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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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14 juillet 2025

En 2024, le combiné a sauvé l’année du fret ferroviaire en France

Le transport combiné est le gagnant du fret ferroviaire pour l’année 2024, tandis que stagne le transport conventionnel, indique le dernier rapport de l’Autorité de régulation des Transports (ART), une de ces nombreuses agences publiques qui se sont substituées aux services ministériels. Le trafic a pourtant été impacté par la longue interruption de la ligne franco-italienne de la Maurienne, laquelle, au demeurant, a de nouveau été interrompue fin juin pendant une semaine environ par des coulées de boues. Restent quelques initiatives qui montrent que l’année 2025 pourrait être elle aussi positive, d’autant que les grèves de la fin du printemps se sont soldées par des échecs.

 Bien qu’encore inférieur de 10 % par rapport aux niveaux de 2021 et 2022, le volume global de trafic ferroviaire de fret a atteint 32 milliards de tonnes-kilomètres (Tk) en 2024, en hausse de 10 % par rapport à 2023 mais en baisse de 10 % par rapport à 2021.

Les trains de combiné mieux remplis

 Ce regain est surtout le fait du transport combiné, en hausse de 20 % l’année dernière. Cette hausse s’explique par une augmentation de 3 % du nombre de trains-kilomètres, à 54 millions (mais en baisse de 10 % par rapport à 2021), et plus encore – signe d’une rentabilité croissante – par un bond de 7 % de la charge commerciale moyenne des trains, soit 600 tonnes par train. Ce dernier niveau rejoint la charge des années 2021 et 2022, après une charge moyenne qui avait baissé à 560 tonnes en 2023.

 Pour autant, souligne l’ART, le bilan 2024 du transport combiné reste légèrement inférieur à celui de 2022, soit 14,1 milliards de Tk contre 14,4 milliards de Tk.

Chantier de transport combiné rail-route. Le secteur a été le principal moteur du regain du fret ferroviaire en France en 2024. (Doc. Groupement national du transport combiné, GNTC)

 L’ART souligne le fait que  la fermeture de la principale liaison avec l’Italie, par la vallée de la Maurienne,  « effective de fin août 2023 à fin mars 2025, a continué de peser sur l’activité fret  tout au long de l’année 2024 ». Elle continuera de peser sur le premier trimestre 2025, avec de plus l’inertie commerciale induite par le passage à la route de nombreux chargeurs, dont le retour au rail prendra du temps.

 Au total, si de 2023 à 2024 le transport combiné passe de 11,7 à 14,1 milliards de Tk (mais après 14,4 en 2022), le transport conventionnel par wagon isolé, très faible après le démantèlement du début des années 2000 (fermeture de centaines de gares fret, suppressions d’embranchements particuliers), ne passe que de 7 à 7,1 milliards de Tk (après 8,3 en 2022), et le transport conventionnel par trains entiers regagne un peu plus, de 10,7 à 11 milliards de Tk (après 12,5 en 2022).

Hexafret en recul mais le groupe SNCF conserve Captrain et Naviland

 Le rapport de l’ART classe ensuite les entreprises ferroviaires selon leur part de marché sur l’ensemble du fret ferroviaire en France (les pourcentages sont arrondis).

 Hexafret, qui a succédé à l’activité trains conventionnels de Fret SNCF, voit sa part de marché reculer à 42 % en 2024 contre 48 % en 2023, 49 % en 2022 et 56 % en 2021. En quatre ans, la baisse est donc de 14 points. La perte de volume de Hexafret par rapport à Fret SNCF atteint même 23 % par rapport à 2022.

 Fret SNCF, société dissoute en raison de ses subventions jugées contraires aux traités européens par la Commission européenne, a dû céder par ailleurs ses trains complets à la concurrence, ce qui a été dénommé « plan de discontinuité ». Mais le groupe SNCF conserve sous sa main plusieurs filiales assurant ce type de transport.

 DB Cargo atteint 18 % de part de marché après 13 % en 2023 et 2022 et 12 % en 2021, soit une hausse de 6 points en quatre ans, largement explicable par la reprise de trains anciennement tractés par Fret SNCF.

Locomotive Vossloh Euro 4000 d'Europorte. La filiale de Getlink, qui assure aussi des travaux de voie, voit sa part de marché stable à 5 %. (Doc. Wikipedia/Ovedrive)

 Captrain (ex-VFLI), filiale du groupe SNCF  qui tracte des trains complets et trains « spot » en France (et recouvre l’activité fret de SNCF à l’étranger) reste à 13 % de parts de marché, stable par rapport à 2023, en très légère baisse par rapport à 2022 (14 %) mais en léger mieux par rapport à 2021 (12 %).

 Europorte France, filiale de Getlink (ex-Eurotunnel), connaît une parfaite stabilité en terme de parts de marché,  à 5 % depuis 2021 à la seule exception de 2023 (6 %).

 Naviland Cargo, autre filiale du groupe SNCF, spécialisée dans le transport combiné ce qui permet au groupe de conserver un pied dans ce domaine après le « plan de discontinuité », gagne un point de part de marché par rapport aux trois années précédentes, à 5 %.

 Lineas, d’origine belge, fait un bond de quelque 1,6 point, à 6 %, après 4 % en 2023 et 2022 et 3 % en 2021, grâce probablement à des reprises de combiné venant de Fret SNCF.

