Eboulement sur Grenoble-Valence : un mois et demi d’un acrobatique chantier exclusivement ferroviaire
La ligne structurante Valence-Moirans (Grenoble) aura vu son trafic interrompu du 29 janvier au 14 mars, soit 44 jours, le temps de traiter un glissement de terrain sur la commune de Poliénas, au sud de Tullins-Fures. Les 200 m² de matériaux ont emporté un mur de soutènement après une saison particulièrement pluvieuse puis se sont répandu, particulièrement sur la voie impaire (sens Valence-Grenoble) dont une centaine de mètres ont été recouverts.
Des temps de parcours de plus d’une heure
La réouverture se fait dans les deux sens de circulation mais avec un ralentissement qui impactera le temps de parcours entre Valence et Grenoble. En temps normal, celui-ci s’élève à :
- 1 h 09 mn pour les trois TER Valence-Grenoble-Genève quotidiens (desserte de trois gares intermédiaires entre Valence-Ville et Grenoble : Valence-TGV, Romans, Saint-Marcellin),
- 1 h 12 mn pour les TER cadencés Valence-Grenoble-Annecy (six gares intermédiaires, : Valence-TGV, Romans, Saint-Marcellin, Tullins-Fures, Moirans)
- à 1 h 21 mn pour le premier TER du matin qui dessert toutes les dix gares intermédiaires du parcours sauf Voreppe.
/image%2F1336994%2F20260306%2Fob_2f8a2e_2026-03-03-polienas-eboulement.jpg)
Vue générale de l'effondrement du mur de soutènement de la tranchée située sur la commune de Poliénas (Isère), au lendemain de l'incident qui n'a heureusement touché aucun train de passage. Aucun accès routier n'était possible, imposant des approches par rail qui ont allongé les délais d'intervention et d'interruption. (Doc. SNCF Réseau)
Les travaux ont imposé l’interruption de la circulation pour plusieurs raisons : étroitesse de l’emprise située dans une tranchée, non accessible par voie routière, ce qui a imposé un chantier exclusivement ferroviaire ; volume des matériaux à déblayer par train-travaux, tant issus de l’éboulement que de l’affaissement du mur de soutènement ; apport des engins et matériaux nécessaires au chantier ; impact sur la caténaire ; dégradation voire gauchissement des voies ; traitement de la face de la colline effondrée afin de prévenir une aggravation par purge, pose de grillage et géotextile pour stabiliser la pente, et allègement des charges ; traitement préventif de la partie non effondrée du mur de soutènement ; une fois les voies traitées et rétablies dans leur géométrie initiale, construction d’un nouveau mur de soutènement sur la quarantaine de mètres effondrés de l’ancien mur en maçonnerie.
D'incontournables trains-travaux
Deux trains-travaux ont été affrétés. Un engin de chantier spécial a été amené pour casser les blocs de roches trop volumineux pour être levés pour être chargés sur des wagons plats, qui les transportent un kilomètre plus loin pour évacuation des emprises ferroviaires.
Les entreprises mobilisées ont été FRA-Travaux ferroviaires, basée à Messimy (Rhône), Les Guides du Grand Massif (génie civil), basée à Vougy (Haute-Savoie) et NGE Fondations (basée dans l’Isère) pour la reconstruction du mur.
Une fois la circulation rétablie en mode ralenti sur cette section, des travaux de nuit restent programmés pour plusieurs semaines, jusqu’à la fin du mois de mai. Après le changement de 100 m de voie (les deux sont concernées), purge du ballast, dressage, correction et remise sous-tension de la caténaire endommagée, « les travaux de génie civil se poursuivront », indique SNCF Réseau. Un suivi géométrique de la colline est installé, « le temps de la remise en état définitive de l’ouvrage ».
Gare de Valence TGV, voies classiques de la ligne Valence-Grenoble surplombant le faisceau de la LGV. Ce convoi fret en provenance de Grenoble et en-deçà, à destination du Midi par la ligne de la rive gauche de la vallée du Rhône, illustre l'usage fret du Sillon alpin, désormais entièrement électrifié de Montmélian à Valence. (Cl. RDS)
Pour prévenir un nouvel effondrement, la nouvelle paroi a été clouée, avec des tirants « de sept mètres de longueur en maillage très serré », indiquait aux médias régionaux la chef de chantier de SNCF Réseau, Ingrid Simon. Les 160 mètres du mur demeuré en l’état sont aussi consolidés, à l’aide des mêmes longs tirants métalliques ancrés dans la roche.
