Tronçonnage de la ligne Moulins-Lyon/Montchanin par menace de fermeture de Paray-Dompierre ?
On en viendrait à penser que l’État français vise le réseau ferroviaire zéro pour des relations régionales de plus en plus nombreuses, avec la dernière menace de fermeture en date. Voici que SNCF Réseau a prévenu que la section entre Paray-le-Monial et Dompierre-sur-Besbre pourrait être neutralisé dès 2027 en raison de la vétusté de la voie.
Le vice-président de SNCF Réseau avance la somme de 200 millions d’euros pour rénover la section en fin de vie d’une longueur d’approximativement 30 km soit plus de 6,5 M€/km. La région Auvergne-Rhône-Alpes a commandé une contre-expertise face à un devis incluant probablement « des rails plaqués or » pour reprendre l’expression d’un ingénieur ferroviaire.
Rappelons que la réouverture de Montréjeau-Luchon a coûté 1,85 M€/km à la région Occitanie avec rénovation complète. Un coût trois fois et demi supérieur pour Paray-Dompierre peut interroger, sauf à soupçonner une volonté délibérée de fermeture.
Les liaisons Moulins-Lyon et Moulins-Montchanin sont menacées
Si cette neutralisation se concrétisait, ce sont les deux relations ferroviaires reliant Moulins à Lyon par Paray-le-Monial, mais aussi à Montchanin, qui seraient interrompues, reportées sur route dans les pires conditions que l’on connaît ailleurs : temps de parcours allongés, ruptures de modes, attentes en bord de route, information minimaliste, confort dégradé au vu de l’état des chaussées et des ronds-points, et la densité de sièges dans les véhicules, etc...
Cette menace de neutralisation partielle en partie centrale d’une ligne (ici de deux) devient une habitude dans l’entreprise de démembrement des réseaux régionaux menée par l’État, lui-même secondé par certaines régions telles Auvergne-Rhône-Alpes.
On a vu ces forces de liquidation à l’oeuvre pour liquider Laqueuille-Ussel (birégionale Auvergne-Rhône-Alpes - Nouvelle Aquitaine, neutralisée en 2014 malgré son statut de transversale nationale), Boën-Thiers (neutralisée en 2016 malgré son statut inter-métropolitain au sein de la même région Auvergne-Rhône-Alpes entre Clermont-Ferrand et Saint-Etienne), Saint-Claude-Oyonnax (birégionale Auvergne-Rhône-Alpes - Bourgogne-Franche-Comté, neutralisée en 2017 malgré l’attraction de la métropole lyonnaise sur le Jura).
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Carte du réseau ferré national en 1930 : extrait couvrant l'est de l'Allier, l'ouest de la Saône-et-Loire, le nord de la Loire et le Rhône. Paray-le-Monial était bénéficiait d'une étoile ferroviaire à cinq branches : vers Moulins (menacée), Cluny et Mâcon (supprimée), Montceau-les-Mines (en service), Lozanne (en service), Le Coteau et Roanne (supprimée). La neutralisation de Paray-Dompierre ferait de Paray-le-Monial un cul-de-sac ferroviaire, sans espoir de développement. Remarquons que depuis Gilly-sur-Loire se débranchait une ligne vers Cercy-la-Tour et le Morvan. (Doc. RDS)
Le saucissonnage entrepris par ces autorités bas de plafond, enfermées dans leur citadelle parisienne et apparemment déconnectées des provinces, devient donc une technique classique. On laisse subsister les deux extrémités les moins déficitaires et on neutralise la partie centrale réputée la moins fréquentée.
Ces mêmes autorités acceptent pourtant que soient investis 50 milliards d’argent public dans la seule Ile-de-France sur une décennie pour construire des lignes ferroviaires régionales nouvelles (Grand Paris Express, prolongation du RER E etc.) tandis qu’elle organisent délibérément l'agonie de pans entiers des réseaux régionaux.
La dégradation délibérée des services aux voyageurs
Or cette faible fréquentation est généralement induite par la dégradation délibérée des services aux voyageurs, sans parler de la liquidation des gares fret voici un quart de siècle : fréquences squelettiques, exceptions de circulation sans nombres, ralentissements grotesques, gares abandonnées… On peut ainsi évoquer sans contradiction une mise à mort volontaire de ces sections. La fracture territoriale, sociale, économique, dans toute sa splendeur.
Dans le cas de la section Paray-le-Monial - Dompierre-sur-Besbre (la gare est dénommée Dompierre Sept-Fons), on est en présence d’une euthanasie de long terme. Jadis à double voie, la ligne Paray-le-Monial-Moulins, longue de 66,95 km, a été mise à voie unique entre Moulins, Dompierre et Gilly-sur-Loire (36 km) tandis que la section de Gilly-sur-Loire à Paray-le Monial présentait l’apparence désolante d’une double voie exploitée en voie unique, la seconde voie se dégradant progressivement.
