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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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29 avril 2026

Les noms de réseaux, ou les coûteuses manies de la « société du spectacle »

De plus en plus, la communication et l’image semblent prendre la place du service concret du transport public dans ce qui semble une pure dérive de la « société du spectacle ». Les sommes investies par les autorités organisatrices des transports dans les changements d’appellation de services, urbains ou TER, voire grandes lignes, sont autant de sommes qui ne seront pas investies dans les services, matériel ou exploitation. En revanche, elles nourrissent abondamment les agences de communication et les créateurs de logos et de livrées.

Urbain : « Reso », « Orizo », « Lignes d’Azur », « Mistral », « Tisséo », « Tango »...

Dans le transport urbain, les exemples surabondent de dérives « spectaculaires », avec des appellations hors-sol dont l’impact sur la qualité de l’offre n’a jamais été démontré mais celui sur les finances le sera certainement.

Montpellier en est la caricature, avec les livrées des tramways propres à chaque ligne et coûteusement confiées à des artistes de renom : Garouste et Bonetti pour les lignes 1 et 2, Christian Lacroix pour les lignes 3 et 4, Barthémémy Toguo pour la récente ligne 5. Après avoir été dénommé CTEM jusqu’en 1947, puis RMT jusqu’en 1968, puis CTM jusqu’en 1978, l’exploitant a pris le nom de SMTU puis, en 2001, celui de TaM lors du retour du tramway. Toutefois, malgré la valse des étiquettes, la référence géographique a toujours été respectée.

Rame Alstom Citadis 302 de la ligne 2 sur la section commune avec la ligne 1, rue Maguelone à Montpellier entre les stations Gare Saint-Roch et Comédie. La caisse est revêtue de la livrée fleurie commandée aux graphistes Garouste et Bonetti. Elle est propre à cette ligne. (Cl. RDS)

A Grenoble, le nom du réseau vient de changer quelques décennies après un premier changement, devenant « Reso » après avoir été TAG, lui-même successeur de la vénérable SGTE (Société grenobloise des tramways électriques puis « de transports et d’entreprise »). La livrée des matériels - excepté les tramways TFE Alsthom anciens - a été entièrement refondue pour adopter une dominante vert d’eau qui remplace les livrées chamarrées de groupes de lignes bus et hérétogène des tramways. La dénomination « Reso » ne renvoie à rien d’autre qu’à une évidence, celle d’un réseau, propre de tout système de transport urbain. Aucune référence géographique à l’aire grenobloise, contrairement à l’appellation TAG (Transports de l’agglomération grenobloise). En revanche, les vastes logos Reso apposés sur les autobus sont doublés d'aussi gros logos SMMAG, le syndicat autorité organisatrice. Le matériel devient une sorte de caravane publicitaire.

A Avignon il en va de même, où l’appellation commerciale du réseau de transport public, « Orizo », reste parfaitement abstraite. Le nom de l’exploitant est pour sa part « Tecelys ».

A Nice, le réseau est plus poétique avec son appellation « Lignes d’Azur ». Mais la valse des étiquettes aura été exceptionnelle - et donc coûteuse, avec modification des livrées à la clé : historiquement « Tramways de Nice et du Littoral », puis en 1974 TN pour Transports de Nice, passé anglicisme en 1992 avec « SunBus », il est devenu en 2005 « Ligne d’Azur » puis, en 2010, « Lignes d’Azur ». Il fallait bien investir dans un changement d’appellation pour un seul « s ».

Rame Alstom Citadis 405 au terminus Port Lympia de la ligne 2 du réseau "Lignes d'Azur" de Nice. La livrée est spécifique à cette ligne, différente de celle de la ligne 1, avec laquelle elle n'est au demeurant pas interopérable. (Cl. RDS) 

A Marseille, en place depuis 1950 après la CGFTE, l’historique RATVM (Régie autonome des transports de la ville de Marseille), communément prononcée « Ratoume » par les Marseillais, a cédé la place en 1986 au bénéfice de la RTM (Régie des transports de Marseille). Au moins, la référence géographique a été respectée, ce qui semble bien le moins pour un réseau de transport urbain.

Toulon est desservie depuis 2003 par « Réseau Mistral », qui a remplacé la vénérable RMTT (Régie municipale des transports toulonnais) à l’occasion d’une extension de son périmètre. Là encore, la référence géographique a disparu au bénéfice d’une évocation atmosphérique qui est loin d’être propre à Toulon.

Toulouse a choisi la même voie abstraite que le « Reso » de Grenoble en dénommant le sien « Tisseo ». En 1945, la RTCRT (Régie des transports en commun de la région toulousaine) avait succédé à la STCRT (Société des transports...). En 1972 elle est remplacée par la CTT (Compagnie des transports de Toulouse) sous l’égide du syndicat mixte SMTC. En 2002, la CTT devient « Tisséo » préparant une mise en délégation de service public trois ans plus tard. La valse des livrées, difficile à suivre, a accompagné celle des dénominations.

