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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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24 janvier 2026

Ex-président PS de l’Auvergne, René Souchon plaide pour la route... le LR Aguilera le désavoue

En Auvergne-Rhône-Alpes, le combat politique ferroviaire mélange les genres. Dans un entretien publié par La Montagne René Souchon, ancien président socialiste de feue la région Auvergne autoritairement fusionnée avec Rhône-Alpes en 2015 sur ordre parisien de François Hollande, justifie la fermeture de deux lignes ferroviaire et insiste sur son engagement pro-route. A l'opposé Frédéric Aguilera, actuel vice-président LR d’Auvergne-Rhône-Alpes chargé des mobilités, prend son contre-pied, augurant depuis quelques temps d’une ligne plus pro-ferroviaire. Enfin, les élus régionaux socialistes actuels, au contraire de leur coréligionnaire René Souchon, prévoient de faire campagne pour les élections de 2027 en faveur de la réouverture de ces lignes fermées.

Volvic-Ussel/Le Mont-Dore et Boën-Thiers

Sans vergogne René Souchon, assume pleinement d’avoir acté la neutralisation des lignes Laqueuille-Ussel (Volvic-Ussel/Le Mont-Dore pour le trafic voyageurs), et de Boën-Thiers (à l’origine Montbrison-Thiers). Laqueuille-Ussel a été neutralisée en novembre 2015, Montbrison-Thiers en juin 2016. Mais les décisions de refus de cofinancement régional sur le budget régional auvergnat étaient évidemment antérieures. Ces lignes étaient toutes deux bi-ragionales, la première avec feue la région Limousin, la seconde avec feue la région Rhône-Alpes. Notons qu’un cofinancement régional de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes et de l’intercommunalité Loire-Forez a permis la réouverture en 2018 de 18 km entre Montbrison et Thiers.

Entre Laqueuille et Ussel, vue de la "ligne des Puys" neutralisée suite au refus de co-investissement régional en particulier côté Auvergne. la neutralisation de cette section compromet toute relation interrégionale entre Lyon et Bordeaux via Brive. (Doc. Christian Jobst, www.railwalker.de). 

En étant l’acteur décisif de ces fermetures, le président de l’ex-région Auvergne privait les deux métropoles de Saint-Etienne et Clermont-Ferrand (et en-deçà de celle de Lyon) d’une liaison ferroviaire directe entre ces villes destinées pourtant à être intégrées dans la même grande région. De plus, à l’ouest de Clermont-Ferrand, il condamnait l’un des deux faisceaux Lyon-Bordeaux, desservant et désenclavant de nombreuses villes intermédiaires : Le Mont-Dore, La Bourboule, Ussel, Brive, Périgueux, Coutras, Libourne... Petites décisions, grandes conséquences.

Pourtant le président retraité Souchon, ancien inspecteur général de l’enseignement technique puis de l’agriculture, d’origine lozérienne, ne devrait pas ignorer le rôle fondamental d’équité territoriale et sociale qu’incarne le chemin de fer. Il préfère au contraire réaffirmer sans nuance son tropisme routier et autoroutier, en renvoyant au passage sans état d’âme la responsabilité de cet état de fait... à l’ancien président Giscard d’Estaing qui aurait beaucoup fait pour la route.

« Oui j’ai donné mon accord à la fermeture, et alors ? »

« Oui, j’ai donné mon accord à la fermeture des lignes. Et alors ? Cela aurait coûté la peau des fesses pour rien. Les lignes que j’ai refusé de subventionner, ce sont celles qui transportaient moins de neuf passagers par train », assène-t-il dans La Montagne. Faible fréquentation sur quelles sous-sections, avec quelle offre (généralement squelettique à des vitesses dégradées) ? M. Souchon se garde bien de le préciser.

Il poursuit : « Vous vous rendez compte ? L’Auvergne est une croix autoroutière magnifique, qui permet d’aller n’importe où en quatre à cinq heures. C’est formidable et ce n’est pas moi qui l’ai fait, c’est Giscard. Ce choix de l’autoroute, il a condamné le train » On ignorait que les autoroutes parallèles aux lignes ferroviaires devaient justifier la fermeture desdites lignes.