 On notera enfin la progression de la modeste entreprise américano-belge Regiorail, qui passe à 3 % de parts de marché après trois années à 2 %. Millet Rail affiche aussi une part de 3 % (+ 1,1 point), Combirail de 2 %.

Le transport ferroviaire conventionnel a connu en revanche une croissance très faible entre 2023 et 2024, et demeure très en deçà des niveaux observés en 2021 et 2022.

L’impact de la fermeture de la Maurienne puis des coulées de boue

 L’année 2025 restera pour partie impactée par la fermeture de la Maurienne jusqu’à fin mars puis par les coulées de boues et de rochers survenues lundi 30 juin. Si, après des interventions nuit et jour par les équipes de SNCF Réseau, le trafic voyageurs a pu reprendre samedi 5 juillet, les trains de fret n’a pu redevenir normal qu’à partir du vendredi 11 juillet après un rétablissement partiel, soit une interruption ou perturbation de près de deux semaines. La stabilité de la voie pour les convois lourds, de même que la faible fluidité du trafic durant la fin des travaux ont expliqué cette limitation.

Conséquence d'un violent orage survenu le 30 juin en haute Maurienne: les voies inondées de boue à l'approche de Modane. Les équipes du gestionnaire d'infrastructure ont réussi à dégager les voies en cinq jours en ayant oeuvré 24h/24. (Doc. SNCF Réseau)

Un violent orage avait provoqué une coulée de boue le lundi 30 juin, recouvrant les voies en gare de Modane ainsi qu'une crue historique d'un torrent de la vallée de la Maurienne. Le trafic  donc dû être suspendu entre les gares de Saint-Michel-Valloire et Modane, 

 En marge de l’assemblée générale du Comité pour la Transalpine, jeudi 3 juillet à Lyon, Marco Caposciutti, le président de Trenitalia France, s’est dit « préoccupé » après ce nouveau coup d’arrêt dû aux aléas climatiques, sur la seule voie ferrée transalpine reliant la France à l’Italie. Béatrice Leloup, directrice territoriale de SNCF Réseau pour Auvergne-Rhône-Alpes a indiqué qu’à Modane, c’est la crue du Charmaix qui a déversé boues et rochers sur le faisceau de voies de la gare « avec des dégâts significatifs sur les infrastructures ferroviaires », ajoutant « qu’aussitôt mobilisées, les équipes de SNCF Réseau ont travaillé toute la semaine, nuit et jour, pour permettre une reprise progressive du trafic » des équipes « dont l'engagement fait notre fierté ».

Millet Rail, FM Logistics deux exemples de dynamique du fret ferroviaire

Au chapitre des bonnes nouvelles et de dynamique du fret ferroviaire, il convient de souligner l’optimisme de Millet Rail, filiale de l’entreprise historique de wagons Millet SAS. Millet Rail développe une activité d’entreprise ferroviaire. Elle a repris en 2010 les transports ferroviaires d’agrégats jusque-là tractés par Colas Rail. Son activité de tractionnaire est principalement localisée dans l’Ouest, pour le transport ferroviaire de fret ou le service aux entreprises de travaux.

 Signe de sa confiance dans le rail, Millet Rail vient d’ajouter cinq locomotives diesel DE18 HVO du constructeur allemand, propriété du chinois CRRC Vossloh Rolling Stock, fonctionnant à l’huile végétale hydro-traitée à son parc de 21 locomotives en service. Ces nouvelles locomotives « seront affectées à des axes logistiques clés, afin d’optimiser les opérations de fret sur l’ensemble du territoire national », indique l’entreprise et leur maintenance sera assurée par l’ECE Millet, qui appartient au groupe. Elles pourront aussi être louées.

Nouvelles locomotives Vossloh flambant neuves acquises par Millet Rail. Le parc renforcé permettra autant la traction en  nom propre que la location. (Doc. Millet Rail)

 De son côté, l’entreprise lorraine FM Logistics, spécialisée dans la chaîne logistique et le stockage, se renforce dans le domaine du rail-route après avoir créé un département spécialisé pour ce type de missions. Elle a déjà lancé des caisses mobiles de 42 pieds sur trains entre Valenton et Avignon par les rames de Froidcombi qui opère les seuls trains en saut de nuit à la vitesse de 140 km/h.

 Le flux d’information « fret ferroviaire » sur linkedin.com explique : « FM se lancera dès septembre entre Lille et Avignon via la ligne T3M du même axe existant depuis de nombreuses années ». Mais l’entreprise veut aller plus loin : « Disposant d’un parc de 12 caisses mobiles loués auprès de Combipass, FM Logistic souhaite désormais se renforcer sur de nouveaux marchés et corridors afin de satisfaire les besoins de certains de ses clients notamment sur le transport en température dirigée entre Paris et Bordeaux ».

 Souhaitons à ce jour que le retour au rail des entreprises utilisant l’axe franco-italien puisse se concrétiser sans attendre la mise en service du tunnel de base du mont d’Ambin, d’ici huit ans.

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Commentaires
B
Au niveau de la Normandie, le service de conteneur de Britanny-Ferries (Cherbourg - Bayonne (via Mezidon - Tours)) a débuté enfin . Souhaitons un bon développement à ce nouveau service fret, qui a permis notamment la mise à niveau "conteneurs" de cet axe (Rouen/Cherbourg) Mezidon - Tours, un véritable "évite Ile De France" pour les convois fret, à prendre en considération pour les Normands...........voire peut-être même les Anglais.
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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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