Perpignan-Villefranche, la ligne de tous les records d'interruption : 55 mois sur 97...
Jean Castex, président du groupe SNCF et ancien maire de Prades, était présent le 24 janvier pour la réouverture de la ligne Perpignan-Villefranche-Vernet-les-Bains, dans les Pyrénées-Orientales. Cette ligne, victime du déraillement d’un TER en juillet 2024 sur la commune d’Eus, à 42 km de Perpignan et 12 km de Villefranche-de-Conflant, qui avait causé de gros dégâts sur un pont. Il aura fallu pas moins de 18 mois - un an et demi ! - pour rétablir le trafic TER après traitement du pont gravement endommagé.
Ce délai surréaliste, né d’un conflit entre SNCF Réseau et la petite commune d’Eus, démontre s’il le fallait l’imagination débordante de la bureaucratie et du juridisme français d’une part, le peu de cas accordé au réseau ferroviaire régional par l’État et ses innombrables succursales. Au total, cette ligne aura été totalement ou partiellement interrompue durant 55 mois sur 97 mois depuis décembre 2017, remplacée par des service d’autocars dégradant plus ou moins gravement les temps et les conditions du parcours.
Déjà neutralisée pendant deux ans et onze mois
Car cette même ligne avait été juridiquement neutralisée pendant près de deux ans, du 14 décembre 2017 au 21 octobre 2019 consécutivement au drame de Millas, qui avait vu un car scolaire franchir un passage à niveau fermé, être percuté par un TER. Six adolescents avaient été tués et 14 grièvement blessés. Ce délai surréaliste avait été imposé par la Justice, en attendant que soient établies les responsabilités qui finalement furent attribuées à la conductrice de l’autocar.
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Gare de l'Ille-sur-Têt, sur la ligne Perpignan-Villefranche. Les poteaux-caténaires témoignent d'une électrification ancienne, par la très innovante compagnie du Midi, dès avant la guerre de 1914-1918. Cette station aura été de nombreux mois durant le terminus provisoire des navettes de et vers Perpignan.
Pire encore, avant le rétablissement effectif des circulations, prévues pour mars 2020 soit cinq mois plus tard (il faut beaucoup de temps à SNCF Réseau pour déverminer ses installations et à Voyageurs comme à la région pour mobiliser matériel roulant et personnel) un éboulement eut lieu au-dessus de Prades en janvier 2020, touchant un peu les voies et posant des questions sur la solidité de la falaise. La ligne ne rouvrit donc, le 21 mai 2020, que partiellement, entre Perpignan et Ille-sur-Têt, soit sur seulement 22 km, par l’effet de la durée des travaux à Prades… et du confinement Covid.
Pour conclure sur ce premier épisode désastreux, la ligne fut rouverte d’Ille-sur-Têt le 31 août 2020, et jusqu’à Villefranche-Vernet-les-Bains le 16 novembre suivant. Au total, la ligne fut neutralisée de bout en bout du 14 décembre 2017 au 16 novembre 2020, soit deux ans et onze mois. Un record d’efficacité pour les administrations publiques conjointes de la Justice, des Transports, de l’Environnement etc... et du groupe SNCF. La procrastination pathologique et le désormais constitutionnel principe de précaution des administrations publiques entreront dans la légende pour cette ligne de seulement 47 km.
Pourtant, les citoyens des Pyrénées-Orientales paient les mêmes impôts nationaux que ceux des grandes métropoles et particulièrement que ceux d’Ile-de-France. Ils pourraient attendre la même qualité de prestations : bon sens, célérité, dotation de moyens pour résoudre les problèmes survenus, fussent-ils tragiques.
La pile d’un pont routier endommagée
Le déraillement du 24 juillet 2024 sous un petit pont routier à Eus, provoqué par une coulée de boue, est venu couronner à Perpignan-Villefranche le statut de ligne la plus interrompue de France… et la plus maltraitée par l’impuissance des pouvoirs publics. Dix-huit mois pour traiter le problème ! L’accident avait fait cinq blessés légers parmi lesquels deux cheminots.
Catherine Trevet, directrice territoriale de SNCF Réseau, avait relevé que des dégâts avaient été causés au petit pont routier et aux poteaux caténaires, ces derniers datant de l’électrification entreprise par la compagnie du Midi en 1912. Le petit pont a été « extrêmement fragilisé », indiquait la responsable. L’une de ses piles a été entamée par le choc de l’AGC 27584 qui assurait la circulation TER du matin. Le service TER a pu reprendre peu après entre Perpignan et Ille-sur-Têt mais le reste de la ligne - 25 km - a été exploité par bus de substitution… un an et demi durant.