L’argumentaire de l’ancien inspecteur général et président se développe sans nuance ni compétence : « Entre Clermont et Saint-Etienne, c’est bien plus rapide et confortable de prendre un car. C’est pareil sur Lyon-Bordeaux ». La réalité est que les cars Clermont-Saint-Etienne affichent le même temps de parcours que les trains d’autrefois sans pour autant assurer les même dessertes intermédiaires. Quant à Lyon-Bordeaux, Raildusud recommande à M. Souchon d’emprunter un « car Macron » et d’apprécier son temps de parcours, ses arrêts en zones éloignées, le pas entre ses sièges, ses accélérations verticales et latérales...

Réunion d'autocars TER, dont un à destination de Clermont-Ferrand, devant la gare de Saint-Etienne Châteaucreux. Attente en plein vent, confusion des missions, complexité d'embarquement, éloignement des guichets, voyage inconfortable, temps de parcours aléatoires, correspondances train-car éloignées et (rares) arrêts intermédiaires improbables: l'autocar ne se substitue pas au train sans graves inconvénients. (Cl. RDS)

« Quand Railcoop a été créé, le jour même j’ai dit ‘’ils vont fondre les plombs’’ », se targue ensuite M. Souchon. Mais, placé par le journaliste de La Montagne devant la contradiction entre sa position obtusément routière et celle des élus régionaux du PS « qui défendent régulièrement la réouverture de la section Boën-Thiers entre Clermont et Saint-Etienne » (47 km seulement, NDLR), l’ancien inspecteur général de l’enseignement technique tranche, dans son langage fleuri : « C’est de la démagogie parce que ça fait plaisir aux gars du coin. Lesquels savent très bien que ça ne se fera pas ». Les élus et militants de la fédération letrain634269, qui réunit les partisans de la réouverture de Boën-Thiers et se rassemblent à la mairie de Noirétable, apprécieront.

« Quelques gars du coin » réunis à Boën pour exiger la réouverture de Boën-Thiers, permettant le rétablissement d'une relation ferroviaire directe Saint-Etienne-Clermont-Ferrand tout en desservant facilement plusieurs localités intermédiaires: René Souchon semble sous-estimer l'indignation des populations devant la liquidation de l'offre ferroviaire qui engendre complexité d'usage et, pour finir, aggravation de l'enclavement des localités. (Cl. POM) 

Frédéric Aguilera en opposition frontale à René Souchon

Fait politique notable face à cette prise de position, on relève la réaction de Frédéric Aguilera, vice-président d’une région gérée par l’autre bord politique.

Ces choix (de fermeture) « sont lourds de conséquences » et « nous en mesurons encore aujourd’hui les effets et pour encore très longtemps », explique l’élu régional LR. « Le dernier exemple est l’impossibilité de pouvoir traverser le Massif central pour faire Lyon-Bordeaux » (par Clermont-Ferrand et Brive, NDLR). Il poursuit : « Il faut rappeler qu’il est toujours plus simple de fermer une ligne que de la rouvrir, et ces décisions pèsent durablement sur l’équilibre de nos territoires. C’est la raison pour laquelle nous refusons aujourd’hui toute fermeture supplémentaire de petite ligne ».

M. Aguilera développe ainsi une stratégie ferroviaire qui contraste avec l’attentisme affiché par le conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes depuis deux mandats. Saint-Claude-Oyonnax a été ainsi fermée en décembre 2017, sous le premier mandat de l’actuelle majorité de centre-droit.

Gare d'Oyonnax (Ain), devenue gare en cul-de-sac depuis la neutralisation de la section Saint-Claude-Oyonnax. Remplacés par des autocars sur une route très fréquentée, qui imposent une correspondance car-train, l'offre ferroviaire permettait au haut-Jura de rejoindre facilement la grande métropole de Lyon, la plus proche géographiquement. Ce n'est plus le cas. 

