Après Limoges, mobilisation des « Sans-Trains » le 30 mai à Clermont-Ferrand pour un « vrai plan-rail »
La fracture territoriale et le gouffre ferroviaire sont de nouveau au menu d’une manifestation des « Sans-Trains » contre l’isolement et le démantèlement des réseaux ferrés dans le Massif central, avec une manifestation à Clermont-Ferrand le 30 mai à 14 h 30 devant la gare centrale. « La gare de Clermont-Ferrand ne peut plus rester un cul-de-sac ferroviaire », tel est le mot d’ordre de cette nouvelle manifestation qui fait suite à celle de Limoges, tenue le 30 janvier dernier.
Au plan politique, le ministre des Transports M. Tabarot a tenté de répondre le 7 mai à Toulouse à cette colère - et à tant d'autres dans les provinces - en réitérant l'engagement du gouvernement de porter de 3 à 4,5 milliards annuels le montant du contrat de performance avec la SNCF permettant ainsi de passer de 750 à 1.000 km de lignes rénovées chaque année. Mais sans préciser le montant alloué aux réseaux ferrés régionaux.
Une autre France que celle du Grand Paris express à 45 milliards
La manifestation de Limoges avait rassemblé des citoyens, des collectifs, association, des élus et avait été assez largement couverte par les médias, y compris nationaux-parisiens qui semblaient découvrir que pouvait exister une autre France que celle du Grand Paris express, les lignes de métro circulaire parisien à 45 milliards d’euros.
Cette autre France, abusivement qualifiée de « périphérique » alors qu’elle est géographiquement centrale, est largement privée de trains, renvoyée sur des autocars lents, aux horaires complexes et déstructurés, dont le confort est proportionnel aux innombrables ronds-points, aux chaussées dégradées et aux attentes en bord de route sous l’arrosage des pneus des poids-lourds et des voitures particulières.
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Point kilométrique indiquant, sur la commune de Boën (Loire), l'extrémité de la section exploitée, côté est, de la ligne Saint-Etienne-Clermont-Ferrand. Il manquait 50 millions d'euros en 2016 pour assurer le maintien en exploitation de la section centrale de 47 km, soit le moins du millième du coût du Grand Paris express et de l'extension du RER E en Ile-de-France... Il faudrait aujourd'hui plus du double pour rétablir des trains entre les deux métropoles de la même "grande" région. (Cl. RDS)
Clermont-Ferrand, comme Limoges, est une ville particulièrement bien choisie car, comme Limoges, elle a perdu une bonne partie de son étoile ferroviaire depuis l’instauration de la société d’économie mixte - en fait monopole d’État - SNCF en 1938, devenue depuis une société d’État à 100 %.
Limoges, étoile ferroviaire jadis à sept branches
Limoges fut une étoile ferroviaire du réseau ferré national à sept branches. Deux d’entre elles sont partiellement interrompues : la ligne Limoges-Angoulême, limitée à Saillat-Chassenon ; la ligne Limoges-Brive par Saint-Yriex limitée à Saint-Yriex. Limoges est par ailleurs privé de train vers Lyon par Montluçon et la desserte sur la grande ligne radiale Paris-Orléans-Limoges-Toulouse est dégradée au sud de Limoges, jusqu’à Toulouse.
Nous ne comptons pas la disparition totale du réseau de chemins de fer départementaux de la Haute-Vienne, entièrement électrifié et remarquablement maillé, qui affichait sept destinations : Rancon - Saint-Sulpice-les-Feuilles/Bellac - Bussière-Poitevine ; Razès ; Peyrat-le-Château via Eymoutiers ; Oradour-sud-Vayres ; Oradour-sur-Glane-Saint-Junien/Bussière-Poitevine.
Clermont-Ferrand fut moins dotée, que ce soit en réseau national ou départemental, le puissant relief limitant les possibilités. Pour autant, cette ville a perdu une bonne part de son étoile ferroviaire du réseau ferré national.
Clermont-Ferrand, de six à trois branches principales
Sur les six banches originelles, il n’en reste que trois. Le réseau dans sa plus grande extension proposait les lignes vers : Gannat-Montluçon/Saint-Germain-des-Fossés avec une branche de Riom à Châtel-Guyon ; Pont-de-Dore-Vichy-Saint-Germain-des-Fossés (Paris) avec embranchement à Courty vers Thiers, Saint-Etienne et Lyon ; Saint-Georges d’Aurac (Le Puy), Arvant (Aurillac) Brioude et Nîmes ; Volvic-Lapeyrouse/Laqueuille-Ussel-Brive (Bordeaux) et l’antenne Laqueuille-Le Mont-Dore.
