Saint-Etienne-Clermont-Ferrand : 24.000 véhicules par jour sur la seule autoroute, ligne coupée, transport public chaotique
L’abandon sur 47 km aux ronces et aux arbres de la section Boën-Thiers de la ligne Saint-Etienne-Clermont-Ferrand restera comme l’une des taches indélébiles des deux derniers mandats du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes et, bien sûr, de l’État centralisateur qui n’a que faire des lignes tranversales et renvoie le « petit peuple » aux lents cars Macron ou aux squelettiques services routiers. Les gares ferment, les clients attendent le car en bord de route quand ce n’est pas sur un parking en zone commerciale.
Le cas de la ligne Saint-Etienne-Clermont-Ferrand est emblématique et suscite une mobilisation remarquable des citoyens, associations et élus entre Forez et Auvergne dans le cadre de la fédération « Letrain634269 ». Cette dernière vient de souligner qu’entre les deux villes on décompte 24.000 véhicules par jour sur la seule autoroute parallèle. Et bien plus si l’on compte l’ancienne nationale 89. L’association multiplie les manifestations et les mobilisations.
145 km entre deux métropoles et sur l’un des axes centraux Lyon-Bordeaux
Clermont-Ferrand et Saint-Etienne, dont les intercommunalités comptent respectivement 297.000 et 408.000 habitants, ne sont éloignés que de 145 km par voie ferroviaire. Les deux département du Puy-de-Dôme et de la Loire comptent respectivement 665.000 et 773.000 habitants. La métropole de Lyon est elle aussi concernée : elle compte 1.435.000 habitants.
/image%2F1336994%2F20250912%2Fob_873c26_letrain634269-autoroute.jpg)
Affiche publiée par Letrain634269 montrant que la ressource de transfert modal en faveur du rail est bien là. Et encore ne mentionne-t-elle pas le trafic sur la départementale 1089, parallèle à la voie ferrée sacrifiée, qui voit passer un trafic, fret et individuel, qui veut échapper au péage. (Doc. Letrain634269)
Clermont-Ferrand et Saint-Etienne forment le seul couple de métropoles françaises proches à ne plus être relié par rail alors même qu’elles appartiennent à la même « grande » région. L’interruption de cette relation induit l’interruption d’une des relations ferroviaires les plus courtes possibles entre deux autres grandes métropoles, Lyon et Bordeaux, que plus aucun train ne relie sans imposer un changement. L’État parisien manifeste ainsi toute sa dimension destructrice pour les provinces qu’il prétend régenter.
La ligne qui relie Clermont-Ferrand à Saint-Etienne a été neutralisée dans sa partie centrale en 2016 en raison d’un manque de 50 millions d’euros pour restaurer la voie, soit deux ans seulement après la réunion des deux régions Auvergne et Rhône-Alpes. Cette quasi-contommitance est éblouissante.
Seul un interminable détour par Roanne et Saint-Germain-des-Fossés permet une relation ferroviaire, qu’évidemment personne n’emprunte puisqu’elle affiche 212 km soit un allongement de 46 % de l’itinéraire avec correspondance obligatoire à Roanne. Un tel périple relève de la plaisanterie.
Une priorité routière évidente
Les services du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes qui obéit à une priorité routière évidente depuis des années, ont bricolé une fiche horaire Clermont-Ferrand-Saint-Etienne qui mêle trains et autocars aux extrémités (de Saint-Etienne à Boën et de Clermont-Ferrand à Thiers), rarissimes autocars TER de desserte fine accédant à la partie centrale, le tout mêlé à des lignes routières ex-départementale à missions partielles ou rayonnantes, doublant parfois le train et à horaires, arrêts et tarifs (2,20 € quelle que soit la distance) différents des cars TER.
Pour faire bonne figure, les contribuables auverhônalpins subventionnent depuis septembre six allers-retours par autocars directs entre les deux métropoles, qui empruntent les autoroutes et ne desservent que Thiers et Montbrison, avec un temps de parcours de 1 h 55 mn. Ces arrêts intermédiaires ont été rétablis après des années durant lesquelles la région proposait trois relations directes par jour sans aucun arrêt intermédiaire en 1 h 45 mn, avec des autocars très modérément remplis. On peut concevoir qu’ils le restent encore. Le temps de parcours par automobile entre les deux métropoles est proposé en 1 h 37 mn par les calculateurs de distance.
/image%2F1336994%2F20250912%2Fob_26bae0_img-20250201-085657.jpg)
Elément des conditions de transport: les conditions d'attente aux arrêts. Sur cette photographie, arrêt "Boën mairie" direction Noirétable, Thiers et Clermont-Ferrand, dont on peut admirer le confort et les ressources d'information. Notons que les véhicules circulent pour la plupart en transit sur la départementale 1089, ancienne nationale, avec un fort trafic fret. (Cl. RDS)
Le temps de parcours de ces semi-« bolides » routiers équivaut à celui des autorails de naguère, lesquels desservaient pourtant plusieurs autres gares intermédiaires parmi lesquelles Bonson, Boën ou Noirétable. Cette dernière est aujourd’hui marginalisée, entre de rares cars TER ou ex-départementaux.
