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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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13 novembre 2025

Tramways, Intercités, RER : CAF s’impose comme un constructeur majeur en France

 Créée en 1917, la société espagnole CAF pour Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles, vient de sortir son millième tramway Urbos, modèle qui va équiper les réseaux de Montpellier (2025-2030) et Marseille (2025-2030), équipe déjà celui de Saint-Etienne (2017), Besançon (2013) et Nantes (2012), et équipera dans un proche avenir celui de Grenoble.

 Pour CAF, présent aux Rencontres nationales du transport public à Orléans en ce début novembre (du 4 au 6), il s’agit de la poursuite de succès sur le marché français, après l’étranger. Afin de convaincre les élus, entre autres l’Occitan président de la métropole de Montpellier Michaël Delafosse (PS), CAF met aussi en avant la fabrication en France de ses tramways, sur le site de Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. Ce site a été repris à une filiale des Chemins de fer départementaux (CFD Bagnères) en 2010. Il a récemment été l’objet d’une importante extension.

La plate-forme Urbos, conçue en 2006

 A l’image de la plate-forme Citadis d’Alstom, le modèle de tramway de CAF est conçu autour d’une plate-forme unique, dénommée Urbos. Ce concept permet une adaptation aux contraintes particulières de chaque réseau qu’il s’agisse de largeur de voie (métrique à Saint-Etienne par exemple) ou de gabarit (2,65 m à Montpellier, 2,40 m à Grenoble par exemple).

Rame CAF Urbos du tramway de Budapest (Doc. Marcin Roguski Info)

 Conçue en 2006, la plateforme de tramway Urbos a été mise en service pour la première fois en 2010 à Séville et 2011 à Saragosse. A ce jour, les tramway Urbos de CAF circulent dans 38 villes situées dans 19 pays. Le nombre de réseaux l’employant devrait atteindre la cinquantaine dans les prochaines années. Parmi les réseaux équipés de tramways CAF, citons, en Europe, ceux de Belgrade, Malaga, Birmingham, Amsterdam, Oslo, Séville, Grenade, Nantes, Fribourg-en-Brisgau, Budapest, Luxembourg, Anvers, Liège et Lisbonne.

 Si, en France, CAF a équipé Nantes et Besançon, les dernière appels d’offre passés par les autorités organisatrices des transports ont néanmoins été remportés par Alstom avec sa plate-forme Citadis : 14 Citadis 405 à Nantes en livraison depuis 2023, 8 Citadis 305 à Besançon pour livraison 2025-2026.

 Compensant ces échecs, CAF a emporté deux marchés importants en France, cumulant quelque 300 millions d’euros de chiffre d’affaire.

Grenoble va remplacer (une partie de) ses vieilles rames TFS

 Le Syndicat mixte des mobilités de l’aire grenobloise (SMMAG), dont la compétence a récemment été étendue au-delà de la métropole de Grenoble à deux intercommunalités voisines (Le Grésivaudan et Pays Voironnais), a attribué à CAF une commande de 38 tramways Urbos de 43 mètres, avec une option pour neuf autres. Il s’agit de la dernière commande en date pour ce type de rames pour CAF. Jusqu’à présent, le réseau grenoblois était équipé de rames Alstom, TFS (Tramway français standard de dénomination Alsthom) mis en service à partir de 1987, Citadis 402 Alstom à partir de 2005.

Une des 16 rames CAF Urbos du réseau Stas de Saint-Etienne Métropole dessert la gare de Châteaucreux. Son concept modulaire s'applique ici à la voie métrique, particulièrement adaptée à la voirie urbaine, mais avec un gabarit de 2,10 m, héritage d'un réseau historique qui n'a jamais été supprimé complètement. Ces rames circulent en même temps que les tramways Vevey-Alsthom-Düwag, plus anciens. (Cl. RDS)

 Grenoble entend ainsi remplacer ses rames TFS, au nombre de 53 actuellement. En termes de parc, le compte n’y est pas. Il convient néanmoins de souligner que les 38 TFS de première génération (livrés de 1986 à 1990), à moteurs à courant continu, ont été profondément rénovés pour la mise en service de la ligne E en 2014. Ils devraient continuer de circuler après la réception des premiers Urbos. En revanche, ces derniers devraient remplacer en priorité les TFS de seconde génération, au nombre de 15, livrés en 1995 et 1996, qui n’ont pas subi de rénovation et accusent leur âge.

