Canalblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
Publicité
13 août 2025

Le président du SMMAG grenoblois dénonce le « mensonge » de la gratuité des transports

 A deux trimestres des élection municipales – et intercommunales – le ton monte entre partisans et opposants à la gratuité totale des transports publics. Dans un long entretien au quotidien Le Dauphiné Libéré, le président du SMMAG, autorité organisatrice des transports du bassin grenoblois, Sylvain Laval, se dresse vivement contre l’utopie « gratuitiste » portée par diverses tendances de la gauche française, de façon d’ailleurs contradictoire d’une ville à l’autre.

 Sylvain Laval répondait, le 28 juillet, au maire Eric Piolle (EELV) de Grenoble, commune centre de la métropole, qui a instauré en septembre 2024 un système de gratuité financé par les fonds municipaux et dont le parti prône la gratuité générale. Cette première étape grenobloise de gratuité bénéficie aux personnes à faible revenu résidant à Grenoble alors que le SMMAG offre déjà des abonnements à prix très faibles pour ces populations.

La ville de Grenoble rembourse les abonnements des personnes à très faible revenu

 Cette « gratuité municipale » bénéficie potentiellement à 47.000 personnes, sur une population d’environ 155.000 habitants. La ville de Grenoble est démographiquement très minoritaire (34,5 %) au sein de la métropole, qui compte 450.000 habitants environ. Elle l’est encore plus (28,8 %) au sein du territoire du SMMAG qui réunit depuis cette année la métropole de Grenoble, les intercommunalités Le Grésivaudan (nord-est) et Le Pays Voironnais (nord-ouest), soit quelque 650.000 habitants.

Rames Citadis 402 du réseau de Grenoble au terminus Fontaine La Poya. A d., bus en correspondance vers Sassenage, importante commune non desservie par le tramway alors qu'avant 1987 la ligne de trolleybus 4 la reliait directement au centre de Grenoble et aux hôpitaux. (Cl. RDS) 

 Promesse électorale assez surréaliste la gratuité, payée par les contribuables grenoblois, relève d’une compétence, le transport, qui échappe à la municipalité. Les usagers éligibles du réseau de transport dénommé M’Réso doivent donc payer leur abonnement dans une agence de mobilité puis effectuer une demande de remboursement en ligne sur le site de la municipalité, « grenoble.fr ».

Peuvent bénéficier de ce remboursement impliquant une avance et des démarches sur un internet que tout le monde ne maîtrise pas, les personnes ayant un quotient familial inférieur à 715 €, les étudiants boursiers et ceux bénéficiant de repas à 1 € dans les restaurants universitaires, les immigrés bénéficiaires de l’Aide médicale d’Etat, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire et ceux de l’Allocation solidarité spécifique. La municipalité indique que ce financement est assuré par l’augmentation de 25 % de la part communale de la taxe foncière, qui a amené 44 millions d’euros par an ans les caisses municipales, une des hausses les plus fortes de France.

Montpellier a réduit ses projets de tramway

 A Montpellier, la gratuité à la façon du maire-président Michaël Delafosse (PS), est moins compliquée, quoique restrictive. Elle ne bénéficie depuis deux ans qu’aux résidents permanents dans la métropole de Montpellier moyennant acquisition d’un support de titre de transport rechargé d’un abonnement gratuit. Les non-résidents doivent acquitter le prix de leur voyage. Les valideurs ayant été supprimés à bord des véhicules, le contrôle s’effectue ponctuellement par des équipes de contrôleurs. Notons que les distributeurs de titres de transport ont été eux aussi supprimés dans de nombreuses stations.

 Le manque à gagner a été évalué par la Chambre régionale des comptes à environ 40 millions d’euros par an, ce qui correspond à plusieurs kilomètres de ligne de tramway nouvelle chaque année en périphérie, matériel roulant compris. Au demeurant, deux projets d’extension du réseau de tramway, en cours de réalisation, ont été amputés à leurs extrémités : l’extension de la ligne 1 d’Odysseum à la gare TGV exurbanisée Sud-de-France n’atteindra pas le parvis de ladite gare et une station intermédiaire, au droit du grand lycée Mendès-France, a été supprimée ; la ligne 5, en cours d’achèvement, a été amputée de plusieurs centaines de mètres à ses deux extrémités (Clapiers et Lavérune) et d’une courte antenne vers Les Bouisses, sur la commune de Montpellier.

A Montpellier, travaux de jonction de la ligne 5 et de la ligne 3 aux abords de la station Saint-Denis. Le projet initial de la ligne 5 a été deux fois amputé : une première fois de son antenne vers Prades, une seconde à ses extrémités et de son antenne vers Les Bouisses. (Cl. RDS)

 Quant aux projets d’extensions, ils se résument pour l’instant à des lignes de bus « à haut niveau de service ». Il conviendra toutefois de préciser ce que recouvre le terme de « haut niveau ».