Un autocar TER intermétropoles à dessertes intermédiaires existe aussi chaque jour, mais son temps de temps de parcours renvoie aux services d’un pays en voie de sous-développement : trois heures pour 147 km, soit une vitesse commerciale de 48,3 km/h…
54 colonnes par sens pour la surréaliste fiche horaire n°11 des TER Auvergne-Rhône-Alpes
Soulignons enfin que la surréaliste fiche horaire de cette « ligne » Clermont-Ferrand-Saint-Etienne, numérotée 11, comporte désormais 54 colonnes par sens pour des services sectionnés à l’envi, jonglant entre hétérogénéité des missions, exceptions de circulation et dualité des modes de transport. Sa lecture nécessite pour le moins un diplôme d’école d’ingénieur. C’est une colonne de plus depuis septembre…
Le système arrive même a obliger à une correspondance rail-route pour une des relations Clermont-Ferrand-Thiers (46 km!). Et il supprime toute relation ferroviaire entre Boën et Saint-Etienne les samedis, dimanches et fêtes. Les étudiants stéphanois visitant leur famille les fins de semaine sont priés de passer par la route. Le temps de parcours par autocar entre ces deux villes s’étage entre 58 mn (quasi-direct) et 1 H 29 mn (omnibus), contre 50 mn à 58 mn au pire par train (lui, toujours omnibus).
On suppose sans effort que le bilan économique de ce salmigondis bureaucratique soit catastrophique, si l’on en juge par le taux d’occupation homéopathique des autocars empruntés par nos correspondants. On voit ici une nouvelle illustration du vieux principe enseigné dans certaines écoles d’ingénieurs, selon lequel « la route disperse, le rail rassemble ».
/image%2F1336994%2F20250912%2Fob_26b6d9_img-20240909-103027.jpg)
Gare de Boën, sur la ligne Saint-Etienne-Clermont-Ferrand interrompue. La salle d'attente est évidemment fermée et le distributeur de billets n'accepte pas l'argent liquide. L'AGC est en attente de rebroussement vers Saint-Etienne puisque la voie est neutralisée côté ouest vers Clermont-Ferrand. On soulignera que la dispersion des services entre modes entraîne, dans ce cas précis, deux sites d'arrêt pour les autocars: la cour de cette gare et un arrêt situé à 200 m pour les autocars en transit, sans distributeur de titres de transport (que les conducteurs d'autocars TER ne délivrent pas, contrairement à ceux des autocars départementaux...). (Cl. RDS)
Pendant ce temps, chaque jour, près de 24.000 véhicules empruntent les autoroutes A89/A72 entre Clermont-Ferrand et Saint-Étienne, sur un axe parallèle à celui de la voie la voie ferrée, vient de relever l’association Letrain634269. Et encore ne prend-elle pas en compte le trafic de l’ancienne nationale 89, devenue la départementale 1089 par la grâce de la défausse de l’État central sur les départements. Cet axe gratuit et historique fait profiter les bourgs qu’elle traverse (Boën, Noirétable, Chabreloche…) de son intense trafic de poids-lourds dont les charges – de bois en particulier – étaient naguère confiées aux trains.
Il convient en effet de décompter, sur la RD 1089, le transit d’automobiles ou fret fuyant un trajet autoroutier qui est tarifé par Vinci Autoroutes, par sens et de bout en bout : 10,80 € pour un véhicule léger, 17,20 € pour une camionnette ou un van (classe 2) et 33,60 € pour un poids-lourd à trois essieux ou plus (classe 4). On comprend qu’en cette période d’austérité, une partie du trafic autoroutier potentiel, particulier ou professionnel, s’évade vers le réseau gratuit.
Sylviculture, travail du bois, métallurgie, élevage
La sylviculture et ses activités aval (scieries, travail du bois...) est notable dans cette région, de même que l’élevage ou la petite métallurgie (roulements à billes à Boën par exemple, jadis embranché au rail). Noirétable était une gare bois d’importance, comme en témoigne la surface de son faisceau fret aujourd’hui à l’abandon. Sail-sous-Couzan était une gare d’eaux minérales. A l’Hôpital-sous-Rochefort, la voie abandonnée jouxte une entreprise de travail du bois...
Ne demeure plus confié au fret ferroviaire rail que le trafic de la vaste usine Verallia de Saint-Romain-le-Puy, qui vient de compléter ses lignes de production. Pourtant, l’embranchement voisin de son site de traitement et stockage de verre recyclé est à l’abandon.
/image%2F1336994%2F20250912%2Fob_66ce3d_img-20250227-150404.jpg)
Gare de Noirétable, abandonnée peu de temps après avoir été ravalée et équipée d'un panneau numérique d'annonces dynamiques cofinancé par l'Union européenne. Les rares autocars TER de substitution ne la desservent plus, se contentant d'un arrêt à 800m en contrebas. (Cl. RDS)
« Aujourd’hui, aucune autre solution de mobilité efficace et attractive n’existe que la voiture » souligne Letrain634269 dans son document publié ces derniers jours. Il relève à l’inverse combien « le réseau ferroviaire représente une solution d’avenir pour notre mobilité », citant ses dimensions écologique, sécuritaire, rapide et confortable. « Le train réduit considérablement les émissions de gaz à effet de serre par rapport à la voiture », explique Letrain634269.
« Dans cette région de moyenne montagne, les conditions hivernales peuvent rendre les routes particulièrement dangereuses » et le train « offre un trajet serein et agréable, loin du stress du trafic ». Plus encore, insiste l’association, le rail « est structurant pour le territoire (et) favoriser le train, c’est renforcer l’attractivité du Haut-Forez et dynamiser les échanges économiques ».