La demande de TER sur la rive droite du Rhône au sud de Givors s’amplifie
Tandis que la région voisine d’Occitanie poursuit le développement de services TER sur la ligne de la rive droite du Rhône située sur son territoire, entre Pont-Saint-Esprit, Avignon Centre et Nîmes Centre, étendue jusqu’au Teil (Ardèche), les populations situées sur le tracé de la même ligne en Auvergne-Rhône-Alpes manifestent pour que des services voyageurs soient enfin rétablis sur son territoire. Au nord, des associations demandent le rétablissement de TER entre Givors et Serrières (Ardèche), demande qui est complétée par celle de l’extension de ces services sur 6 km supplémentaires vers Peyraud et Saint-Rambert-d’Albon (Drôme) sur la rive gauche.
Un « Train en fête » pour démontrer la possibilité et la popularité d’un service TER
Le 16 novembre, un « Train en fête » sera organisé par les associations « AuterVRr » et « Cutspa » entre Lyon et Bourg-Saint-Andéol par la ligne de la rive droite du Rhône, électrifiée, à double voie et dont l’offre voyageurs est supprimée par la SNCF depuis le 6 août 1973. La région Occitanie a rétabli partiellement cette offre sur son territoire le 29 août 2022. Elle est étendue jusqu’au Teil, sur le territoire d’Auvergne-Rhône-Alpes, puisque les rames des TER Occitanie doivent y rebrousser faute d’installations adéquates à Pont-Saint-Esprit.
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Extrait de la carte du Réseau ferré national sur laquelle figure la section de la ligne de la rive droite du Rhône sur laquelle est demandé le rétablissement d'un service voyageurs. Les potentielles gare voyageurs n'y figurent pas, hormis Peyraud, embranchement vers Saint-Rambert-d'Albon et, jadis, de la ligne remarquable par son tracé vers Annonay, Dunières et Firminy. (Doc. SNCFR)
« AuterVRr » est l’acronyme de l’Association des usagers des TER de la vallée du Rhône. « Cutspa » est celui du Collectif des usagers des transports publics du Sud-Ardèche. Leur manifestation du 16 novembre sera portée par un train symbolique entre Lyon Perrache et Bourg-Saint-Andéol, soit 57 km non desservis par TER depuis Givors-Canal, 76,5 km depuis Lyon Perrache. Rappelons que la section de la ligne de la rive droite du Rhône située entre Lyon Perrache et Givors-Canal est desservie par le flux TER cadencé Lyon Perrache-Saint-Etienne-Firminy.
Ce « Train en fête » sera constitué de trois célèbres autorails monocaisses X2800 dont la capacité s’élève à 180 places assises. Ils s’arrêteront devant les gares dont la réouverture aux voyageurs est demandée par les associations d’usagers. Ces gares sont celles de Sainte-Colombe (2.000 habitants), Loire-sur-Rhône (2.800 habitants), Condrieu (4.000 habitants), Chavanay (2.900 habitants), Saint-Pierre-de-Boeuf (1.700 habitants), Serrières (1.100 habitants).
Un devis de remise en état des gares estimé à 15 M€
L’association AuterVR estime que le devis de leur mise aux normes devrait s’établir à environ 15 millions d’euros. En 2022, il était question d’un début de travaux pour l’année suivante. Il n’en fut rien. Le tropisme pro-route de l’État français (excepté pour l’Ile-de-France) et du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes semble trouver ici une nouvelle illustration après l’abandon, dans cette région, de Boën-Thiers, d’Oyonnax-Saint-Claude (avec la région Bourgogne-Franche-Comté), de Volvic-Ussel-Le Mont-Dore (avec la région Nouvelle-Aquitaine) ou encore le passage en mode routier de Sathonay-Trévoux.
Les associations militent pour un rétablissement du service voyageurs qui pourrait aller, au-delà de Serrières, jusqu’à Peyraud, embranchement d’une traversée ferroviaire du Rhône entre lignes de la rive droite et de la rive gauche. Il pourrait ainsi toucher Saint-Rambert-d’Albon, sur la rive gauche, donnant ainsi correspondance au flux TER Lyon-Valence. Il offrirait ainsi aux habitants de cette commune de 7.000 habitants du nord de la Drôme une alternative ferroviaire vers Lyon Perrache par Givors Canal mais aussi, plus intéressant, vers Saint-Etienne sans avoir à subir un long transit par Lyon Part-Dieu avec aller-retour superfétatoire entre Part-Dieu et Chasse-sur-Rhône. Ce raisonnement est tout aussi valable pour les habitants de la rive gauche du Rhône en aval de Saint-Rambert-d’Albon, soit Vienne, Tain-l’Hermitage, Valence…
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Carte postale ancienne représentant la gare de Serrières (Ardèche), alors desservie par des trains de voyageurs.
On soulignera que le nombre d’habitants indiqué pour chacune des communes ci-dessus doit être complété du nombre d’habitants des communes environnantes.
Le passage d’une rive à l’autre empêché par la fermeture d’un pont
Le « Train en fête » tombe d’autant mieux que « depuis le 6 mai 2025, le pont de Condrieu (Rhône) est totalement fermé à la circulation, qu’elle soit automobile, cycliste ou piétonne », souligne Bruno Marchesini, responsable de l’association AuterVR dans le mensuel de la Fnaut dont son association fait partie. Ce pont stratégique doit être reconstruit, ce qui entraîne des difficultés d’accès des habitants de la rive droite à la gare de Saint-Clair-des-Roches, située sur la ligne de la rive gauche et desservie par des TER. Si l’itinéraire par le pont en reconstruction entre Condrieu et la gare de Saint-Clair-des-Roches est d’environ 2 km (il peut être nettement plus long selon le point de départ dans Condrieu, cité allongée le long du Rhône), celui imposé aujourd’hui par le pont situé en amont au droit de Vaugris est de 14 km.