 Contrairement à Grenoble, la ville centre de Montpellier (307.000 habitants) est démographiquement largement majoritaire dans sa métropole (516.000 habitants), laquelle détient la compétence transport sur son territoire à l’exclusion des territoires voisins. Il n’existe pas d’autorité organisatrice des transports indépendante, du type SMMAG à Grenoble, Sytral à Lyon, IdF Mobilités en Ile-de-France, SMTC à Toulouse. De plus, le maire de Montpellier cumule la fonction de président de la métropole et donc supervise directement la compétence transport.

 La métropole de Montpellier est ainsi devenue le plus grand réseau de transport gratuit (sous condition de résidence) de France, les autres étant des réseaux irriguant des agglomérations bien moins importantes.

La tarification couvre 19 % des coûts

 Comme le débat autour de la gratuité promet d’animer de nombreuses campagnes préalables aux élections municipales de mars prochain, le président du SMMAG grenoblois a décidé d’anticiper en délivrant une critique en bonne et due forme de cette coûteuse utopie. Face à des finances du syndicat de transport « serrées, très serrées », Sylvain Laval insiste sur l’importance « d’avoir des moyens ». Non seulement une commande de tramways neufs vient d'être attribuée à CAF (alors que le parc est depuis l'origine exclusivement Alstom), mais des prolongements de lignes ferrées sont demandées vers Pont-de-Claix, Sassenage et Meylan, sans début de concrétisation de projet.

 Sylvain Laval argumente : « J’ai bien vu les récentes déclarations d’Eric Piolle, et je ne doute pas que ceux qui veulent prendre sa relève vont avoir (la gratuité) dans leur programme électoral. (…) Mais, je le dis clairement : promettre la gratuité de nos transports en commun, c’est mentir aux gens ! (…)Je dis, attention, ce n’est pas correct de faire cela à des fins électoralistes car, évidemment, si on questionne les gens dans la rue, on ne trouvera personne pour être contre cette mesure. Et pourtant… »

Vue des travaux (printemps 2024) destinés à brancher la courte ligne D du tramway de Grenoble sur les voies de la ligne B, dans le quartier universitaire des Taillées. Un investissement de quelque 1,7 million d'euros pour un triangle qui départage les rames des lignes B, C et D et permet d'améliorer nettement, depuis septembre 2024, les fréquences entre le domaine universitaire, les hôpitaux nord et la gare centrale de Grenoble. (Cl. RDS)

 Et pourtant… « dire qu’on va mettre la gratuité, poursuit-il, c’est dire que l’on va renoncer au développement de nos lignes, au remplacement de nos bus, à un meilleur cadencement » car « faire fonctionner nos transports en commun, ça coûte 200 millions d’euros au SMMAG et donc aux collectivités » alors que « la tarification ne couvre que 19 %. Donc l’effort public est déjà très important ». Il ajoute : « Vous allez me dire qu’il suffit justement d’absorber ces 19 ù pour aller vers la gratuité ? Sauf qu’il s’agit quand même de dizaines de millions d’euros qui nous sont nécessaires pour garder un niveau de service public élevé et surtout le conforter ».

 Et de conclure : « Non, ceux qui promettent la gratuité ne sont pas honnêtes, ils ne disent jamais que la gratuité amènerait forcément à la dégradation du service et, dans le contexte actuel, ce serait désastreux ».

« On offrirait le transport gratuit à ceux qui en ont les  moyens »

 Au plan social, Sylvain Laval ajoute un addendum qui contre l’argumentaire égalitariste des « gratuitistes » : « La gratuité, ce serait une attaque en règle contre notre contrat républicain puisqu’on offrirait de fait le transport gratuit à ceux qui ont les moyens de payer ».

Il rappelle au passage que le réseau grenoblois offre « une tarification solidaire très avancée, la plus forte de France, puisque pour les foyers très modestes (l’abonnement de libre circulation) revient à 2,50 euros par mois ». Ce tarif est destiné aux personnes ayant un quotient familial inférieur à 565 € mais aussi aux étudiants boursiers. Il est de 15,80 € par mois pour les personnes ayant un quotient familial de 566 € à 715 €.

