Provence-Côte d’Azur : « ligne nouvelle » ou optimisation de l’existant ?
(Complété le 23 avril 2026 par l'insertion, dans le dernier chapitre du texte, de deux cartes issues du projet de LGV Méditerranée datant de 1990).
En Allemagne, on dénommerait les deux premières phases de la LNPCA une « Aufbaustrecke » (ligne optimisée) plutôt qu’une « Neubaustrecke » (ligne nouvelle). De fait, dans les phases 1 et 2, la seule courte section proprement nouvelle est en fait le doublement du plateau voies de la gare de Marseille Saint-Charles par creusement d’une gare souterraine, elle-même raccordée au réseau existant de part et d’autre par des sections souterraines. On peut donc surtout parler d’une gare nouvelle et d’une optimisation de l’axe existant, qui au demeurant relève de la phase 2.
Phase 1 : aménagements de gares existantes, travaux de voies
La phase 1 inclut les travaux qui ont été lancés en 2025 pour mise en service entre 2028 et 2030, soit avant les Jeux olympiques d’hiver de cette année-ci. Elle est évaluée à 1,2 milliard d’euros. La phase 2 inclut les travaux qui seront lancés en 2027 et 2028 pour livraison quelques années plus tard, vers 2035.
On trouve dans la phase 1 essentiellement des réaménagements de gares existantes : Saint-André, Arenc dans l’aire marseillaise, Saint-Cyr-sur-Mer et La Pauline dans l’aire toulonnaise, et Nice Aéroport. Quatre traversées piétons sécurisées sont prévues dans des gares de l’est de Toulon, dont le trafic croît, qu’il soit TER longue distance ou TER de grande banlieue préfigurant le SERM toulonnais.
/image%2F1336994%2F20260419%2Fob_25e0e2_lnpca-carte-phase-1-et-2.png)
On le constate sur cette carte établie par SNCF Réseau : pour les phases 1 et 2, seule la gare souterraine de Marseille Saint-Charles, annoncée pour mise en service en 2035, peut évoquer le principe d'une "ligne nouvelle", et encore sur une quinzaine de kilomètres seulement. Il s'agit plutôt d'une "gare nouvelle". Le reste consiste en des améliorations substantielles de l'existant, qui bénéficieront principalement au trafic intra-régional. (Doc. SNCFR)
Des travaux de voies sont annoncés pour huit chantiers avec extension de plateau de voies (Carnoules), doublement de voies vers Arenc à Marseille, suppression du cisaillement de la ligne d’Hyères à La Pauline. Le tout vise une augmentation de l’offre, principalement TER. Par ailleurs, l’installation de la signalisation numérique ERTMS, qui bénéficiera à l’ensemble des trafics, est en cours sur l’ensemble de l’axe.
Phase 2 : gare souterraine de Marseille, chantier principal
On trouvera dans la phase 2 la gare souterraine de Marseille Saint-Charles, ses accès amorcés à Saint-Henri à l’ouest et à la Blancarde à l’est, et le doublement du tunnel de Saint-Louis Les Aygalades, situé entre la jonction de la LGV Méditerranée et la future trémie d’accès à la gare souterraine de Marseille Saint-Charles.
Par ailleurs, cette phase 2 concerne assez largement l’aménagement des gares de l’aire niçoise : Cannes La Bocca, Cannes Centre, Nice Ville. Des chantiers de voies y sont inclus, dans la zone de Cannes et de Nice (Ville et Saint-Roch).
/image%2F1336994%2F20260419%2Fob_68db0d_lnpca-13.png)
Détail des opérations envisagées dans la partie centrale de l'aire marseillaise. En vert clair la phase 1, en vert-bleu la phase 2. Le quadruplement Blancarde-La Penne est reporté à une phase ultérieure. (Doc. SNCFR)
Concernant les phases 3 et 4, le discours de SNCF Réseau reflète l’hésitation des pouvoirs publics devant les projets qu’elles contiennent. Rappelons qu’il s’agirait, d’après les premières ébauches :
- de quadrupler la section Blancarde-La Penne-sur-Huveaune, aujourd’hui à trois voies (entre La Penne et Aubagne, l'idée originelle d'une 4e voie est abandonnée, très probablement en raison de la proximité de l'autoroute),
- de créer une nouvelle ligne largement en tunnel entre Aubagne et l’ouest de Toulon avec desserte de la gare centrale de Toulon (ex-Ville),
- de créer une autre section de ligne nouvelle bien plus à l’est, entre la zone des Arcs et celle de Cannes par le nord du massif de l’Estérel, proche de l’autoroute,
- de créer une section nouvelle mixte TER-TGV entre l’ouest de Cannes et l’ouest de Nice Aéroport, passant sous la zone de Sophia Antipolis ou à proximité (nord d’Antibes).