Nîmes, en 2007, a cru devoir angliciser sa marque TAN (Transports de l’agglomération nîmoise) en ajoutant le suffixe Go ! avec son point d’exclamation pour obtenir TanGo !, alliant le snobisme anglomaniaque au jeu de mot chorégraphique. Au moins la référence géographique est-elle vaguement maintenue. Auparavant, le réseau urbain s’était dénommé CTN de 1898 à 1933, puis SFTN (société fermière…) puis TCN dans les années 1960.

Saint-Etienne, ville étendue et au relief accidenté, a longtemps été desservie par une union de lignes originelles sous la bannière de la CFVE (Compagnie des chemins de fer à voie étroite) jusqu’à l’instauration de la STAS (Société des transports de l’agglomération stéphanoise) en 1981 jusqu’à nos jours, traduisant une stabilité remarquable dans la dénomination du réseau malgré plusieurs changements statutaires. Stabilité bénéfique qu’on constate aussi dans le maintien historique de ses tramways (au moins d’une ligne originelle) et de ses trolleybus.

Rame Alsthom-Vevey, élément du premier parc moderne mis en service au long de la décennie 1990. Si la livrée, simple et généralisée à tout le réseau, est récente, après de nombreuses versions tournant autour du vert, la dénomination de l'exploitant demeure inchangée depuis quarante-cinq ans et porte la référence de la collectivité desservie. (Cl. RDS) 

Cette valse des appellations, des logos et des livrées prétend souvent traduire le changement de statut de l’exploitant, de relation avec l’autorité organisatrice ou la surface couverte par le réseau. Si ces raisons semblent suffisantes aux élus (et aux cabinets de communication et autres intervenants qu’ils font financer par les contribuables), les usagers semblent plutôt subir ces changements dont la valeur est essentiellement et politiquement promotionnelle.

Or la seule mise en service d’une ligne de tramway suffit à manifester l’avancée des services bien plus que le changement simultané de nom de l’exploitant. Au contraire, elle pourrait légitimer, par le progrès qu’elle apporte, la durabilité de l’ancienne dénomination.

TER : « Zou », « LiO », « Remi », « Mobigo », sans référence géographique

Côté TER et régions autorités organisatrices, la valse des appellations frise la démagogie. Elle manifeste, par des dénominations obscures (« LiO » en Occitanie) ou infantilisantes (« Zou » en Provence-Alpes-Côte-d’Azur/PACA, « Remi » en Centre-Val-de-Loire...) que la simple raison s’efface devant une supposée publicité promotionnelle.

En PACA, qui a mené une belle politique de développement de ses TER depuis deux décennies avec la remise en service et l’exploitation relativement intensive des antennes de Cannes-Grasse, La Pauline-Hyères, Sorgues-Carpentras et la remarquable rénovation de Digne-Nice (malgré l’interminable réparation du tunnel de Moriez), la dénomination « Zou » de l’ensemble des services TER et de leurs supports de tarification semblent réduire les « clients » au rang d’enfants. Ni évocation de la zone géographique, ni traduction de la dimension du service. Seule la ligne Digne-Nice conserve son logo « Chemins de fer de la Provence », complété par « Zou ».

S'il est une dénomination hors-sol d'un réseau TER, la marque "Zou" adoptée par les dirigeants de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur en est une illustration criante. Il est vrai qu'elle est accompagnée, en gros caractères, de la mention "Région Sud", dénomination "commerciale" elle-même illégitime puisque PACA n'est pas la région la plus méridionale du pays, dépassée par Occitanie, Corse et même, marginalement, Nouvelle-Aquitaine. Ce TER est vu à Laragne-Montéglin, assurant une relation Marseille-Veynes-Briançon. (Cl. RDS)

Auvergne-Rhône-Alpes a évité ce travers pour la dénomination de ses services, qui demeurent TER Auvergne-Rhône-Alpes, mais a dénommé ses supports de tarification Oura !, semblant croire que la clientèle, qui paie, sera exaltée par l’interjection tout en identifiant l’évocation (très) masquée du nom de la région. Elle a toutefois bardé ses rames de la mention « La Région vous transporte »…

Occitanie a fait le pari d’une dénomination relevant de la chanson de variété en dénommant ses services TER, trains et cars, « LiO ». On peut à la fois détecter dans cette appellation une contraction de « Lignes Occitanes » et une évocation festive de la célèbre chanteuse portugaise Lio, devenue célèbre pour sa chanson « Banana Split ». La société du loisir a décidément vaincu.

