L'Est de Lyon se voit promettre une nouvelle jeunesse jusqu'à Crémieu
L’extension du réseau de tramways de Lyon vers l’Est, dans le département de l’Isère, pourrait connaître un nouveau départ avec la récente prise de position du vice-président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes en charge des Transports. Frédéric Aguilera a récemment déclaré : « Il y a quelques mois, la Région a adopté sa stratégie pour les mobilités du quotidien à horizon 2035. Ce projet (Est de Lyon, NDLR) s’inscrit pleinement dans celle-ci et constitue un élément du futur Service express régional métropolitain lyonnais (SERM). Il illustre notre ambition de répondre aux besoins de mobilité sans opposer les modes de transport et en veillant à assurer une intermodalité fluide. »
Le projet entre en phase d’études de faisabilité tandis que la concertation préalable « est envisagée en 2025 », selon la région qui a pour objectif « une déclaration d‘utilité publique et l’obtention de l’autorisation environnementale d’ici fin 2027, afin de pouvoir mener les travaux pour une mise en service prévue à l’horizon 2030 ».
Ce projet consistera à réactiver une nouvelle section du réseau disparu du Chemin de fer de l’Est de Lyon (CFEL), réseau long de 124 km et dont une première section de 13 km a été transformée en ligne de tramway à partir de 2006 entre La Part-Dieu et Meyzieu, pour les services de la T3 et de RhônExpress. Ce dernier poursuit jusqu’à l’aéroport Saint-Exupéry par une antenne propre apte à 100 km/h.
Fermé aux voyageurs dès 1947, des services d’autocars aujourd’hui insuffisants
Le CFEL fut mis en service à partir de 1881 sous l’autorité des départements du Rhône et de l’Isère. Il fut totalement fermé aux voyageurs dès 1947, dans la furie automobile de l’époque et le refus d’investissements de la part des autorités départementales acquises à l'industrie automobile, très présente dans cette région. Il fut progressivement fermé au fret de 1942 à 2003.
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Ancienne gare d'origine du réseau du Chemin de fer de l'Est de Lyon (CFEL), à la Part-Dieu, en contrebas de la ligne Lyon-Genève. Le site voit passer aujourd'hui les lignes T3 et Rhônexpress. (Carte postale ancienne)
Ce réseau irriguant la grande périphérie lyonnaise en plein développement, comportait une ligne principale reliant Lyon La Part-Dieu à Pont-de-Chéruy, Crémieu et Aoste, longue de 71,67 km. Il était complété par une antenne de Saint-Hilaire-de-Brens à Jallieu, en périphérie de Bourgoin, longue de 10,9 km (fermée dès 1942), et une antenne de Soleymieu à Montalieu, longue de 17,26 km, prolongée jusqu’à Sous-Amblagnieu sur 3,8 km. (1)
Frédéric Aguilera estime que sur cet axe entre le nord de l’Isère et Lyon, touché par une forte congestion routière « le développement du tramway Crémieu-Lyon par Meyzieu est stratégique aussi bien en matière d’attractivité économique pour les entreprises locales que de climat et de santé publique, en favorisant les mobilités collectives et durables pour tous et en améliorant la qualité de vie des habitants ».
Les deux intercommunalités traversées par le projet ont une population en hausse constante. La communauté de communes Les Balcons du Dauphiné, dont fait partie Crémieu, affiche 78.200 habitants. La communauté de communes Lyon Saint-Exupéry en Dauphiné, dont fait partie Pont-de-Chéruy, compte 29.600 habitants.
A ce jour, la seule alternative au transport individuel motorisé sur le 31,7 km séparant Crémieu de La Part-Dieu à Lyon, est le service des cars régionaux X04 reliant Crémieu à Meyzieu. Il offre 22 allers-retours quotidiens en semaine en 53 mn pour 20 km, mais seulement huit les samedis et quatre les dimanches et jours fériés. Il semblerait que l’autorité organisatrice oublie que le dimanche soir est une période de pointe, chargée en trafic estudiantin (on trouve la même défaillance sur l’antenne Saint-Etienne-Boën dans la Loire, privée de trains les samedis, dimanches et fêtes).
Rames en livrée rouge Rhônexpress et en livrée blanche T3 au départ de la station Part-Dieu. La première assure une relation quasiment directe jusqu'à l'aéroport, la seconde une relation omnibus jusqu'à Meyzieu. Avec un tramway express jusqu'à Crémieu, la section part-Dieu-Meyzieu serait à l'évidence plus difficile encore à gérer. Hypothèses: couplage Crémieu-Rhônexpress de Lyon à Meyzieu ou limitation des services à La Soie depuis Crémieu ? ©RDS
Cette solution de transport public se double d’une obligation de correspondance à Meyzieu avec le tramway T3 pour un parcours assuré en 28 mn. Le parcours total en transport public de Meyzieu à La Part-Dieu affiche donc, si l’on compte un temps de correspondance d’environ 10 mn entre X04 et T3, une moyenne de 1 h 30 mn. Il convient d’y ajouter l’éventuel temps de parcours interne à Lyon pour rejoindre un autre quartier, par métro, tramway ou autobus. Il apparaît ainsi évident que le transport public est actuellement inopérant pour ce type de relation longue de seulement 33 km de Crémieu à La Part-Dieu.