« Nous faisons un choix inverse pour l’avenir », répond Frédéric Aguilera à René Souchon, apparemment sensible à la question de l’exclusion territoriale : « Avec la Région, nous demandons à l’État l’élaboration d’un véritable ‘’Plan Massif central du ferroviaire’’ pour construite une vision claire et ambitieuse du ferroviaire sur ce territoire ».

Enfin, M. Aguilera rappelle que la région « va développer un RER-SERM Clermont-Auvergne, un projet structurant au service (…) d’un aménagement plus équilibré de notre territoire ». « Bref, conclut-il, nous portons une autre vision du ferroviaire en Auvergne avec Fabrice Pannekoucke » le président du conseil régional qui a succédé à Laurent Wauquiez, sous-entendu « une autre vision » que celle du socialiste René Souchon. Dont les déclarations doivent bien embarrasser ses camarades élus de gauche au conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes dont la position est inverse.

Entre le rappel des responsabilité de l’État et les demandes de la population

Cette réaction du vice-président chargé des mobilités inclut bien sûr l’appel aux responsabilités de l’État propriétaire du réseau ferré, un leitmotiv de l’ancien président Laurent Wauquiez et de son successeur pour refuser de cofinancer les investissements d’infrastructure malgré des participations récentes (Grenoble-Veynes, Laqueuille-Le Mont-Dore pour le fret, Langogne-Saint-Georges d’Aurac…). Cela n’a pas empêché l’exécutif actuel de choisir d’investir dans des infrastructures routières reprises à l’Etat.

Ce bras de fer ferroviaire avec l’État, propriétaire des voies et donc jugé en charge de les entretenir, les régions payant les sillons de leurs TER, est partagé désormais par Carole Delga en Occitanie et Alain Rousset en Nouvelle-Aquitaine.

TER Clermont-Ferrand-Nevers en stationnement à Moulins. Cette gare est menacée d'être privée de relations ferroviaires avec Lyon par Paray-le-Monial en raison de la dégradation de la voie entre Paray-le-Monial et Dompierre. Les menaces de démaillage du réseau atteignent là un niveau intolérable pour les populations concernées. (Cl. RDS)

Pour autant, l’affirmation selon laquelle la région « refusera » désormais « toute fermeture supplémentaire de petite ligne » semble impliquer qu’elle se résoudrait à accepter de cofinancer des travaux de rénovation ou de modernisation, comme Rhône-Alpes le fit pour les considérables travaux sur le Sillon alpin dans les années 2010 - électrification, doublement partiel, saut-de-mouton de Moirans… On pense en particulier à la dernière section en date à être menacée de fermeture, Paray-le-Monial-Dommartin, qui interromprait la relation Lyon-Moulins par la ligne de l’Azergues. SNCF Réseau menace de la neutraliser pour obsolescence dès 2027. Cette ligne est à cheval entre Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes, mais concerne surtout cette dernière.

Pris entre une large partie de l’opinion qui voit de nouveau le chemin de fer comme un vecteur de justice sociale et territoriale, comme de protection de l’environnement, et des budgets contraints, les dirigeants d’Auvergne-Rhône-Alpes naviguent à vue. La bataille des élections régionales sera aussi une bataille du rail. Isolé de ses propres camarades socialistes et désormais dénoncé par le LR Frédéric Aguilera lui-même, René Souchon paraît dans ce contexte appartenir à une époque heureusement révolue.

