« Train de l’Aubrac » : foisonnement d’initiatives autour de Béziers-Neussargues, culturelles, promotionnelles…
Le mercredi 9 juillet, le président du Parc naturel régional de l’Aubrac et les présidentes des intercommunalités du Gévaudan et de Saint-Flour communauté ont organisé un voyage de presse dans le train de l’Aubrac entre Campagnac - Saint-Geniez et Saint-Flour (92,2 km), dans l’unique Intercités de la ligne Béziers-Neussargues à l’aller, dans un autocar au retour en raison de la fréquence on ne peut plus réduite sur la partie de cette ligne au nord de Saint-Chély-d’Apcher, gare située entre les deux susmentionnées.
Implication croisée du Parc naturel régional, des élus, de la région Occitanie
L’objectif était de présenter les nouveaux services du « Train de l’Aubrac », expliqués par des représentants de la région Occitanie, du Parc naturel régional de l’Aubrac, et de représentants de communes. Ont été en particulier mis en valeur des podcasts, ou vidéos à la demande, d’un « voyage sonore » réalisé par la Compagnie Gérard Gérard, chargée d’autre part d’une animation artistique en gare de Saint-Flour.
Ce voyage de presse soulignait l’heureuse implication entre le Parc naturel régional de l’Aubrac et cette splendide ligne de chemin de fer, longue de 277 km sur l’ensemble de son itinéraire achevé en 1888. Son profil remarquablement audacieux affiche des déclivités de 33,5 ‰ ce qui justifia, aux yeux des Chemins de fer du Midi, sa compagnie concessionnaire de l’époque, son électrification progressive à partir de 1930. Ses remarquables ouvrages d’art, le viaduc de Garabit en tête, constituent un patrimoine national d’une grande valeur.
/image%2F1336994%2F20250720%2Fob_af8905_aubrac-vue-voie-a-moisescot.jpg)
Vue de la voie depuis la cabine de conduite d'un AGC sur la ligne de l'Aubrac. Le profil est audacieux, traversant plusieurs vallées. L'électrification, qui a bientôt plus de 92 ans, est un atout remarquable face à des déclivités de 33cm/m. (Doc. A. Moisescot)
Le Parc naturel régional de l’Aubrac, créé en 2018, rassemble 78 communes sur les trois départements de l’Aveyron, de la Lozère et du Cantal. L’Aubrac, plateau volcanique et granitique, est délimité au sud par le Lot, au nord par la Truyère et à l’est par la Colagne. Son point le plus élevé est le signal de Mailhebiau, qui culmine à 1.469 m. Ces hautes terres constituent une région préservée mais non sans dynamisme économique. Bernard Bastide, maire de Nasbinals et conseiller régional d’Occitanie, est le président du Parc naturel régional.
Un nom propre, des mesures pratiques
Ont été présentés aux médias et, par leur intermédiaire, au public et aux voyageurs potentiels, une série de mesures valorisant cette ligne.
D’abord, le nom « Train de l’Aubrac » a été défini pour la liaison quotidienne de bout en bout. Dotée d’une identité visuelle, il va permettre de renforcer l’identification et l’attachement à ce magnifique parcours ferroviaire. Il sera accompagné, pendant l’été, « d’une campagne de communication presse et réseaux sociaux ».
Cet effort rejoint celui effectué jadis pour le « Train des Merveilles » de Nice à Tende, voire même pour l’habillage des rames neuves de la ligne Nîmes-Clermont-Ferrand, marquées des noms des villes et communes desservies. Il rejoint la dénomination « L’Aubrac » de l’ancienne demi-rame Paris-Béziers (l’autre vers Nîmes et Marseille, dénommée « Le Cévenol ») qui fut un temps accompagnée d’animations.
Ensuite, ont été installés de nouveaux « services de mobilité », dans cette région de hautes terres à la faible densité de population : des bornes numériques d’informations touristiques et de mobilité, des bornes de recharge et stationnement vélo, des casiers de consigne... « Ils améliorent le confort et l'accueil des voyageurs, tout en encourageant l’usage des mobilités actives et intermodales entre les gares et les centres bourgs », indiquent les organisateurs.
/image%2F1336994%2F20250720%2Fob_334831_img-20211128-142515027.jpg)
Signe de la mobilisation obstinée des élus, associatifs, résidents et syndicalistes autour de la ligne Béziers-Neussargues : cette réunion en novembre 2021 en gare de Saint-Flour pour fêter sa réouverture après... onze mois de fermeture pour travaux. (Cl. RDS)
Sont ainsi améliorés les services en gares de Banassac-La Canourgue (abris en bois, arceaux à vélos, casiers avec système de rechargement des batteries de vélos et téléphones, et station de réparation de vélos), du Monastier (ombrière, norne numérique, casiers avec rechargements, arceaux), Marvejols et Aumont-Aubrac (bornes numériques) et Saint-Flour (borne numérique et casiers de consigne).
De son côté, le site internet du Parc naturel régional de l’Aubrac « offre une carte interactive centralisant les informations touristiques et les options de mobilités durables disponibles à partir des gares de l’Aubrac ». Cet outil permet de simplifier l'organisation des déplacements pour les touristes et les habitants.
« Voyage sonore » pour une « ligne de vie »
Enfin, une ligne de chemin de fer est une ligne de vie, surtout pour des régions physiquement difficiles d’accès et, de plus victimes emblématiques des politiques de désinvestissement ferroviaire menées par l’Etat central. Cette dimension à la fois historique, technique patrimoniale et humaine a été remarquablement travaillée avec l’élaboration d’un « voyage sonore » par la Compagnie Gérard Gérard et son projet, aujourd’hui pleinement réalisé « Aubrac Express ». (1)
La Compagnie Gérard Gérard « a parcouru les terres du Train de l’Aubrac et a documenté ses rencontres : cheminots, historiens, syndicalistes, restaurateurs, femmes et hommes politiques, jeunes, paysans et paysannes... » De ce travail se nourrit une vingtaine de podcasts « à la découverte de l’histoire et des enjeux actuels de ce ‘’Train de la Montagne’’, star des lignes à desserte fine, exemplaire tant dans sa conception que dans son tracé ».