Autocar sur l'axe routier majeur entre Grenoble et la rive droite de l'Isère amont, dans la vallée du Grésivaudan. Parcouru en particulier par la ligne urbaine d'autobus articules C1, cet itinéraire dessert une zone en forte expansion démographique (500 nouveaux appartements sur la commune de Meylan, d'autres à venir). Une antenne tramway semble devoir s'imposer, alors que les autobus C1 sont régulièrement surchargés, mais rien n'est à l'ordre du jour. (Cl. RDS) 

L’abonnement mensuel libre circulation pour les 18-25 ans scolarisés s’élève à 18,70 € (187 € pour douze mois). L’abonnement annuel libre circulation pour salariés ou apprentis, pris en charge au minimum à 50 % par l’employeur,  s’élève à 632 €, soit 316 € au plus annuel de reste à charge pour les salariés ou apprentis.  Des abonnements à  tarifs réduits sont accordés aux personnes de plus de 65 ans, tarifs encore inférieurs pour les plus de 75 ans.

 Sylvain Laval ajoute enfin : « Croyez-vous que les habitants du Grésivaudan choisiraient la gratuité à la place d’un meilleur cadencement ? »

Mais le projet de coûteux téléphérique semble échapper à la rigueur prônée par M. Laval

 Pour autant, le président du SMMAG, ne renonce pas à son projet de coûteux téléphérique entre Fontaine et sa commune de Saint-Martin-le-Vinoux, via la presqu’île scientifique de Grenoble. Ce projet, retoqué par l’administration, était évalué à 65 millions d’euros voici deux ans. Il a pour terminus nord la mairie de Saint-Martin-le-Vinoux, zone coincée entre le chemin de fer et les falaises de Chartreuse.

Vue d'architecte de l'hypothétique station Oxford, sur la presqu'île de Grenoble, du projet de téléphérique Fontaine-Saint-Martin-le-Vinoux. On mesure le disproportion entre l'infrastructure et la fréquentation annoncée. 

 Cette configuration imposerait une correspondance avec le tramway E pour atteindre les zones plus peuplées et commerciales de Saint-Egrève, plus au nord. Techniquement, ce téléphérique croiserait de façon orthogonale les grands flux aérologiques des vallées du Drac et de l’Isère aval, particulièrement puissants sur un axe nord-ouest-sud-est, dans le couloir entre Chartreuse et Vercors.

 La clientèle est évaluée à environ 5.000 usagers par jour dans un premier temps. La légitime rigueur financière prônée par le président du SMMAG  voudrait que l’autorité organisatrice choisisse la solution par autobus pour ce type de marché, par les ponts existants, avec une orientation vers la très active commune de Saint-Egrève. Des lignes existent déjà sur cet axe (C6 et 22). Il conviendrait d’abord les raccorder.

Publicité
Commentaires
B
Hors-sujet (car non ferroviaire), mais concernant la gratuité : depuis le 1er janvier, la ville de Besançon fait gratuité dans les lieux de loisirs pour les personnes handicapés - tout handicaps.................y compris ceux qui ne se voient pas (!) - et pour leurs accompagnateurs . Résultats des courses ? Il n' y a jamais eu autant de mondes dans les piscines et la patinoire..............et les recettes sont en baisse inquiétante, car se sont régulièrement "des groupes" (10-15 personnes) qui viennent (surtout avec ces chaleurs estivales), qui ne payent rien du coup, et qui en sus sont sales et indisciplinés pour nombres d' entre-eux - un maître nageur a même été menacé de mort par un individu qui refusait les codes vestimentaires des piscines . Résultat des courses ? Des habitués de longue date ne viennent plus . Vouci les résultats de la gratuité à Besançon ! <br /> <br /> Pour les transports, depuis le 1er juillet, on fera un bilan en fin d' année . Je rappelle juste que cette gratuité ci concerne les moins de 15 ans (nombres d' entre-eux ne prennent pas leur carte d' identité (je plains les contrôleurs)), et gratuit à tous tous les samedis (censé favoriser le commerce du centre-ville) . Pour l' instant, aucun projet de prolongement, ou de nouvelle ligne, est envisagé à Besançon, et je doute que les recettes perdues n' aident l' émergence de tel(s) projet(s).
Répondre
B
Cet homme a raison . Sauf que son soutien ridicule au ruineux projet de téléphérique lui fait perdre tout crédit, vraiment dommage car sujet très important pour les finances public.
Répondre
T
J'avais eu une discussion avec des militants de la gratuité totale, il y a 1 an et demi, lors d'une journée de gratuité pour l'accès aux marchés de Noël. A l'argument que 19%, ce n'est pas beaucoup, j'avais répondu: très bien, on va vous enlever 19% de votre salaire, on va voir si vous trouvez toujours que ça n'est pas beaucoup !
Répondre
T
Si Grenoble se lance dans la démagogie de la gratuité on peut dire adieu à toute nouvelle ligne de tramway…
Répondre
Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
  • Le chemin de fer est indispensable à toutes nos villes et ne doit pas être l'apanage de la seule région-capitale. Les lignes transversales, régionales et interrégionales doivent contribuer à une France multipolaire, équitable au plan social et territorial.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité
Newsletter
Publicité
Publicité