Alès-Bessèges : réouverture (partielle) reportée à 2028, accumulation de contraintes bureaucratiques
A l’heure des fermetures de lignes en cascade (« pour travaux », souvent sans prévision de délai), les projets de réouvertures sont aussi rares que sujets à caution. Malgré la réouverture de Montréjeau-Luchon en Occitanie, « un grand succès en terme de fréquentation » selon Jean-Luc Gibelin, vice-président régional chargé des Transports, la remise en service des 32 km séparant Alès de Bessèges voit sa date de livraison reportée d’année en année, au grand dam des populations concernées. Pour un devis évalué à 65 millions d’euros.
Des vitesses tombées à 30 km/h!
Fermée aux voyageurs en juin 2012, pour cause de « fréquentation insuffisante », conséquence évidente d’une dégradation avancée - et délibérée ? - de l’infrastructure avec des vitesses limitées à 30 km/h, la section Alès-Bessèges était annoncée pour réouverture en 2026. Elle est désormais annoncée pour fin 2028 pour la section Alès-Saint-Ambroix, 2030 « au mieux » pour la section Saint-Ambroix-Bessèges.
« Le planning présenté par les ingénieurs de SNCF Réseau prenait tout en compte : diagnostic, sondages de toutes sortes, étude environnementale, élaboration du projet, lancement des appels d'offre, études puis travaux pour une mise en service en 2026, s'étonnait Anne-Marie Skora, membre du Collectif de défense et de développement de la ligne Alès-Bessèges. Elle ajoutait : « Dix ans pour rouvrir, c'était déjà trop. Maintenant 2028, ça commence à bien faire : les populations n'en peuvent plus d'attendre. »
Bâtiment voyageurs de la gare de Bessèges (Gard). Jadis au centre d'exploitations charbonnières et site d'une industrie sidérurgique, Bessèges illustre l'abandon de régions victime des disruptions technologiques et de la désindustrialisation. Le chemin de fer lui rendrait une part de son attrait, dans la belle vallée de la Cèze.
La décision de restaurer la ligne date de 2016, voici en effet déjà dix ans. L’objectif est de rétablir les vitesses originelles, de l’ordre de 70 km/h contre de nombreuses limitations à 30 km/h à sa fermeture, conséquence de l’abandon délibéré de son entretien par l’État propriétaire. Depuis, la gestion de la section a été reprise, comme le permet la loi, par la région Occitanie, à l’image de Montréjeau-Luchon.
65 millions d’euros, soit 2 millions par kilomètre
Le devis de 65 millions d’euros, soit un peu plus de 2 millions par kilomètre soit un peu plus que Montréjeau-Luchon (1,8 M€/km), implique une reconstruction complète de la voie - ballast, traverses et rails -, une requalification de ses abords, un traitement approfondi de ses treize passages à niveau, dont les règles de sécurité ont été alourdies depuis l’accident dramatique de Millas dû au non respect de la fermeture du passage à niveau par un autocar de transport scolaire. Cette révision a induit de nouvelles études. La Haute Autorité environnementale a demandé une nouvelle étude. « Elle considère qie ces travaux sont assimilables à ceux réalisés pour l'ouverture d'une nouvelle ligne », explique Jean-Luc Gibelin. Pourtant l’emprise n’a jamais été aliénée ni les ouvrages détruits, ce qui contredit frontalement l’analyse de ladite Haute autorité.
Soixante-cinq millions d’euros, « c’est le prix d’une route départementale à deux voies, mais l’infrastructure ferroviaire a une longévité de trois à cinq fois supérieure », insiste un cheminot défenseur de la réouverture. De plus, ces travaux de restauration sont étrangement considérés comme une création de ligne ex-nihilo par la bureaucratie étatique. Il en est résulté des démarches environnementales, de la loi sur l’eau, des enquêtes publiques longues et onéreuses, « sans compte les recours en justice ».
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Gare d'Alès, vue dans une récente période de travaux ayant impliqué la suspension de tout trafic commercial, en mai. L'importance du faisceau s'explique par la fonction de centre ferroviaire à plusieurs branches: vers Nîmes et Clermont-Ferrand, mais aussi vers Bessèges, Vogüé et Le Teil et vers Sommières et Montpellier au départ de Mas-des-Gardies. Ces deux dernières destinations ont aujourd'hui disparu. (Cl. RDS)
Thierry ferré, membre du Collectif pour la ligne Alès-Bessèges indiquait dans un autre média en ligne : « A chaque comité de pilotage, les études techniques et les enquêtes environnementales imposent de nouvelles normes et de nouveau ajustements, plus coûteux. Les élus, la région et la SNCF ont la volonté d’aller vite, mais l’État beaucoup moins ».
