Le SERM toulousain, entre « préfiguration » des politiques et revendications des usagers
L’hypothétique « RER » de la zone urbaine de Toulouse essaie de prendre forme avec des études de « préfiguration » lancées en mars dernier par les élus politiques et les techniciens, accompagné des demandes pressantes du collectif d’usagers Rallumons l’Etoile.
Tandis que l’État français se débat dans un océan de dettes, la perspective, de sa part, d’un financement rapide et conséquent des projets de ces Services express régionaux métropolitains (SERM) s’éloigne, plusieurs métropoles attendant toujours de premières subventions.
Parallèlement, l’idée lancée par le président Macron de « RER » de métropoles a opportunément été redéfinie en concepts globaux de transports alternatifs à « l’autosolisme », incluant pistes cyclables, lignes d’autobus, stations autopartage et ne faisant figurer le ferroviaire, dans plusieurs cas, que comme un élément parmi d’autres, parfois figurant même en dernière place.
452 communes centrées sur Toulouse
Le 3 mars dernier l’État, la région Occitanie, le département de Haute-Garonne, Toulouse Métropole et Tisséo Collectivité, ont lancé la phase de préfiguration du SERM toulousaine. Il concernerait 452 communes centrées sur Toulouse dont au moins 40 % des résidents travaillent dans la ville-centre, et 19 intercommunalités. Son concernés : Haute-Garonne, Ariège, Aude, Gers, Tarn et Tarn-et-Garonne.
La centralisation sur Toulouse de l’ancienne région Midi-Pyrénées est statistiquement supérieure à la centralisation française dans son ensemble. La zone urbaine de Toulouse en fait la quatrième la plus peuplée de France après Paris, Lyon et Marseille-Aix.
La Société des grands projets, SNCF Réseau et SNCF Gares & Connexions sont mobilisées pour consolider cet avant-projet de SERM, qui inclura ferroviaire, réseaux urbains, services routiers et mobilités qualifiées de « douces ». La constitution du dossier de préfiguration, d’un coût de 535.000 € hors taxes, « vise également à préparer le plan de financement et à élaborer un schéma de gouvernance pour les phases ultérieures de la démarche SERM », indiquait la préfecture. Le financement de cette étude a été assuré par l’État pour moitié, le reste par les collectivités.
Rames TER occitanes "LiO" sur les voies des services à destination du quart nord-est toulousain de la gare de Toulouse Matabiau. La question de l'hétérogénéité du parc moteur se posera lors de l'augmentation des fréquences en raison de l'absence d'électrification sur ces lignes, vers Saint-Sulpice-sur-Tarn et au-delà vers Mazamet, Albi... (Cl. RDS)
Les services de la région Occitanie soulignent qu’en 2023 « 68 % des habitants de la troisième couronne se déplaçaient en voiture, seulement 7 % en transports en commun, et 3 % en vélo ». Parallèlement, « la fréquentation des trains régionaux liO a augmenté de 68% sur le territoire occitan entre 2019 et 2024 », ce qui dénote le retard du ferroviaire dans le transport péri-urbain métropolitain.
Les services de la région Occitanie insistent sur le fait que le point central du projet doit être « le renforcement des trains avec une connexion aux trois lignes de métro », la troisième, automatique, à gabarit nettement supérieur à celui du VAL des deux premières lignes, et à roulement fer, devant être mise en service en 2028. Le SERM « proposera des trains de 5 h 00 à 23 h 00, avec des passages toutes les 10 minutes aux heures de pointe et la création de nouvelles haltes ». L’objectif est d’assurer « 121 trains supplémentaires (quotidiens) d’ici fin 2032 ».
Un calendrier initial
Des voies réservées devront être aménagées pour réduire les temps de parcours des autocars dans les zones « non desservies par les trains », ou plutôt que les anciens trains départementaux, supprimés depuis sept ou huit décennies, ne desservent plus. Des « lignes de covoiturage » seront encouragées, nous dit encore la documentation qui insiste aussi, de façon plus opportune, sur la nécessité d’une tarification unifiée.