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Affiche appelant à la manifestation du 30 mai à Clermont-Ferrand pour protester contre l'isolement ferroviaire de la capitale auvergnate.
Ne reste de l’étoile de Clermont-Ferrand que les lignes vers Gannat et Montluçon, Vichy et Paris, et les moignons de lignes transversales interrompues en leur centre, jusqu’à Volvic à l’ouest et Thiers au nord-est.
Clermont-Ferrand, bien que situé dans le centre de la France est ainsi privé de relations ferroviaires vers Saint-Etienne (Lyon), vers Bordeaux mais aussi vers la vaste région voisine des volcans, aux potentialités touristiques notables, et vers Montluçon par l’itinéraire le plus court (Volvic et Lapeyrouse). On peut ainsi légitimement parler d’un « cul-de-sac ferroviaire », d’autant que les relations Paris-Nîmes et Paris-Béziers par Clermont-Ferrand ont été sectionnées dans cette dernière ville.
Coté chemins de fer départementaux, n’existaient que trois lignes dans le Puy-de-Dôme : Gerzat-Maringues, et Riom-Volvic au nord de Clermont-Ferrand ; Vertaizon-Billom à l’est. Toutes on disparu.
L’aggravation de la fracture sociale et politique
Certaines voix ont beau condamner la nostalgie d’un réseau disparu en plaidant l’adaptation indispensable aux évolution démographiques, à l’exode rural, à la métropolisation voire à la désindustrialisation, elles passent sous un silence coupable l’effet pro-cyclique (dans le pire sens du terme) de la disparition d’un service structurant pour des régions entières et l’aggravation de la fracture sociale et politique qu’elle entraîne. Et ceci particulièrement dans une période d’énergie chère.
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Page résumant les enjeux du réseau ferroviaire d'intérêt transversal et régional, éditée par les associations.
On aura la pudeur de ne pas évoquer l’orientation favorable aux industries de la route de la part d’un Etat, de ses grands élus et grands ingénieurs, dont on peut légitimement douter de l’intégrité sur ce sujet.
Souhaitant « poursuivre et amplifier » la dynamique amorcée à Limoges, le collectif des Sans-Trains entend « continuer à porter (ses) propositions et amendements auprès des députés après (sa) mobilisation réussie auprès des sénateurs ».
Le train, un levier essentiel
Soulignant que « le train est un levier essentiel pour une mobilité écologique, pour l’aménagement équilibré du territoire et pour répondre aux besoins du quotidien (travail, études, santé, loisirs) », le collectif entend « maintenir et rouvrir des lignes » afin aussi de « soutenir la vie économique et sociale de nos territoires ».
Il exige « des lignes maintenues et rouvertes », « des trains plus fréquents et accessibles », et surtout « un véritable plan-rail pour nos territoires », alors que par manque de finances disponibles, la région Occitanie vient par exemple de renvoyer à une date inconnue les réouvertures de Séverac-le-Château-Rodez et d’Alès-Bessèges.
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Sur la commune d'Alès, tête sud du tunnel du Pèlerin, à la sortie nord de la gare d'Alès. Conçu à double voie, il eétait commun à la ligne Nîmes-Clermont-Ferrand et à la ligne Alès-Voguë-Le Teil/Bessèges. La section Alès-Bessèges voit aujourd'hui l'avenir de sa réhabilitation menacé. (Cl. RDS)
La mobilisation de Clermont-Ferrand est ouverte à tous ceux qui défendent le train, « associations, collectifs, élus, organisations engagées dans l’environnement, les mobilités durables et l’équité territoriale », souligne le collectif « Letrain634269 » particulièrement engagé pour la réouverture de la ligne Clermont-Ferrand - Saint-Etienne, absurdement interrompue en son centre sur 47 km entre Thiers et Boën depuis 2016. Une situation qui, ainsi qu’indiqué plus haut, contribue à faire de Clermont-Ferrand « un cul-de-sac ferroviaire », puisque la liaison sur cette ligne caviardée est assurée par des autocars aux missions hétérogènes et par quelques trains aux extrémités, rendant la lecture de la fiche horaire (53 colonnes par sens!) quasiment impossible.
« Reconstituer l’étoile ferroviaire de Clermont-Ferrand, c’est redonner à la population la possibilité de se déplacer en train vers le nord, le sud, l’ouest et l’est, pour rejoindre les territoires, villes moyennes et métropoles du Massif central – et au-delà », écrit le collectif des Sans-Trains.