Une croissance démographique jusqu’à Saint-Ambroix
La SNCF, qui exploitera les TER de la liaison, a estimé la fréquentation à 2.200 voyages par jour avec un cadencement de 8 circulations quotidiennes par jour et par sens en 2029 entre Alès et Saint-Ambroix. A Alès, une halte nouvelle, à la sortie du tunnel du Pèlerin côté Bessèges, desservirait le lycée Jean-Baptiste Dumas, induisant un flux depuis le reste de la ligne.
Les données démographiques sont positives, jusqu’à Saint-Ambroix inclus, avec des communes en légère croissance démographique. Au nord d’Alès, dont la commune dompte 46.125 habitants (2023), en croissance, on trouve : au depuis Alès au km 8,65 Salindres, 3.648 habitants ; au km 14,42 Saint-Julien de Cassagnas, 734 habitants, et Allègre-les-Fumades, 1.002 habitants ; au km 20,01 Saint-Ambroix, 3.445 habitants.
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Carte postale ancienne montrant l'importance de la gare de Salindres, près d'Alès, avec son industrie chimique.
La partie au-delà de Saint-Ambroix vers Bessèges dessert des communes plus éloignées d’Alès et donc moins dynamiques au plan démographique. Au km 24,41 depuis Alès on trouve Molières-sur-Cèze et le village de Gammal, 1.176 habitants ; au km 28,86, Robiac Rochessadoule, 832 habitants ; au km 31,31 Bessèges, 2.606 habitants (mais 4.576 dans l’unité urbaine).
Au total, les populations résidentes directement desservies par les gares de la ligne Alès-Bessèges atteignent, hors Alès, 13.443 habitants. En incluant la commune d’Alès (46.125 habitants), on dénombre au total 59.568 habitants. On soulignera que l’unité urbaine d’Alès, au coeur d’une région dévastée par la disparition des mines de charbon et de la métallurgie, tient bon avec un population de 104.273 habitants.
Un élément du maillage du sud de l’Ardèche
Rappelons que la ligne d’Alès à Bessèges n’est qu’un court élément de l’ensemble du maillage ferroviaire du sud de l’Ardèche et du nord-est du Gard. Il fut lentement mis en service à partir d’Alès, centre houiller de premier ordre afin d’écouler son charbon directement vers la vallée du Rhône sans passer par Nîmes et son long détour : en 1857 (Alès-Robiac-Bessèges, 32 km), en 1871 (Robiac-Gagnières, 3 km), enfin en 1876 (Gagnières-Le Teil, 68 km).
Cette dernière section desservait Vogüé, gare d’embranchement de la ligne de Lalevade-d’Ardèche. Cette dernière, longue de 18,85 km, fut mise en service de 1879 à 1882.
Vue de la gare de Robiac, établissement à la jonction de l'antenne de Bessèges sur l'axe Alès-Vogüé-Le Teil. Le corps principal à cinq portes et ses ailes à deux fois deux portes, ses quatre voies à quai traduisaient son importance.
L’ensemble perdit son service voyageurs le 9 mars 1969, à l’exception d’Alès-Bessèges, qui perdura jusqu’au 7 juillet 2012. Le fret disparut progressivement à partir de 1971 à l’exception d’Alès-Salindres, qui dessert une importante usine chimique, par ailleurs site d’entretien de ses wagons.
La liquidation du maillage du sud de l’Ardèche fut à l’évidence contre-cyclique puisque cette belle région est devenue, depuis les années 1970, un haut-lieu touristique, même si auparavant elle attirait déjà avec la célèbre arche naturelle de Vallon-Pont d’Arc, desservie par un tramway à voie métrique de 9,5 km au départ de la gare de Ruoms à partir de 1910.
A Saint-Paul-le-Jeune, une autre ligne métrique donnait correspondance jusqu’aux Vans. A Saint-Julien-les-Fumades croisait la ligne du Martinet à Beaucaire. Cette gare desservait la station thermale aux eaux soufrées des Fumades. Ce centre thérapeutique est spécialisé dans le traitement des voies respiratoires, des rhumatismes et de l’épiderme.