La région, autorité organisatrice du ferroviaire régional et à ce titre en première ligne pour la partie réseau ferré du SERM toulousain, a publié le calendrier suivant :
2025 : phase d’expérimentation de l’augmentation des fréquences de TER en heures creuses ; 2028 : achèvement des travaux de voie, signalisation et gares sur 7,7 km entre Colomiers et Brax-Léguevin, sur la ligne d’Auch, destinés à étendre le service périurbain à l’ouest de Colomiers, et ouverture des pôles d’échanges multimodaux de Colomiers, Montaudran et Labège-La Cadène. Ces deux dernières stations sont situées à l’est de Toulouse, sur la ligne de Narbonne. Labège-La Cadène sera une nouvelle halte en correspondance avec la future troisième ligne du métro.
La commune de Brax est exemplaire de l'évolution de la grande couronne toulousaine. Elle a vu sa population bondir en un demi-siècle, passant de 459 habitants en 1968 à 902 habitants en 1975 et aujourd'hui à quelque 3.000 habitants. Brax est aussi desservie par la ligne de bus 32 Brax-Colomiers qui assure une desserte fine, complémentaire quoique partiellement concurrente avec la ligne de trains TER.
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Gare de Toulouse Saint-Cyprien-Arènes : à la fois traversante pour les services TER amorcés à Matabiau vers L'Isle-Jourdain et Auch, et origine-destination pour les services TER omnibus limités à Colomiers. Elle donne correspondance avec la ligne A du (mini) métro urbain, de technologie VAL, exclusivement pneu.
A plus long terme, à l’horizon 2031, se dessine la mise à quatre voies de la section située entre Toulouse Matabiau et Castelnau d’Estrétefons, soit 21 km, aménagement destiné à répondre aux besoins de la future branche nord-ouest du SERM comme à l’arrivée des TGV depuis Bordeaux par la branche est de la ligne nouvelle Sud-Ouest. Simultanément sera mis en service le pôle d’échange multimodal de La Vache, mettant en correspondance le trains du SERM et les métros de la troisième ligne urbaine.
Les demandes de Rallumons l’Etoile
Représentant des usagers et des élus, le collectif Rallumons l’Etoile demande « des améliorations possibles rapidement » qui ne figurent apparemment pas dans le calendrier de la région.
Ce collectif demande un élargissement de l’amplitude horaire des services TER afin « de pouvoir prendre le premier TGV pour Paris à 6 h 24 et rentrer chez soi après le TGV arrivant de Paris à 21 h 37, ce qui est impossible aujourd’hui ». De fait, sur l’antenne de Auch, le premier TER amorcé à l’Isle-Jourdain arrive à Matabiau à 7 h 06 (7 h 34 pour celui amorcé à Auch) et le dernier partant de Matabiau pour Auch part à 20 h 24. Et encore ne s’agit-il que des jours de semaine.
Les samedis, le premier TER provenant d’Auch touche Matabiau à 7 h 34, les dimanches et fêtes à 9 h 38 (possibilité ces jours-là de joindre Saint-Cyprien-Arènes à 8 h 59 mais course limitée au départ de Colomiers). A l’évidence, le souci de conquérir les potentiels nombreux clients non professionnels ou scolaires par des services en heures creuses reste un vœu pieu. Paris n’étant plus l’alpha et l’oméga des destinations des « provinciaux », les correspondances matutinales ou vespérales vers Marseille, Perpignan, Lyon restent là aussi souvent impossibles en correspondance avec les TER métropolitains.
Pour une ligne traversante
Rallumons l’Etoile demande par ailleurs « une première ligne traversante Montauban-Castelnaudary cadencée à l’heure de 5 h 00 à 22 h 00, sans préciser si ces heures sont celles de départ ou d’arrivée. De même, le collectif demande « une ligne omnibus Colomiers-Arènes cadencée à la demi-heure de 5 h 00 à 22 h 00 ». Or sur cet axe de banlieue, en semaine, le cadencement omnibus est déjà à la demi-heure (mn 25 et 55) en semaine mais seulement en heures de pointe. Il est à l’heure en heures de base et le dernier service omnibus quitte Colomiers vers Saint-Cyprien-Arènes à 20 h 45 (20 h 21 en sens inverse)… Pas vraiment attractif pour les usagers prenant le train dans l’une des quatre gares intermédiaires uniquement desservies par les omnibus Colomiers-Saint-Cyprien-Arènes.
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Etude du collectif "Rallumons l'Etoile" sur la structure souhaitée du réseau ferroviaire métropolitain SERM.
