Canalblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
Publicité
19 décembre 2024

Rail et stations balnéaires en Méditerranée – 3 : en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, de beaux atouts… mais de regrettables abandons

 Le profil topographique des côtes de Provence et du comté de Nice est très différent de celui de la côte d’Occitanie, très majoritairement plate et lagunaire. Presque uniment rocheuse à l’exception de la Camargue, la côte méditerranéenne de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA) se rapproche plus de la physionomie de celle de la Catalogne.

 Ces contraintes topographiques accompagnées par le souci d’une desserte des stations balnéaires porté par les gouvernements du Second Empire, permettent aujourd’hui à PACA de disposer d’une remarquable desserte ferroviaire de son littoral… à deux exceptions notables : la côte varoise des Maures, dont la ligne métrique a été supprimée après la Seconde Guerre mondiale contre toute logique ;  mais aussi la côte plate et la plaine palustre de Camargue, qui ont subi le même sort par suppression de leurs dessertes orthogonale à voie métriques.

Camargue : toutes les lignes ferrée supprimées, malgré les Saintes.- La côte de Camargue dispose de trois cités littorales en PACA (outre Le Grau-du-Roi en Occitanie) : Les Saintes-Maries de la Mer, le Salin-de-Giraud et Port-Saint-Louis du Rhône. On connaît l’attrait des Sainte-Maries-de-la-Mer pour les pélerinages massifs de gens du voyage, mais aussi pour son attrait touristique, nautique et patrimonial. De 1892 à 1953 cette cité, petite mais au vaste rayonnement, fut desservie par une ligne à voie métrique des Chemins de fer de Camargue, électrifiée de surcroît à partir de 1920. Elle était amorcée à la gare d’Arles Trinquetaille, sur la rive droite du Grand Rhône face à la cité antique. Il ne reste que la route.

Extrait de la carte des chemins de fer de Camargue, partie Bouches-du-Rhône. La gare d'Arles Trinquetaille était l'origine de lignes métriques vers le Gard, vers Les Saintes-Maries-de-la-Mer et vers le Salin-de-Giraud. Elle recevait en outre les trains de la ligne PLM/SNCF en provenance du Cailar et de Lunel. (Doc Wikipedia.)

 Le Salin-de-Giraud, subit le même sort après avoir été desservi par une autre ligne à voie métrique électrifiée depuis 1920 amorcée dans la même gare  d’Arles Trinquetaille et exploitée de 1892 à 1958. Cette ligne avait une importante fonction fret avec le transport du sel. La gare était toutefois assez éloignée du trait de côte, soit près de 2 km en contournant des bassins, sans grand intérêt balnéaire.

 Sur la rive gauche du Grand Rhône, Port-Saint-Louis-du-Rhône, face au Salin-de-Giraud, fut directement desservi depuis Arles par une ligne PLM puis SNCF à voie standard unique non électrifiée de 40,4 km amorcée à l’aval de la gare principale d’Arles. Cette ligne ouvrit en 1887 avant d’être fermée aux voyageurs dès 1932. Interrompue au km 30 par la construction du canal du Rhône à Fos au gabarit international, mis en service en 1984, son reliquat fut progressivement fermé au fret avant d’être, pour la partie sud, relié au faisceau industriel et portuaire de Fos-sur-Mer, sans desserte voyageurs.

 Comme Fos-sur-Mer voisine, Port-Saint-Louis-du-Rhône, commune créée en 1902 , fait désormais partie du vaste ensemble industriel et portuaire de l’ouest marseillais. Elle est toutefois réputée pour trois plages, dénommées Napoléon, Olga et Carteau.

Région marseillaise : l’atout ferroviaire valorisé.- Atour de Marseille, commune de seize arrondissements et 875.000 habitants, dont la surface est deux fois et demi celle de Paris, le rail contrairement à la Camargue dessert les côtes d’assez près. A l’ouest, avec la ligne de la Côte Bleue L’Estaque-Miramas par Port-de-Bouc, longue de 61 km et dont la fonction touristique est remarquable de l’Estaque à Martigues, avec desserte de Niolon, La redonne-Ensuès, Carry-le-Rouet, Sausset-les-PinsLa Couronne-Carro et la cité historique et industrielle de Martigues.