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Commentaires
J
Dans un premier temps, pour réparer les dégâts provoqués par Mr Souchon et d'autres avant ou après lui, Mr Frédéric Aguilera ferait bien de reprendre la proposition des activités TER Auvergne et Limousin de l'époque, un train Clermont-Ferrand, Montluçon, Limoges Bordeaux, proposition rejetée par Mr Wauquiez lui même...<br /> Je me souviens, la région Nouvelle Aquitaine avait maintenu un Bordeaux Montluçon qu'elle acceptait de prolonger (moyennant finances de AURA) jusqu'à Clermont.<br /> Ce n'est pas l'idéal, mais c'est toujours mieux que rien du tout, ou d'être dans l'obligation de changer à Montluçon et Limoges.<br /> En attendant le retour d'un vrai Lyon - Bordeaux...<br /> <br /> Meilleurs vœux à tous
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S
Effarant de bêtise ,d’inculture et d’ignorance voilà ce qu’il faut penser de ce monsieur Souchon….meme pas capable de reconnaître ses erreurs..<br /> Les habitants et touristes obligés de prendre des cars inconfortables pas pratiques et lents apprécieront de même que le tissu économique privé d’investissements<br /> <br /> Et comme toujours dans cette rengaine minable si il n’y a pas de potentiel pour les lignes ferroviaires le potentiel est bien là pour faire des autoroutes ou des deux fois deux voies sur le même itinéraire…
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J
Sans doute l'un des meilleurs exemples de la "gauche caviar"...
M
Je ne pensais pas qu'il avait encore un pouvoir de nuisance... Une chance que ses (ex) amis socialistes et d'importants décideurs de la majorité, pourtant politiquement opposés, rivent son clou à ce véritable destructeur du rail qu'est René Souchon (il doit avoir des actions dans les sociétés d'autoroute et d'autocaristes...). Une chance aussi que Laurent Wauquiez, qui s'est toujours montré hostile au ferroviaire, ne soit plus là pour poursuivre de telles politiques régressives qui conduisirent à ce qu'est à présent l'ex-Auvergne : un désert ferroviaire couplé à un laboratoire de du tout-routier.<br /> <br /> Je crains toutefois que le refus de l'Etat de financer ses infrastructures dans les territoires "ruraux" conduise non seulement AURA mais aussi Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et les autres à fermer des lignes. Carole Delga suit à présent AURA en renvoyant l'entretien des lignes à l'Etat. En Nouvelle-Aquitaine, la destruction du rail avance à grand pas sans état d'âme avec les neutralisations de Felletin-Busseau, Saillat-Angoulême, Objat-St Yrieix, sans aucun espoir de réouverture. L'ex-Limousin est devenu aussi un désert du rail bradé au tout-routier.
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B
Un sinistre individu, qui est probablement copain avec des autocaristes . J' espère que LA MONTAGNE va publier les réactions des usagers, et associations, des transports - ils ont tant à dire, à lui répondre !
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D
Il a beau jeu de dire que ces trains ne transportaient qu'une poignée de voyageurs. Quand on fait circuler 1AR par jour en milieu de journée, c'est presque miraculeux d'arriver à attirer dix personnes dans le train (cas de la ligne du Mont Dore sur la dernière année de SA fer, ou de Clermont St Etienne). En fait les llgnes autour de Clermont ont du potentiel que ce soit:<br /> -des navetteurs<br /> -des randonneurs<br /> -des skieurs (pour le Mont Dore, le Lioran, Noirétable ou Boën avec une navette car adaptée)<br /> mais pour cela il faut proposer une offre compétitive avec suffisamment de trains par jour. <br /> A noter qu'il y a également un potentiel pour le fret (eau minérale, usine métallurgique des Ancizes, bois, pouzzolane,...) mais pour cela il faut des lignes en bon état (la desserte des eaux du Mont Dore a failli succomber faute d'entretien, les autres ont été systématiquement sacrifiées).
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B
Hélas, vous avez raison, Sylvain . Et c' est pour ça que les ZFE - dont ces élus et haut-fonctionnaires sont si fiers - sont tout bonnement insupportables.
S
Ce que mr Souchon dit n’est malheureusement pas isolé mais partagé par de nombreux hauts fonctionnaires et élus et qui explique comment la France a pu perdre en 50 ans la moitié de son réseau ferré laissant des territoires entiers livrés à la dépendance automobile et ce dans une grande indifférence..<br /> <br /> Et malheureusement le processus n’est sans doute pas achevé , des milliers de km de lignes ,notamment les lignes inter régionales ,sont encore menacées de disparition
Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
  • Le chemin de fer est indispensable à toutes nos villes et ne doit pas être l'apanage de la seule région-capitale. Les lignes transversales, régionales et interrégionales doivent contribuer à une France multipolaire, équitable au plan social et territorial.
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