 Par ailleurs, le SMMAG a raisonné en termes d’emport. Selon l’autorité organisatrice, la capacité des 38 futurs Urbos (voire les 47 en cas de levée de l’option) équivaut à la capacité des TFS qui seront radiés. Ce raisonnement semble évacuer la question des fréquences. Mais on peut imaginer un remplacement progressif qui laisse la place à de futures commandes, surtout si des allongements de lignes sont décidés au cours de la prochaine mandature. On relèvera enfin que le prolongement de la courte ligne D de Taillées à Gares, sur l’infrastructure de la ligne B a été réalisé en septembre 2024 à parc constant, moyennant quelques redistributions de matériels.

Rame TFS de première génération rénovée Alstom du réseau de Grenoble (TAG rebaptisé Reso) lors des travaux de construction du triangle des Taillées à l'été 2024. Ces rames ont subi une révision générale à mi-vie. Ce sera aussi le cas pour les rames Citadis 402, parallèlement à l'arrivée en 2028 des rames CAF Urbos. (Cl. RDS) 

Méga-commande de Montpellier

 Avant la commande de Grenoble, attribuée au cours de cette année, CAF avait emporté la méga-commande de la métropole de Montpellier, autorité organisatrice des transports sur son seul territoire : 60 rames Urbos de 43 mètres et 17 en option, pour livraison échelonnée de 2025 à 2030. Les 22 première équiperont la nouvelle ligne 5, pour sa mise en service le 20 décembre 2025.

 Suivront, de manière échelonnée, 30 rames destinées à remplacer les Citadis 401 d’Alstom mis en service en 2000, plutôt qu’une grande révision générale de ces derniers. Ces Citadis de toute première génération auront donc connu une carrière singulièrement brève pour des tramways urbains, puisqu’ils devraient être ferraillés autour de leur 28e anniversaire en moyenne. Il est vrai que la dureté de leurs suspensions et leur très relative insonorisation n’ont pas servi leur popularité.

Terminus Saint-Jean-de-Védas Centre de la ligne 2 du tramway de Montpellier, au bout d'une section à voie unique empruntant partiellement l'ancienne ligne SNCF de Paulhan. Cette rame Citadis 402 d'Alstom est minoritaire dans le parc de la ligne 2, la majorité des rames étant des Citadis 302, plus courtes. Les rames Urbos de 43 m pourront venir épauler l'offre de cette ligne dont la fréquentation augmente fortement. (Cl. RDS)

 Montpellier a placé une option de 17 rames Urbos destinées à augmenter les fréquences et la capacité de lignes existantes. On pense en particulier à la ligne 2, dont la majorité du parc est composé de Citadis 302 (30 m de longueur), une capacité réduite pour une ligne desservant des banlieues en pleine expansion, Saint-Jean-de-Védas en particulier.

 Enfin, les huit autres rames sont promises à la réserve, probablement décorées d’une livraison neutre afin de permettre de les injecter indistinctement sur l’une ou l’autre des cinq lignes d’un réseau dont les rames revêtent une apparence spécifique pour chacun d’elles. La politique de l’image ne facilite pas l’agilité de l’exploitation. Cette politique est à l’exact inverse de celle suivie à Grenoble, où le matériel roulant tramway est équipé de diagrammes intérieurs et de seulement deux livrées générationnelles (une spécifique aux TFS rénovés) permettant une interopérabilité complète selon les besoins de chaque ligne (disponibilité du matériel, pointes ou creux de trafic…).