Enfin, le collectif place en toute première urgence la mise en place d’une tarification intégrée pour tous les usagers, abonnés ou occasionnels, à l’image de ce qui est en place à Grenoble pour l’usage des TER intra-métropolitains, accessibles avec un titre de transport urbain (caractéristique malheureusement non étendue aux gares des intercommunalités voisines intégrées depuis cette année au périmètre des transports urbains « Reso »).
Rallumons l'Etoile demande par ailleurs, dès 2026, une suppression des « blancs travaux », simultanément à un cadencement « parfait » à l’heure avec renfort à la demi-heure en pointes « pour toutes les lignes ».
Pour une correspondance optimale des trains SERM à Matabiau
Autres demandes : la création d’une voie de rebroussement pour terminus de services diamétraux nord-sud-est Montauban-Castelnau d’Estrétefonds-Baziège qui seraient ainsi cadencés à la demi-heure.
Enfin, l’organisation d’un « nœud de correspondances » entre TER métropolitains « autour de la minute 00’ » dans la gare centrale de Matabiau « pour offrir des correspondances immédiates et systématiques » entre les axes A, B et D, les lignes cadencées métropolitaines proposées par le deuxième « document exploratoire » de Rallumons l'Etoile, soit respectivement : Montauban-Castelnau d’Estrétefonds-Bazièges, Saint-Sulpice-sur-Tarn-Toulouse Matabiau et Carbonne-Muret/Auterive-Toulouse Matabiau.
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Schéma de la troisième ligne du métro urbain de Toulouse. D'un gabarit généreux et à roulement purement fer, ce axe lourd illustre la valeur intermédiaire de ce type d'équipement entre service urbain et service métropolitain.
Il convient aussi d’intégrer à ce raisonnement la future ligne C du métro urbain de Toulouse. Jean-Michel LATTES, Président de Tisséo Collectivités explique ainsi : « La ligne C de métro constituera la colonne vertébrale du réseau structurant que nous développons depuis une dizaine d’années - doublement de la capacité de la ligne A de métro, Linéos, Téléo, et la ligne Express (d’autocars) Muret-Basso Cambo (terminus de la ligne A du métro) -. Avec 5 interconnexions avec les lignes ferroviaires, la ligne C constituera une brique essentielle du SERM, en permettant l’accès aux principales zones d’emploi de la grande agglomération toulousaine ».
Le drame de la liquidation des lignes départementales
Carole Delga (PS), présidente du conseil régional de la région Occitanie, a souligné que, « avec près de 20.000 nouveaux habitants par an, Toulouse et son aire d’attraction comptant plus de 1,5 million d’habitants doivent se doter d’une nouvelle offre de transports pour permettre aux habitants de se déplacer sans leur voiture, et endiguer les kilomètres de bouchons, matin et soir, en particulier sur les grands axes de circulation ».
Quant à Jean-Luc Moudenc (LFA, parti de centre-droit fondé par le maire de Nice Christian Estrosi), président de Toulouse Métropole et maire de Toulouse, il prône « une vision d’ensemble portant sur l’offre de transports à l’échelle régionale dans le but de renforcer les villes petites et moyennes, au lieu de risquer la dispersion de l’étalement urbain périphérique », et donc de doter le SERM « du volet de transports non ferroviaires qui continue à lui manquer cruellement : cars express, bus, covoiturage, vélo, etc… ».
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Caraman, gare jadis desservie par les chemins de fer du Sud-Ouest, à voie métrique. Le système ferroviaire départemental autour de Toulouse complétait remarquablement les lignes du réseau ferré national avant d'être liquidé avant et après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la seule perspective de développement du transport public sur ces axes est routière avec des autocars noyés dans le flux général - sauf coûteuses voies réservées sur longue distance - et l'attente attente des voyageurs en bord de route.
Reste que pour des déplacements à « l’échelle régionale », donc sur des distances relativement longues, la technique ferroviaire demeure de loin la plus pertinente car indépendante des flux routiers chaotiques, capacitaire et à rentabilité croissante. La liquidation du réseau métrique départemental des Chemins de fer du Sud-Ouest avec des lignes vers Caraman-Loubens/Revel-Sorèze à l’est, Fonsorbes-Sainte-Foy/Forgues au sud-ouest, Cadours et Lévignac au nord-ouest, Villemur au nord, illustrent le manque dramatique de vista et la soumission au lobby routier des élus et technocrates de l’entre-deux guerres et de l’immédiat après-Seconde Guerre mondiale. Suisses, Espagnols, Allemands n’ont généralement pas commis cette faute, en tous cas à cette échelle.