bordeaux ou Paris, cette dernière destination imposant une changement de train à Vierzon ou Bourges depuis quelques années. Plus aucune liaison vers le sud, depuis la suppression de la ligne Montluçon-Evaux-les-Bains-Eugurande-Merlines en 2008. Le projet de rétablissement d'un service voyageurs transversal Lyon-Bordeaux, difficilement porté par Railcoop, a fait long feu.
En concentrant l’ensemble des sites du projet EMILI dans l’Allier, Imerys entend « créer un véritable pôle d’expertise en production de lithium pour batteries, contribuant ainsi au dynamisme économique du département », explique l’entreprise.
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Dans le laboratoire d'Imerys situé à Lyon. L'entreprise, fleuron industriel français, dispose de 2.500 brevets et 4.000 marques déposées. (Doc. Imerys)
Les décisions d’Imerys interviennent, indiquait l’entreprise, « après une campagne de tests en laboratoire qui ont abouti à la production des premiers échantillons d'hydroxyde de lithium de qualité batterie en juin 2023». Les prochaines étapes « incluent des essais en usine pilote, ainsi que l’ouverture en mars 2024 d’un débat public organisé par la Commission nationale du débat public ».
« Nous avons à Beauvoir un site exceptionnel que ce soit par sa taille, sa structure, et sa concentration en lithium », indique Imerys. L’industriel « a produit avec succès les premières centaines de kilos de lithium de qualité batterie en laboratoire » grâce au procédé qu’il développe. A fin 2023, 42 millions d’euros avaient déjà été investis dans le projet.
Trente sites en France
Imerys emploie au total 14.878 personnes dans 42 pays et sur quelque 200 sites dans le monde. En France, l’entreprise opère sur une trentaine de sites, les deux-tiers adossés à des carrières, avec 2.000 employés. Elle produit de la diatomée, du kaolin, du talc ou de l’andalousite, tous minéraux utilisés dans des produits de grand consommation : peintures, sanitaires, vaisselle, filtration, automobile. Son chiffre d’affaire prévu pour 2026 s’élève à quelque 3,41 milliards d’euros. Sa valorisation boursière s’élève à ce jour à quelque 1,889 milliards d’euros.
EMILI figure parmi les 150 « Grands projets stratégiques » (GPS) bénéficiant de toutes les attentions de l'Etat et des collectivités territoriales, initiative annoncée en novembre par M. Macron lors du premier sommet « Choose France Edition France » et lancée en janvier. Ces 150 projets, portés pour moitié par des PME et des ETI (entreprises de taille intermédiaire) concernent 63 départements du territoire national. Leur investissement cumulé atteint 71 milliards d'euros.
L’Elysée indique qu’ils « couvrent l'ensemble du spectre industriel stratégique », soit l’agroalimentaire, les centres de données, les biocarburants, les batteries, la santé, l’aéronautique, la défense… Pour les accélérer, le principe inclut « un projet identifié, une chaîne de commandement claire, des gens à qui on rend compte et des délais record qu'on doit tenir ». Une méthode inspirée de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris après son incendie.