CAF, une longue histoire venue du Pays-Basque espagnol

 CAF est né à Beasain, au Pays Basque espagnol. L’entreprise est née de la spécialisation dans le ferroviaire de la Fabrique de wagons de Beasain (FVB), mise en service en 1905 à l’initiative de sa propriétaire, la Société espagnole de constructions métalliques (SECM) elle-même née en 1901 avec les capitaux du marquis d’Urquijo. C’est en 1917 que la FVB est constituée en société indépendante sous le nom de CAF, séparation capitalistique totale advenue en 1921.

 Passée non sans mal à travers la terrible guerre civile qui ravagea l’Espagne elle s’engage dans des productions militaires, elle participe à la reconstruction du pays en fournissant du matériel ferroviaire dans le cadre d’une politique d’autosuffisance, priorité du gouvernement du général Franco. C’est dans les années 2000 que CAF opte pour une politique d’internationalisation avec ouverture d’usine aux Etats-Unis, au Brésil et au Mexique.

Vue partielle du site industriel CAF à Bagnères-de-Bigorre. (Doc. CAF)

 En 2008, CAF rachète l’usine de la branche ferroviaire de Soulé, CFD Bagnères, à Bagnères-de-Bigorre. Après un litige en 2019 concernant sa participation à un projet israélien, où on l’accuse de participer à une entreprise de « colonisation », CAF reprend en 2021 l’usine Alstom de Reichshoffen (Alsace), imposée par les autorités de la concurrence pour compenser l’absorption de l’activité ferroviaire de Bombardier par le constructeur français.

Rames Oxygène, Coradia ex-Alstom et bien sûr tramway Urbos

 Durant les quatre dernière années, de 2022 à 2026, le chiffre d’affaire de CAF est passé de 3,1 à 4,6 milliards d’euros. Début 202, la seule France représentait 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaire.

Vue d'un des ateliers de l'usine CAF de Bagnères-de-Bigorre, avec des éléments de tramways Urbos. (Doc. Mairie de Bagnères-de-Bigorre)

 CAF affiche un plan d’affaires remarquable avec la rénovation des rames du RER A de Paris, la construction de locotracteurs pour la RATP, la construction de rames Oxygène Intercités pour les lignes Paris-Clermont-Ferrand, Paris-Toulouse, la construction de rames neuves pour le RER B de Paris, et bien sûr les rames de tramway de Montpellier (60 dans un premier temps), de Marseille (15) et désormais de Grenoble (38 dans un premier temps) et Tours (19 pour sa deuxième ligne et le renfort de la première). La région Bourgogne-Franche-Comté vient de commander 14 rames Coradia Polyvalent, issues d’Alstom, pour compléter sa flotte de 48 trains TER.

 Notons qu'Alstom de son côté continue de développer une rame dénommée Coradia Stream déjà commandée à plus de 650 exemplaires, en particulier par l'Italie, l'Allemagne...

 CAF France prévoyait de recruter 300 collaborateurs en 2024 dont 80 sur le site étendu de Bagnères-de-Bigorre site spécialisé dans les tramway avec deux voire trois lignes de production. Le site de Reichshoffen est dédié principalement aux trains d’une longueur supérieure à 50 m. Notons que les tramway issus de la plate-forme Urbos sont produits dans huit usines situées dans cinq pays : à Beasain, Saragosse et Irun en Espagne, Bagnères-deBigorre en France, Newport au Royaume-Uni, Elmira aux Etats-Unis d’Amérique, et Dunakeszi en Hongrie.

Tramway - ou "métro léger" - de Boston, construit par CAF. La dimension internationale de l'entreprise espagnole, cotée à la Bourse de Madrid (indice ES0121975009 CAF au SIBE), s'affirme.

Notons pour terminer la situation ferroviaire ubuesque de l'usine CAF de Bagnères-de-Bigorre. Située à l'extrémité de la ligne historique de Morcenx à Bagnères-de-Bigorre, longue de seulement 21,7 km, cette section a perdu son service voyageurs en 1970 et son service marchandises en mai 1989. Il en résulte que cette usine de construction et de maintenance de matériel ferroviaire se trouve isolée du réseau ferré national. Les rames du RER parisien traitées pour rénovation arrivent donc et repartent par la route.