Un élément-clé du réseau du Sud-Est
La ligne de Valence à Moirans, qui porte le n° 908.000 au catalogue du Réseau ferré national, mise en service en 1864, est un élément-clé du réseau du Sud-Est. Elle a été remise à double-voie entre Saint-Hilaire-Saint-Nazaire et La Sône et entre Saint-Marcellin et Moirans (elle l’était déjà entre Valence et Romans), électrifiée dans sa totalité, équipée d’un saut-de-mouton à Moirans, gare de jonction avec la ligne Lyon-Grenoble, avec un important financement de la région Rhône-Alpes. Cette modernisation du Sillon alpin a été achevée en 2014.
Cette ligne assure quatre types de trafics :
- Un flux voyageurs local de 16 missions TER en semaine entre Saint-Marcellin et Grenoble Universités-Gières (la première du matin sud-nord et l’avant-dernière du soir nord-sud touchant Valence Ville) qui assure la desserte de toutes les gares de la section sauf une (10 gares y compris les extrémités, L’Albenc ayant été fermée, Saint-Egrève n’étant desservie que par les TER locaux de la ligne de Lyon) ;
- Un flux voyageurs régional de 16 TER à moyenne distance Valence-Annecy (213 km) mais 5 terminus Grenoble, ne desservant pas les gares de Vinay, Poliénas, Moirans la Galifette, Voreppe, et un Valence-Grenoble direct de Saint-Marcellin à Grenoble.
Rame TER à deux niveaux entrant en gare de Tullins-Fures, sur la ligne Moirans-Valence, en grande banlieue de Grenoble. (Cl. RDS)
- Un flux voyageurs international de 3 TER Valence Ville-Genève directs de Saint-Marcellin à Grenoble, relevant et donnant comme les précédents correspondance à Valence TGV avec les trains à grande vitesse de et vers Marseille, Montpellier, Perpignan, Barcelone (SNCF et RENFE) et Toulouse.
- Un flux régional mixte Auvergne-Rhône-Alpes - Provence-Alpes-Côte-d’Azur de 4 TER Romans-Veynes-Briançon.
- un flux fret de et vers les centres industriels ou portuaires du Midi en provenance de Savoie ou de Grenoble.
« Quelques bus limités à 60 places »
On mesure l’impact de l’interruption d’un mois et demi d’une telle ligne. Les remplacements par autocars au nord de Saint-Marcellin ont été difficiles, comme le confiait Yves Gimbert, président de l’Association des usagers de la ligne Grenoble-Valence à un média régional : « Vous ne pouvez pas remplacer un train qui embarque 300 personnes par quelques bus limités à 60 places (…). Quand vous rentrez de Grenoble le soir, vous n’êtes pas sûr de trouver une place ».
Une cliente confie à ce média avoir compté trois bus aux heures de pointe le matin à Tullins-Fures vers Grenoble alors que normalement cinq trains desservent cette gare située à 26 km de Grenoble entre 5 h 30 et 9 h 15.
/image%2F1336994%2F20260306%2Fob_4ade2b_img-20240203-125828.jpg)
Croisement en gare de Romans d'une rame X72500 TER de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur en provenance de Briançon, terminus Romans, et d'une rame Corail Annecy-Valence Ville. L'engagement des rames Corail tractées par des locomotives bicourant BB22200 garantit, sur de nombreuses missions du Sillon alpin, une belle capacité et un confort remarquable malgré l'ancienneté du matériel dont on espère une nouvelle rénovation. Durant l'interception, un service par train résiduel a pu être maintenu entre Saint-Marcellin et Valence-Ville. (Cl. RDS)
Côté sud, seules quelques rotations de trains ont été maintenues entre Saint-Marcellin et Valence Ville. Ont aussi été maintenus les 3 cars TER directs Grenoble-Valence-TGV (complétés en début et fins de semaine) qui doublent la ligne à l’année pour la clientèle « métropolitaine » pressée d’aller prendre son TGV. Pour la clientèle TGV vers le sud un détour par Lyon a pu être recommandé, comme il est déjà parfois imposé pour les TGV ne desservant pas Valence TGV. Mais il impose une augmentation de l’itinéraire de 145 km : 230 km contre 85 km.