/image%2F1336994%2F20250720%2Fob_1e67d7_aubrac-gerard-gerard.jpg)
Annonce du site de vidéos à la demande, qui rassemble des témoignages autour de la ligne de l'Aubrac et de ces hautes terres qu'elle dessert.
Illustrant la mobilisation autour de cet axe de vie, on trouve ainsi 25 documentaires sonores à la demande (podcasts), véritable « voyage sonore » nous offrant des témoignages et éclairages, tant de conducteurs que d’habitants, d’élus que d’historiens, avec des explications passionnantes sur le devenir économique et humain du plateau de l’Aubrac, sur ses activités économiques, sur son patrimoine.
Ce « voyage sonore » n’est qu’un élément. Il est accompagné d’une application mobile, « Aubrac Express », d’un site collaboratif - trait d’union entre l’histoire de la ligne ferroviaire et ses enjeux contemporains qui rassemble archives et diffuse des actualités -, d’une exposition itinérante (« Au fil de la ligne ») et même d’un stage documentaire avec le site métallurgique d’ArcelorMittal, dernier fournisseur de trafic fret (sur sa partie nord, les parties centre et sud de la ligne sont désormais interdites au fret). (2)
Une campagne de numérisation d’archives avec la Région Occitanie et la DRAC est lancée et un livre est en préparation, qui complètera l’ouvrage collectif publié à l’automne 2024 par les éditions La Vie du Rail intitulé « La ligne des Causses et de l’Aubrac » (200 pages, 62 €).
Leur attachement à un train exceptionnel
La collection de vidéos est impressionnante, réalisée au cours des dernières années. Le « podcast » est monté en 2022 par Michaël Filler. La Compagnie Gérard Gérard a enregistré les libres paroles de cheminots, historiens, syndicalistes, scientifiques, élus, jeunes, militants, éleveurs, restaurateurs, « tout un ensemble de personnes engagées pour leur ligne de vie ». Tous racontent leur attachement à cet outil exceptionnel « Train d’équilibre du territoire » depuis 2010, et leur mobilisation pour le défendre « notamment depuis 1995 » quand l’Etat, propriétaire du réseau ferré national, a commencé à remettre en question sa survie ou impose d’interminables plages travaux durant l’été.
Stationnement à Neussargues d'un automoteur X73500 sur la liaison Clermont-Ferrand-Béziers qui demeure au statut Intercités. (Cl. RDS)
La mobilisation, l’action de la région Occitanie sur sa partie propre pour la rénovation de la voie (trois trains de Béziers à Millau, deux poursuivis à Saint-Chély-d’Apcher, un Intercités au nord) et la pression d’ArcelorMittal pour maintenir une desserte fret depuis Clermont-Ferrand jusqu’à Saint-Chély-d’Apcher ont permis de sauver sa continuité.
En 2024, l’Etat décida d’investir 43 millions d’euros sur la partie cantalienne, de Saint-Chély-d’Apcher à Neussargues, pour sauver la ligne, après un long et angoissant bras de fer avec les régions et une interruption pour prévention puis travaux qui a vu les routes locales submergées de camions chargés de coils.
Ligne adorée et redoutée des agents de conduite
Parmi tant d’autres, on relève les témoignages d’Eric Paillès et Olivier Falzon, agents de conduite qui racontent leur « belle ligne de la montagne », à la fois adorée et parfois redoutée avec ses rampes de 33,5 ‰, ses longs tunnels, ses impressionnants viaducs, ses saisons très marquées et ses hivers rudes.
Patricia Rochès, élue locale du Cantal et fondatrice d’Amiga, qui défend la pérennité du viaduc de Garabit et bien sûr la totalité de la ligne, raconte la genèse de cet immense ouvrage franchissant la Truyère, imaginé par Léon Boyet et achevé par Gustave Eiffel, maillon décisif pour le désenclavement du Massif Central.
/image%2F1336994%2F20250720%2Fob_830b11_img-20211128-160027793.jpg)
La neige est l'un des défis que relèvent les agents de conduite aux périodes automnales et hivernales sur l'Aubrac. Le faîte de la ligne est près d'Arcomie gare (fermée) située à 1.054 m d'altitude. (Cl. RDS)
André Valadier, quant à lui, témoigne des efforts déployés depuis des décennies pour valoriser, développer et respecter l’héritage du plateau de l’Aubrac, jusqu’à la création du Parc naturel régional. Il montre son combat pour sauver la race bovine Aubrac, célèbre pour ses bœufs de trait, un temps menacée d’extinction par l’avènement du tracteur.
Au final, voici une floraison d'initiatives autour d'un des territoires -l'Aubrac- ayant cette ligne de chemin de fer comme axe structurant, vidéos, spectacles, équipements valorisant les gares, site internet. La région, le Parc naturel, une compagnie culturelle, les collectivités locales sont mobilisés... De quoi souligner une fois de plus combien le rail est intimement lié à la vie locale et régionale et nécessaire à son développement. Tandis que la route disperse, le rail rassemble.
- - - - -
(1) Lien vers les documents sonores :
(2) Lien vers les productions de la Compagnie Gérard Gérard concernant la ligne Béziers-Neussargues :
https://ciegerardgerard.fr/projet/aubrac-express/