 Cet isolement constitue un résumé consternant de la gestion de son réseau ferré par l'Etat français, qui en est propriétaire. Devant l'envolée de l'activité de l'usine CAF, et les trafic routiers qu'elle induit, la municipalité de Bagnères-de-Bigorre a demandé la restauration de cette section de ligne. La région Occitanie avait demandé un transfert sous sa gestion en 2022. L'Etat avait promis un engagement financier voici cinq ans pour un devis évalué à l'époque à quelque 20 millions d'euros. A titre de comparaison CAF a déjà investi 10 millions d'euros pour l'adaptation et l'extension de son site industriel. Il serait question d'un rétablissement des circulations fret de et vers Tarbes en 2028, selon les informations en notre disposition.

 Les associations locales organisent des opérations de débroussaillage pour protester contre l'abandon de cette section de vallée pyrénéenne. Depuis l'Espagne, les journalistes peuvent se gausser de cette situation qu'aucune autonomie (région) espagnole n'aurait laissé passer de la part du gouvernement central.

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Commentaires
B
Les rames CAF donnent satisfaction à Besançon . Ceci dit, le paysage "tramwayiste" commence à changer, avec la mise en service commercial de 3 premières rames Alstom depuis le 10 nov, et 2 autres vont les rejoindre ces jours-ci, soit 24 rames officiellement en service sur Ginko . Une personne m' a vanté l' espace (et donc les places supplémentaires).<br /> <br /> Les 3 autres commandées, en option initialement, arriveront à Besançon au printemps prochain, et seront mises en service en été ou début d' automne.........peu avant le nouveau plan de lignes (Hauts de Chazal - Viotte et Brulard - Chalezeule) qui devrait être opérationnel debut 2027.
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S
Avant de s'implanter avec un certain succès en France, l'entreprise basque a produit des engins remarquables en service dans son propre pays, entre autres les bi-mode série 1900 à voie métrique(assemblage pour le compte de FEVE à partir de locs diesel série 1000 Alsthom, en collaboration avec Sunsundegui), et surtout les remarquables CC Bitrac(série 601)bi-mode également mais à voie large, actuellement utilisées par Captrain España, en location à Beacon Rail.
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D
C'est quand même bien triste que la région Occitanie n'arrive pas à faire rouvrir la ligne de Bagnères de Bigorre. Outre le transit de matériel roulant de et vers l'usine, il y aurait grand besoin d’offrir une alternative à la voiture dans cette vallée pyrénéenne.
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S
Cette ligne, comme tous les "embranchements pyrénéens"(sauf Boussens-Foix, qui n'en était pas à proprement parler un)était électrifiée. Elle a été déséquipée peu après la suspension du service voyageurs. De plus, comme Montréjeau-Luchon et Lourdes-Pierrefitte Nestalas, elle voyait circuler, au moins en haute saison d'été et d'hiver, des voitures directes de et pour Paris, acheminées dans son cas par le train de nuit Paris-Tarbes. Mais ça, c'était avant...
E
Concernant Nantes, la Semitan a commandé 61 rames Alstom Citadis X05 et se réservent la faculté de lever une option portant sur 15 rames identiques. A ce jour 15 rames sont en service et son numérotées 401 à 415.<br /> Pour ce qui est de Montpellier, TaM ne disposera que de 10 rames CAF Urbos 100X le jour de l'inauguration de la ligne 5, le 20 décembre prochain. 2 rames supplémentaires arriveront d'ici le mois de mars 2026 et 4 doivent être livrées dans le courant de l'été 2026. Les 6 dernières rames affectées à la ligne 5 sont annoncées pour 2032.<br /> En décembre 2020, la Métropole de Montpellier a lancé un appel d'offre portant sur 77 rames simplement pour dépasser d'une unité la commande que venait de faire la Semitan auprès d'Alstom.
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B
Non signalé, sauf mauvaise lecture de ma part : Grand-Est vient de commander 16 nouvelles rames Régiolis (6 caisdes) pour remplacer ses RRR, affectées essentiellement sur le SERM Strasburgeois . Cf Dernières Nouvelles d' Alsace du 6 octobre.
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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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