Notons deux points : la ligne Paray-le-Monial - Lozanne, qui permet la liaison avec Lyon, avait été mise à double voie en 1900 puis remise à voie unique en 1990. Et au-delà de Paray-le-Monial vers l’est, la ligne depuis Moulins était poursuivie jusqu’à Cluny et Mâcon, section fermée aux voyageurs ds 1939, puis progressivement au fret jusqu’en 1987.
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Vastes emprises de la gare de Paray-le-Monial avec ses cinq voies à quai au début du XXe siècle. Le chemin de fer, en maillant le territoire, constituait par son maillage en site propre un outil de valorisation des économies locales et régionales. Un capital industriel national considérable réduit à presque rien. (Carte postale ancienne ; Geneanet)
Désormais, c’est la voie subsistante Paray-le-Monial - Dompierre-sur-Besbre qui est menacée de neutralisation. Ce saucissonnage induirait l’interruption des trains TER Lyon-Moulins par Paray (4 allers-retours Moulins-Paray par train en semaine, 2 prolongés à Lyon, complétés par 6 rotations d’autocars TER Moulins-Paray), mais aussi celle du seul TER quotidien Moulins-Montchanin (Chagny) service complété par quelques autocars.
Le temps de parcours par train TER Moulins-Paray est aujourd’hui de 58 mn. Le temps de parcours par autocar de ce même itinéraire est de 1 h 23 mn. Les cars desservent certes deux stations intermédiaires supplémentaires mais qui ne sauraient évidemment justifier seules l’augmentation de temps de parcours de 25 mn, soit une hausse de 70 %.
L’instinct liquidateur de la haute fonction publique centralisatrice
Le basculement de la totalité de l’offre sur la route entre Dompierre et Paray, mais plus probablement entre Moulins et Paray satisferait sans doute l’instinct liquidateur de la haute fonction publique financière voire d’élus régionaux, des entreprises de transport routier locales et de l’exploitant des Intercités Lyon-Tours-Nantes par Moulins, c’est-à-dire SNCF Voyageurs et son autorité étatique... mais certainement pas les populations locales.
C’est ainsi qu’un mouvement associatif s’est constitué pour s’opposer à cette nouvelle entreprise de démantèlement du réseau ferroviaire historique subsistant. Ce mouvement est bi-régional et tri-départemental. Le faisceau de lignes menacé par cette neutralisation partielle est situé dans l’Allier (Auvergne-Rhône-Alpes) de Moulins à Gilly-sur-Loire, en Saône-et-Loire (Bourgogne-Franche-Comté) de Gilly-sur-Loire à Paray-le-Monial puis de Paray-le Monial à Montchanin (vers Chagny) et de Paray-le-Monial à Chauffailles (vers Lozanne), et dans le Rhône (Auvergne-Rhône-Alpes) de Chauffailles à Lozanne après très courte incursion dans un bec nord du département de la Loire.
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Profil PLM de la ligne Moulins - Paray-le-Monial - Mâcon. La section Paray-Mâcon a disparu. C'est celle qui présentait les déclivités les plus importantes, jusqu'à 22 mm/m. En revanche la section ouest Paray-Moulins est nettement plus plane, avec des déclivités ne dépassant pas 10 mm/m. C'est celle-ci que le propriétaire du réseau, l'Etat français, menace de tronçonner, liquidant les relation ferroviaires directes Lyon-Moulins par Paray-le-Monial, Gilly-sur-Loire et Dompierre. (Doc. RDS)
Au mois de mars 2025, l’Association pour le développement de la ligne Nevers-paray-Lyon (Adélifpaly) a réuni plus de 100 personnes à la gare de Dompierre pour défendre la ligne Moulins-Paray-le-Monial alors que montaient les menaces de neutralisation « pour vétusté », selon les autorités. Il conviendrait plutôt d’invoquer la négligence délibérée de l’entretien mais cela renverrait le propriétaire du réseau ferré national, l’État, à sa culpabilité.
Collectif « ligne TER en danger »
Cette ligne « est pourtant essentielle pour les habitants du Bourbonnais, du Charolais qui souhaitent circuler vers Lyon ou Dijon, soulignent les responsables de l’association. Michèle Greley, interrogée par un média régional, entend développer un autre collectif de plus spécifique à la ligne Moulins-Paray et lance : « Alors que l’on nous incite à limiter la circulation des voitures et des avions en privilégiant des moyens de locomotion collectifs et propres, il est pourtant question de supprimer des trains TER et de couper les liaisons entre Moulins et Lyon, via Paray-le-Monial. Est-ce que le centre de la France sera une nouvelle fois sacrifié ? On sait que l’on n’aura jamais le TGV, peut-on prétendre à garder au moins une ligne TER Est-Ouest ? »
Les militants soulignent que la voie Dompierre-Paray-le-Monial est laissée sans entretien notable depuis plus de dix ans. Or cet axe ferroviaire vers Lyon est pourtant plébiscité pour se rendre dans la capitale régionale, que ce soit pour les études ou le travail, pour aller prendre l’avion à l’aéroport Saint-Exupéry, ou encore pour continuer le voyage en train en direction de la Bourgogne, le Sud-Est de la France, la Suisse ou l’Italie… Toutes considération qui échappent évidemment aux responsables parisiens convaincus que le rail ne vaut que pour relier Paris au métropoles régionales.