La ligne de la rive droite du Rhône, qui est loin d’être saturée par le trafic fret pour laquelle elle avait été spécialisée, est très convoitée par les populations des départements traversés : Rhône, Loire, Ardèche, Gard et le Vaucluse, désormais desservi en antenne par les TER Occitanie depuis Pont-Saint-Esprit.
La demande de réouverture de Givors-Serrières et au-delà s’ajoute à l’avant-projet étudié mais non réalisé par la région Auvergne-Rhône-Alpes de réouverture de la section centrale Le Teil-La Voulte-Livron (30,7 km) avec services prolongés à Valence Ville, Valence TGV et Romans-Bourg-de-Péage. Elle est renforcé par la concrétisation par la région Occitanie du rétablissement de l’offre voyageurs pour sa section sud Pont-Saint-Esprit-Nîmes avec détour par Avignon-Centre, soit un linéaire d’environ 87 km en y incluant la section fret de raccordement Villeneuve-lès-Avignon-Avignon Centre permettant un crochet des futures TER Nîmes-Pont-Saint-Esprit par la Cité des Papes.
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Extrait de la carte des réseaux ferrés français éditée dans les années 1930. On distingue nettement les multiples lignes ferroviaires greffées sur la rive droite du Rhône, qui nourrissaient considérablement son trafic. Il ne reste plus aujourd'hui que les jonctions avec la rive gauche: Chasse-Givors, Peyraud-Saint-Rambert d'Albon, La Voulte-Livron, Villeneuve-lès-Avignon - Avignon Centre. (Doc. RDS)
Serrières, extrémité sud revendiquée dans un premier temps pour un futur TER rive droite, est située à hauteur de Salaise sur la rive gauche du Rhône, station non desservie par les TER. La gare la plus proche est celle de Saint-Rambert-d’Albon, sur la rive gauche à environ 6,5 km du centre de Serrières, moyennant les franchissements du Rhône et du canal parallèle avec écluse par des viaducs routiers. Saint-Rambert d’Albon est desservie en jour ouvrable par une vingtaine de TER par jour et par sens vers Lyon Perrache ou Lyon Part-Dieu.
La question de la liaison entre vallée du Rhône aval et Saint-Etienne
Cette section de la ligne de la rive droite du Rhône est notoirement proche de celle, parallèle, de la rive gauche au point qu’on l’aperçoit aisément depuis les TER qui circulent côté départements de l’Isère ou de la Drôme. L’avantage de sa réouverture ne consisterait pas seulement à éviter aux habitants de la rive droite de traverser la vallée et les ponts sur le Rhône pour aller prendre leur TER vers Lyon de l’autre côté. Elle leur permettrait, de plus, de trouver des correspondances aisées vers Saint-Etienne et au-delà (Loire, Haute-Loire) à Givors-Canal.
Il faut noter qu'actuellement les TER de la ligne de la rive gauche imposent un changement à Lyon Part-Dieu ou Perrache pour les voyageurs montés dans les gares de la rive gauche qui souhaitent se rendre vers Saint-Etienne. Aucun train Part-Dieu-Saint-Etienne n’est omnibus entre Lyon et Givors Ville ce qui empêche une correspondance à Chasse-sur-Rhône et impose un détour par Lyon. Le démantèlement du maillage ferroviaire a un coût très lourd pour la mobilité des populations.
Rame du service TER Auvergne-Rhône-Alpes et TGV "Inoui" en gare de Lyon Part-Dieu. L'itinéraire ferroviaire entre la moyenne vallée du Rhône et le bassin de Saint-Etienne est rallongé de 50 km en raison de l'aller-retour entre Chasse-sur-Rhône et Lyon. (Doc. RDS)
Le modèle centraliste français démontre, là encore et à l’échelle d’une région multipolaire, sa parfaite inconséquence. La réouverture partiel de la rive droite permettrait de rétablir des possibilités de parcours ferroviaire voyageurs entre la métropole de Saint-Etienne et la vallée du Rhône au sud de Lyon sans obligation de transiter par Part-Dieu ou Perrache et d'effectuer un aller-retour contre-productif d’environ 50 km sur la section Lyon-Givors longue d'environ 25 km.
L'Association des usagers du TER de la vallée du Rhône, active depuis longtemps, a obtenu pour sa revendication de rétablissement de l’offre voyageurs au sud de Givors Canal le soutien des municipalités de Condrieu, Loire-sur-Rhône, Sainte-Colombe, Chavanay, Saint-Pierre-de-Bœuf, Saint-Romain-en-Gal et Givors. Les élus de Givors sont même allés plus loin puisqu’ils ont très logiquement estimé que cette réouverture serait complémentaire d’un prolongement de la ligne du train-tram de l’Ouest lyonnais de Brignais à Givors, soit 9,5 km seulement. Cette autre demande relève là aussi d’une volonté de maillage multipolaire du réseau. Elle permettrait un accès, tant depuis la vallée du Rhône que depuis Saint-Etienne et la vallée du Giers, vers l’Ouest lyonnais et Gorge-de-Loup sans l'interminable transit par le centre de Lyon.