La raison de cet interminable délai ne réside pas seulement dans la longueur des travaux publics. Le petit pont endommagé ne laisse passer qu’un chemin carrossable mais non asphalté d’un gabarit réduit. Il a finalement dû être démoli. Ce sont des désaccords entre SNCF Réseau et la municipalité d’Eus qui ont fait traîner le dossier en longueur.
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Vue supérieure du petit pont endommagé par le déraillement d'une rame AGC. Sa fermeture a handicapé les riverains, parmi lesquelles des entreprises.
SNCF Réseau proposait une démolition suivie d’une reconstruction en éléments préfabriqués, relativement courante et maîtrisée. La commune - 450 habitants et des finances modestes - a refusé plusieurs propositions de protocoles. SNCF Réseau proposait d’avancer les frais mais la commune ne pouvait financer la reconstruction sans indemnisation. Le sous-préfet de Prades exigeait pour sa part que la commune soit indemnisée avant que les travaux pussent être lancés. Le maire voulait qu’un pont soit reconstruit à proximité avant de démolir l’ancien… hors d’usage. SNCF Réseau considérait que la démolition constituait un préalable à toute reprise du trafic.
Ces palabres interminables sur fond de pénurie financière, se sont déroulées alors que les riverains protestaient de devoir effectuer un détour de 2 km en raison de la fermeture du pont et que trois entreprises affirmaient de ce fait « devoir tourner au ralenti ». La résolution du problème a coûté 1,2 million d’euros à SNCF Réseau.
Présence du PDG de la SNCf Jean Castex, qui fut maire de Prades
Finalement, ce 24 janvier 2026, la remise en service de la section Ille-sur-Têt-Villefranche a pu être célébrée « dans une ambiance festive », nous apprend la radio régionale Ici, en présence de Jean Castex, PDG du groupe SNCF en personne, et de Pierre Regnault de la Mothe, préfet des Pyrénées-Orientales. Jean Castex, ancien maire de Prades, fut l’auteur d’ouvrages sur les lignes de chemin de fer du département.
La ligne présente un intérêt important pour toute une population qui va travailler ou étudier à Perpignan mais aussi pour les usagers du Train jaune de la magnifique ligne à voie métrique électrifiée par 3e rail reliant Villefranche-Vernet-les-Bains à Latour-de-Carol, sur le plateau de Cerdagne.
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Manifestation de protestation contre l'interminable neutralisation de la ligne par la Justice, consécutive au dramatique accident d'autocar au passage à niveau de Millas.
Au total, entre le 14 décembre 2017 et le 24 janvier 2026, soit plus de huit années ou 97 mois, la ligne Perpignan-Villefranche aura été neutralisée entièrement ou partiellement durant 53 mois, soit 55 % du temps. La neutralisation totale aura duré quelque 29 mois. Un probable record, si l’on excepte toutefois les nombreuses lignes qui, pour la chute d’un bloc de pierre dans un tunnel ou des rails dilatés, ont été fermées ad vitam aeternam.
Avec le car, 198 heures supplémentaires de trajet
Le président de l’association Train en Têt, Enric Balaguer, dénonce le délai de remise en service de ce service TER que des autocars ne sauraient remplacer sans dégradation notable de la qualité du transport : « Pendant un an et demi les usagers ont dû prendre des autocars de substitution, pour certains usagers ça représente un total de 198 heures de trajet supplémentaire, soit six semaines de temps libre », a-t-il dénoncé devant les médias.
L’association espère que cette nouvelle réouverture après près d’une décennie de fermetures à répétition causées par les lourdeurs et tergiversations bureaucratiques - toujours défavorables au chemin de fer - va ouvrir la voie à une amélioration des fréquences et une élévation au statut de « ligne structurante ».
Aujourd’hui, la ligne propose huit allers-retours quotidiens en semaine, six seulement le dimanche. L’amplitude horaire est réduite. Dans le sens Villefranche-Perpignan le premier TER part à 6 h 05, le dernier à 18 h 14. Dans le sens Perpignan-Villefranche, le premier TER part à 7 h 08, le dernier à 19 h 16 seulement. Pas de quoi élargir le spectre de la clientèle.
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Profil de la ligne de Perpignan à Villefranche-Vernet-les-Bains (le titre inclut Elne-Céret, non représenté sur notre reproduction). Trois petits tunnels seulement et des déclivités régulières et relativement modestes, avec des maxima à 18 pour mille.