Si Nouvelle-Aquitaine a maintenu l’appellation TER Nouvelle-Aquitaine, la région Bourgogne-Franche-Comté est allé chercher un acronyme qui n’a strictement rien à voir avec son nom : « Mobigo », avec sous-titre « Emmène-moi où je veux ». Non seulement le logo insiste sur les lettres « go », jouant une fois de plus sur l’anglicisation du vocabulaire dans une région réputée pour son fabuleux patrimoine historique, mais l’affirmation en sous-titre peut prêter à sourire quand on analyse les fréquences sur nombre de lignes.

Poursuivons par une autre voisine de nos trois régions du Grand Sud-Est avec Centre-Val-de-Loire. Cette région bat les records d’obscurité et d’infantilisation de la clientèle avec la dénomination « Remi » de son réseau TER. « Pourquoi pas ‘’Jules’’ ou ‘’Solange’’ ? », grinçait un usager récemment croisé à Vierzon.

Combien d’économies de frais de communication et d’image ?

On saluera la région Corse dont le réseau ferré, long de 242 km, après maintes vicissitudes statuaires et économiques, reste dénommé CFC pour Chemins de fer de la Corse. Simple, évident, historique, juste complété par l’appellation en langue Corse « Caminu du ferru di a Corsica ».

Combien d’économies de frais de communication et d’image auraient pu être réalisées si l’obsession de l’autopromotion et les réflexes de la société du spectacle n’envahissaient l’esprit des élus, qu’ils soient municipaux ou régionaux…

Le logo de la région, son nom et surtout la mention en lettres capitales "La région vous transporte" sont le principal vecteur de communication du système TER d'Auvergne-Rhône-Alpes, qui maintient sa dénomination TER sur ses documents commerciaux. Ici, rame à deux niveaux en gare de Chambéry-Challes-les-Eaux. (Cl. RDS)

Pourtant, tant pour les réseaux urbains que TER, la simple évidence semblerait de maintenir une continuité d’appellation, basée sur la réalité géographique et non des fantaisies hors-sol. Le réseau de Grenoble étendu au Grésivaudan et au Voironnais aurait pu s’appeler « GVG » pour Grenoble Voironnais Grésivaudan. Celui de Nice, devenu métropolitain, s’appellerait avec efficacité « TNL » Transports de Nice et du Littoral, comme ce fut le cas pendant près d’un siècle. Quant aux TER, la mention du nom de la région paraîtrait incontournable à tout esprit réaliste. Chemins de fer de Provence dit bien autre chose que "Zou".

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Commentaires
A
Petite précision utile concernant votre commentaire situé sous la pjoto de train Zou! à Laragne<br /> <br /> La Région "Sud" Provence Alpes-Côte d'Azur est bien située plus au Sud que la Région Nouvelle Aquitaine.<br /> Latitude de la commune de Saint-Mandrier-sur-mer (commune la plus au Sud en PACA) : 43,07°N<br /> Latitude de la commune de Hendaye (la plus au Sud en Nouvelle Aquitaine) : 43,35°N.<br /> <br /> Les habituelles représentations de la carte de France (projection à plat) faussent la perception S/N.<br /> <br /> En revanche vous avez raison pour la région Occitanie dont certaines communes des Pyrénées-Orientales sont effectivement plus au Sud que la plus au Sud de PACA.
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L
Il faut bien occuper ceux qui sont payés à rien faire ainsi que les copains des élus...
Répondre
D
Je vous trouve sévère avec la marque Oùra: il s'agit d'un projet tout à fait louable à l'origine d'interopérabilité des titres de transport. La carte en question qui est apparue il y a une vingtaine d'années (avant la fusion Auvergne Rhône Alpes, ce qui fait que le nom ne reprend que les 2 initiales de Rhône Alpes) permet de regrouper les titres d'abonnement sur un support unique. Il reste certes des progrès à faire en termes de tarification (le TER reste très cher, certaines lignes comme le TTOL mériteraient de passer avec une tarification TCL et non TER... mais on est loin dans ce cas des noms débiles inventés pour désigner les réseaux TER de telle ou telle région.
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B
Salutations Franc-Comtoises . A Besançon, le transporteur périurbain est Ginko . Pour le le logo régional, Mobigo, le "go" ne m' avait pas donné l' impression d' une invasion d' anglicisme - pourtant, je suis pointu sur ce détail, préférant parler de "fin de semaine" que de "week-end" . Par contre, effectivement, côté régional, c' est balot.
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B
Dans ce cas, il faut appuyer sur le lien "commentaires" . Pour éviter toute confusion.
S
Bonn je réagissais à l’article!
B
Sylvain, vous vous adressiez à moi, ou à La Main Couronnée ?
S
Vous pouvez ajouter à la liste de la gesticulation communicante<br /> -les changements de logo à répétition<br /> -les changements d’organigramme<br /> <br /> Ça occupe et fait croire qu’on fait des choses…
Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
  • Le chemin de fer est indispensable à toutes nos villes et ne doit pas être l'apanage de la seule région-capitale. Les lignes transversales, régionales et interrégionales doivent contribuer à une France multipolaire, équitable au plan social et territorial.
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