En gare de Marseille Saint-Charles, voies dédiées aux TER de proximité vers Aubagne, Toulon, Hyères... Entre Marseille et Aubagne, une troisième voie a été posée, permettant d'extraire les missions Saint-Charles-Aubagne des deux voies principales, par une exploitation en voie unique avec créneau de croisement à La Barasse. ©RDS 

 A l’est de Marseille, si les imposants massifs calcaires ne permettent pas de voies de communications majeures côté mer, la ligne Marseille-Vintimille retrouve la côte de Cassis (à 26 km de Marseille Saint-Charles après avoir desservi la vallée de l’Huveaune et Aubagne) jusqu’à Toulon. Bien que située en surplomb des cités côtières, exigeant une marche à pied parfois longue jusqu’aux rivages ou l’emprunt de bus urbains, cette ligne dessert Cassis, La Ciotat, Saint-Cyr-Les Lecques, Bandol, Ollioules. A La Ciotat, une ligne en antenne jusqu’au centre de la ville, électrifiée de 1935 à 1955, a été fermée aux voyageurs cette année-là et le fret supprimé en 1985 en raison de la crise des chantiers navals.

 Toutes ces gares balnéaires, à l’ouest comme à l’est de Marseille, sont desservies par des services TER cadencés : à l’heure sur la ligne de la Côte Bleue jusqu’à 20 h 22 au départ de Marseille ; environ à la demi-heure vers Toulon jusqu’à 21 h 36 en semaine au départ de Marseille (hors TER directs et TGV sans arrêts intermédiaires).

Région des Maures : la désolante suppression de Toulon-Saint-Raphaël.- La grande ligne Marseille-Vintimille s’écarte sur 92 km de la côte provençale à l’est de Toulon jusqu’à Saint-Raphaël, passant au nord du massif des Maures. Pour suppléer à l’absence de desserte ferroviaire au sud des Maures, une ligne a voie métrique reliant Toulon à Saint-Raphaël fut mis en service dans sa totalité en 1905. Longue de 110 km, elle desservait en particulier Carqueiranne, Hyères (en même temps qu’un tramway urbain et la ligne du réseau  PLM), La Londe, Bormes, Le Lavandou, Cavalière, Cavalaire, La Croix-Valmer, Gassin près du golfe de Saint-Tropez ( une antenne rejoignait Saint-Tropez), Saint-Maxime, Les Issambres, Saint-Aygulf, Fréjus et Saint-Raphaël.  Sa suppression en 1948 est probablement l’un des décisions anti-touristiques les plus absurdes du XXe siècle.

Carte de la ligne Toulon-Saint-Raphaël des chemins de fer Sud-France puis Chemins de fer de Provence. Ce considérable capital touristique est passé par profits et pertes. 

 Par ailleurs, le rétablissement à l’été 1994 d’un service régional sur l’antenne La Pauline-Hyères (10 km) à l’est de Toulon, par la région PACA, avec desserte cadencée à l’heure Hyères-Toulon-Marseille, n’a malheureusement pas été poursuivi sur les 8 km restant jusqu’à La Plage d’Hyères et les Salins d’Hyères. IL est question de récupérer cette emprise pour y installer un transport léger guidé vers l’aéroport de Toulon Hyères, en aval.

Côte d’Azur : le rail en force.- De Saint-Raphaël à Vintimille, la côte est remarquablement desservie par la ligne Marseille-Vintimille, atout majeur tant pour les cités balnéaires  que pour le chemin de fer. C’est la décision des gouvernements du Second Empire qui a permis le passage de la ligne, fort tourmenté, par la somptueuse côte de l’Estérel (et non par le nord de ce massif comme le fait l’autoroute et devrait le faire une ligne à grande vitesse). Elle dessert six stations intermédiaires parmi lesquelles  Anthéor-Cap-Roux et son magnifique viaduc en courbe.

 De Théoule-sur-Mer à Nice, la côte est plus basse et le rail dessert ce continuum urbain balnéaire incluant Cannes, Antibes, Cagnes-sur-Mer… tout en longeant la mer. Cette dernière cité sera desservie en outre par une future ligne de tramway au départ de Nice. On relèvera que des sections des lignes des Tramways de Nice et du Littoral desservirent la côte de Nice à Cagnes et Antibes. Les tramways de Cannes exploitèrent une ligne de Cannes à Antibes. Toutes ont disparu à partir de 1929.

 Enfin, de Nice à Vintimille, sur 35 km, la puissante contrainte topographique a imposé le passage du chemin de fer le long de la côte rocheuse, desservant la Principauté de Monaco et Menton. L’itinéraire est parmi les plus remarquables d’Europe malgré le transfert de la ligne en souterrain sur le territoire de l’Etat monégasque. Là encore, le chemin de fer constitue un atout-clé du tourisme régional, outre les considérables déplacements domicile-travail entre l’Italie, Monaco, la France.