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TER en gare de Moulins, sur la ligne électrifiée Paris-Clermont-Ferrand. Après avoir perdu sa relation ferroviaire directe avec Commentry et Montluçon, pourtant remarquablement tracée, la préfecture de l'Allier est menacée de perdre sa relation ferroviaire directe avec Paray et au-delà Lyon et Montchanin, qui serait remplacée par des service d'autocars imposant des ruptures de mode, les plus pénalisantes. La fracture territoriale dans toute sa dimension.
Michèle Greley souligne par ailleurs que l’agglomération de Dompierre-sur-Besbre et Sept-Fons héberge une usine de fabrication de pièces automobiles appartenant que groupe Stellantis (40.000 éléments en fontes grises telles que carters, pièces de freinage par jour). Par ailleurs, le parc d’attraction animalier de Dompierre-sur-Besbre attire chaque année 750.000 visiteurs venus observer son millier d’animaux et ses représentations animalières sur plus de 50 ha. Remplacer les trains par des autocars TER ne saurait en aucun cas profiter à cet important établissement touristique. Symétriquement, priver les trains Paray-Lyon d’une large partie de la clientèle en provenance ou à destination de Moulins reviendrait à menacer un peu plus la magnifique section Paray-Lozanne, dite de la vallée de l’Azergues, dotée d’un tracé hélicoïdal spectaculaire.
Ce collectif est intitulé « Ligne TER en danger » et dispose d’une adresse courriel « ligne.ter.en.danger @ gmail.ccom ». Sa première réunion s’est tenue à Dompierre le 12 novembre.
Moulins, d’étoile ferroviaire à simple arrêt sur Paris/Nantes-Clermont/Lyon… et au rôle de gare routière
Il convient enfin de souligner qu’en cas de tronçonnage de la ligne Moulins-Pray-le-Monial, non seulement Paray perdrait sa fonction d’étoile ferroviaire avec transfert sur route - et donc inévitable perte de clientèle - de sa liaison vers la plaine de l’Allier, la gare devenant un cul-de-sac ferroviaire des (rarissimes) trains en provenance de Montchanin et des (rares) trains en provenance de Lyon, mais aussi que la gare de Moulins serait réduite à sa plus simple expression.
Moulins, préfecture de l’Allier qui compte 19.500 habitants et 64.500 dans son intercommunalité, disposait, à l’extension maximale du réseau dans les année 1930 d’une étoile à quatre branches vers : Nevers et Paris ; La Ferté-Hauterives et Clermont-Ferrand et Le Puy ; Commentry et Montluçon ; Paray-le-Monial et Lyon et Montchanin. Il convient d’y ajouter la ligne des chemins de fer départementaux Moulins-Cosnes par Bourbon-l’Archambault.
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Plan de la gare de Moulins en 1960 (SNCF Sud-Est). On note les quatre destination vers Saint-Germain-des-Fossés et Clermont-Ferrand (à d.), Nevers et Paris (à g.), toutes deux à double voie, ainsi que celles de Mâcon (en h., aujourd'hui Paray) et de Montluçon (en b.) Il existait un raccordement à voie unique reliant la ligne de Clermont-Ferrand à celle de Mâcon. (Doc. RDS)
En cas d’interruption de l’antenne de Paray-le-Monial, cette étoile, qui a perdu Moulins-Cosne en 1950, puis la ligne de Montluçon en 1969 (voyageurs), perdrait toute fonction de correspondances régionales ferroviaires voyageurs, la section maintenue Moulins-Dompierre voyant son offre voyageurs probablement transférée entièrement sur route (elle l’est déjà en grande partie). Seule sa fonction de desserte fine pour le fret serait plus ou moins sauvegardée.
La gare ferroviaire de Moulins serait cantonnée à ne plus être qu’une étape des TER Auvergne-Rhône-Alpes de et vers Clermont-Ferrand et des Intercités cadencés Paris-Clermont-Ferrand et des trois Intercités quotidiens Lyon-Tours-Nantes complétés par un TER Lyon-Tours. Sa gare routière serait étendue, cantonnant le transport régional de voyageurs hors axe Nevers-Clermont-Ferrand à la route, à ses autocars lents, à ses attentes en bord de route, à ses informations généralement lacunaires et à son « confort » légendaire.
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Pour conclure cette courte étude, voici la fiche horaire des TER, trains ou cars, et des Intercités permettant de relier Moulins à Lyon (2025). Cette fiche horaire est complexe voire illisible pour un non initié, malgré l'indigence des services. Elle cumulent deux itinéraires de bout en bout très différents, via Saint-Germain-des-Fossés (Intercités ou TER) ou via Paray-le-Monial (TER). Ces deux itinéraires présentent des fonctions interdépartementales, mais aussi évidemment de cabotage, très contrastées. Les réunir sur la même fiche horaire permet de présenter un menu apparemment plus fourni.