Les phases 1 et 2 pour les trains du quotidien
SNCF Réseau explique que ces phases 1 et 2 devraient permettre « l’augmentation du nombre de trains du quotidien à hauteur de + 66 % et la mise en œuvre de 3 RER métropolitains autour des aires urbaines d’Aix-Marseille, de Toulon et de Nice et la Côte d’Azur ». Ces phases 1 et 2 permettraient d’accroître « de plus de 23 millions le nombre de voyageurs ferroviaires annuel d’ici 2035, dont 62 % vont se reporter de la route vers le train », si l’autorité organisatrice régionale suit pour le financement des services et du matériel roulant.
/image%2F1336994%2F20260419%2Fob_4002ab_lnpca-nice-aeroport-gare.jpg)
Vue d'architecte de la future gare de Nice Aéroport, à proximité de l'ancienne halte de Nice Saint-Augustin.
« Les tronçons de ligne nouvelle (phases 3 et 4) n’ont pas fait partie du projet porté à l'enquête publique », note SNCF Réseau, qui explique que « les évolutions successives du projet depuis 2009, liées aux différentes phases de concertation et à la volonté politique de répondre à la forte demande d’amélioration des trains du quotidiens, ont mené à prioriser le renforcement des transports à l’intérieur de la Région, avant les sections de lignes nouvelles souhaitées par les partenaires dans une continuité temporelle ».
Ces sections de lignes nouvelles feront l’objet d’autres procédures de débat public et de déclaration d’utilité publique, suite à la décision ministérielle du 7 juin 2021.
Ce report ad libitum peut laisser augurer de nouveaux débats sur le principe même de sections nouvelles à coût élevé sur le principe d’une « ligne des métropoles » proche de la ligne historique, avec trois courts « shunts ». Or celui-ci n’a été acté que tardivement, au début des années 2000, alors que d’autres itinéraires étaient envisagés.
Hypothèses de contournement nord de Marseille
On note d’abord l’hypothèse d’un itinéraire contournant Marseille par le nord, avec amorce au départ de la gare d’Aix-en-Provence - TGV. Cette hypothèse a été dûment matérialisée par l’amorce d’un remblai proche de la tête nord du long souterrain de quelque 8 km constitué du tunnel des Pennes-Mirabeau, de la tranchée couverte de Bellepeire, du tunnel de Marseille et de la tranchée couverte de Saint-André. Ce remblai aurait pu être poursuivi par une ligne rejoignant l'ouest varois, puis au-delà.
/image%2F1336994%2F20260423%2Fob_cda4fb_lgv-med-projet-1990-1.png)
Ci-dessus: carte de différentes hypothèses d'amorces d'une ligne passe-Marseille par le nord, sur un document SNCF de 1990 préalable au projet de LGV Méditerranée.
Ci-dessous: suite à la précédente, carte d'hypothèse de LGV dans la partie nord du Var. (Doc. transmis par JMB)
/image%2F1336994%2F20260423%2Fob_7b2ac5_lgv-med-projet-1990-2.png)
L’autre hypothèse évoquée rejoignait le vieux projet, datant de l’entre-deux-guerres, proposé par le PLM consistant à créer une relation directe d’Avignon aux environs des Arcs. La version contemporaine eût consisté à tracer une ligne nouvelle « nord Provence » amorcée sur la LGV Méditerranée aux environs de Cheval-Blanc pour rejoindre, là encore, la région des Arcs puis, au-delà, Cannes par le nord du massif de l’Estérel.
Comme dans les années 1930 face au projet du PLM, le poids politique de Marseille et Toulon a fait adopter un projet dit « des métropoles ». Ce projet, dont on a vu le long phasage, contrevient au désenclavement de Nice et de sa conurbation par rapport aux deux autres contournements, principalement celui projeté le plus au nord. Un contournement de Marseille n’aurait pourtant rien d’humiliant pour Marseille. Barcelone est par exemple contourné par une rocade ouest qui soulage le nœud ferroviaire urbain central.
/image%2F1336994%2F20260419%2Fob_5ef681_lnpca-services-objectif.png)
Carte des fréquences TER permises par les aménagements des phases 1 et 2 du projet LNPCA. Il conviendra ensuite de mobiliser le matériel roulant, les personnels et le financement de l'exploitation. (Doc. SNCFR)
Pour Nice, un itinéraire « nord Provence » aurait le considérable avantage de rapprocher nt la métropole azuréenne de Lyon comme de Toulouse. L’itinéraire actuel Les Arcs-Cheval-Blanc par Marseille Saint-Charles affiche 229 km. Un itinéraire direct par ligne nouvelle entre Cheval-Blanc et Les Arcs afficherait environ 140 km, soit une économie de 89 km par rapport à l’itinéraire actuel LGV+ligne classique, ou 38 %.
/image%2F1336994%2F20260419%2Fob_5cfbbe_les-arcs-1.jpg)
Plateau de voies actuel de la gare des Arcs. Au coeur du département du Var, cette gare aurait pu servir d'amorce à une ligne nouvelle tracée jusqu'au Vaucluse, projet envisagé dès les années 1920. Notons qu'elle est située à seulement 12,63 km de Draguignan, ex-préfecture du Var, par une ligne ferroviaire fermée en 1980 alors que la ville de Draguignan est passée depuis de 26.000 à 41.000 habitants...