Rame TER à deux niveaux financée par l'Etat de la Principauté de Monaco et à ses couleurs, en gare d'Antibes. L'extension du plateau de voies, en projet, est possible grâce à l'espace laissé par la disparition du fret local. ©RDS 

 On soulignera la forte fréquence des services TER, qui cumulent sur la section Cannes-Nice les services Saint-Raphaël-Menton, Cannes-Menton, Grasse-Vintimille pour atteindre une fréquence parfois proche des 10 mn en pointes… Un tour de force sur une ligne qui doit absorber en outre les trains à grande vitesse (désormais limités à Nice) et les services TER rapides Marseille-Nice, bientôt exploités et multipliés sous la bannière Transdev. On notera que le triplement envisagé de Cannes à Nice s’est finalement limité à la section la plus facile, d’Antibes à Cagnes. Le projet a finalement été télescopé par celui de la section nouvelle Nice-Aéroport – Cannes La Bocca, qui reste à préciser.

 In fine, la région PACA dispose d’une assez remarquable desserte ferroviaire de ses cités côtières, à l’exception hautement regrettable de la côte des Maures dans le Var, et des Saintes-Maries-de-la-Mer dans les Bouches-du-Rhône suite aux politique obtusément tourières des départements après la Seconde Guerre mondiale.

 Rejoignant la Catalogne, PACA contraste en cela avec la région Occitanie, il est vrai désavantagée par sa géographie de plaine et d’étangs. Provence-Alpes-Côte d’Azur gagnerait toutefois à augmenter ses fréquences et ses amplitudes sur les lignes côtières en place autour de Marseille. La traversée souterraine de Marseille, en projet, devrait y aider, de même que les autres sections de lignes nouvelles projetées sur le reste de la région, d’Aubagne à Toulon ou à l’ouest de Nice sous Sophia-Antipolis.

- - - - -

On pourra aussi lire nos deux précédents articles consacrés aux dessertes ferroviaires des cités littorales : sur la Catalogne (mis en ligne le 8 décembre) et l'Occitanie (mis en ligne le13 décembre).

Publicité
Commentaires
B
Les Maures : mais comment a t'on pu se permettre de sacrifier une telle ligne à un tel endroit touristique ? Et, comme par hasard, on envisage"un transport module" entre Hyères et l' aéroport de Toulon-Hyères (?) . On a un moustachu Dijonnais qui adore ce type de matériel pour les "petites lignes" de Bourgogne Franche-Comté ; petites lignes qu' il ne veut surtout pas entretenir !
Répondre
B
Région des Maures : de 1996 à 2012, et en 2018, je le suis rendu régulièrement en vacances aux Issambres (Fréjus en 2018) . Aux Issambres, j' avais l' habitude de me promener le long du tracé cotier, en évitant toutefois la route principale de bord de mer (trop de circulation routière !), ce qui m' amenait à prendre la grande rue.........DU TRAIN DES PIGNES (!), des Issambres à La Gaillarde (peu avant Saint Aygulf) . Aujourd' hui, je mesure clairement quelle liaison ferrée a disparu ! Des bus remplacent donc les trains et tramways qui auraient dû (dû !) circuler si les décisions de bon sens avaient été prises en 1948 ; des bus englués dans la circulation routière, dont 1/4 d' heure de retard est considéré comme etant "à l' heure" (cas en particulier de la liaison bus Saint Raphaël - Saint Tropez) . Voilà les conséquences de cette décision scandaleuse prise en 1948 ! Les noms des saboteurs corrrompus, qui ont osé faire "ça", devrait être publiés (!), ce secteur des Maures n' a pas fini de payer les conséquences de cette décision anti-touristique absurde du 20ème siecle !
U
Bonjour,<br /> Merci pour vos articles de qualité. Fidèle lecteur de Raildusud, j'appréciais également le site Transportrail. Savez-vous pourquoi ce dernier a disparu de Canalblog ?
Répondre
B
Soit disant "des problèmes de site", mais cela a ete tellement rapide que je n' ai même pas eu le temps de leur dire AU REVÔIR.<br /> <br /> Un detail, qui vaut ce qu' il vaut, mais cela coïncide avec les problèmes de ce site : dans les derniers articles, noys avons eu "des affrontements" avec certains habitués du site...........qui se sont révélés être des pro-Durovray (ou "petits fils Guillaumat") . Et si ceci expliquait cela ?
M
Cher lecteur,<br /> <br /> Je déplore avec vous cette disparition subite mais en ignore la raison. C'est d'autant plus regrettable que toutes les archives en sont devenues inaccessibles.<br /> <br /> Michel Léon, rédacteur.
Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
  • Le chemin de fer est indispensable à toutes nos villes et ne doit pas être l'apanage de la seule région-capitale. Les lignes transversales, régionales et interrégionales doivent contribuer à une France multipolaire, équitable au plan social et territorial.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Archives
Publicité
Newsletter
Publicité
Publicité