La région Auvergne-Rhône-Alpes porte le projet
La prolongation d’un service ferroviaire, probablement accéléré avec vitesse limite relevée à 100 km/h de type Rhônexpress, « est porté par la Région Auvergne-Rhône-Alpes », précise Frédéric Aguilera. De fait, il sort du territoire de la métropole du Grand Lyon et poursuit largement sur le département de l’Isère. Rappelons qu’historiquement la généralité du Dauphiné atteignait la rive gauche du Rhône dans Lyon, avant que progressivement Lyon, sous l’ancienne France, puis le département du Rhône à partir de 1790, grignotent du territoire vers l’est aux dépens du Dauphiné puis de l’Isère, l’un des trois départements issus du découpage de l’ancienne généralité du Dauphiné (Isère, Drôme et Hautes-Alpes).
Frédéric Aguilera semble optimiste en affirmant que ce futur tramway accéléré « empruntera l’ancienne ligne de chemin de fer de l’est lyonnais (CFEL) entre Crémieu et Meyzieu, puis l’infrastructure de tramway existante entre Meyzieu et Lyon ». Cette hypothèse permettrait de relier « en moins d’une heure Crémieu à Lyon, en passant par Meyzieu et en proposant une desserte toutes les 15 minutes en période de pointe, avec 6 nouvelles stations : Pusignan, Janneyrias, Charvieu-Chavagneux Petit Prince et Centre, Tignieu-Jameyzieu et Crémieu-Villemoirieu ».
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Carte synthétique de l'itinéraire d'une ligne de tramway express entre Crémieu et Lyon Part-Dieu (en vert) En rouge la ligne T3 et en trait fin rouge la ligne Rhônexpress (RX dans la nomenclature TCL-Sytral). La spécification des (rares) arrêts du Rhônexpress n'est pas mentionnée.
Le vice-président précise que ce projet partenarial, piloté par la Région Auvergne Rhône-Alpes, « se réalise avec l’appui des Départements de l’Isère et du Rhône qui mettent à disposition de la Région l’emprise du CFEL, mais également en collaboration avec l’État, SYTRAL Mobilités, la Métropole de Lyon et les communautés de communes pour répondre au mieux aux attentes locales ».
Entre Meyzieu et La Part-Dieu le partage de la double voie tramway, qui a remplacé l’ancienne voie unique du CFEL moyennant quelques acquisitions foncières, déjà délicat entre T3 omnibus et Rhônexpress semi-direct, serait singulièrement complexifié par l’adjonction d’une troisième mission tramway. Face à ce défi certains proposent « d’envisager un scénario avec limitation de la desserte de Crémieu à La Soie », permettant une correspondance avec le T3 et/ou le métro A ».
Cette hypothèse bancale ne résoudrait en rien le problème de la cohabitation entre trois missions de Meyzieu à La Soie, soit plus de la moitié de l'itinéraire Meyzieu-Part-Dieu, tout en imposant le handicap d’une correspondance. La correspondance imposée à La Soie handicaperait par ailleurs les parcours de Crémieu à Villeurbanne et les arrondissements de 'est de Lyon, Part-Dieu en tête. Son avantage serait de privilégier l'accès direct au centre de Lyon permis par le métro A, sans changement à Part-Dieu (et possiblement traversée de la gare généralement bondée), solution permise aussi au demeurant par une mission de tramway poursuivant jusqu'à Part-Dieu.
Des délais optimistes, la question de la surcharge de la section Parts-Dieu - Meyzieu
Nicolas Belchdolff, élu municipal d’une commune de l’Est lyonnais, doute quant à lui des délais annoncés : « En 2018 on promettait le tramway (jusqu’à Crémieu, NDLR) pour 2026, maintenant c’est 2030 au mieux alors que le département et les communes concernées n’ont pas la maîtrise foncière sur l’intégralité du tracé : s’il y a des recours contre les expropriations qui ne manqueront pas d’être nécessaires, cela risque de décaler un tantinet ce calendrier très optimiste… »
Plusieurs techniciens partagent cette objection et qualifient l’objectif d’une mise en service en 2030 « d’assez amitieuse ». Ils estiment qu'un bon service sur la ligne imposerait, outre la reconstruction de la section Meyzieu-Crémieu, des travaux d'optimisation des flux sur la section Lyon-Meyzieu. Demeure aussi la question du matériel roulant, dont il faudrait définir les caractéristiques, probablement assez proches de celui du Rhônexpress, construit par Stadler.
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En haut: Tableau horaire du réseau CFEL entre les deux guerres. (Doc. Chaix)
En bas: extrait de la carte nationale des réseaux ferrés français. On relève le fort maillage de cette partie de l'Est lyonnais. (Doc. RDS)
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La cohabitation sur la section commune Meyzieu-Lyon, dont la vitesse est limitée à 70 km/h, de missions T3 (rames Citadis Alstom limitées à 70 km/h), Rhônexpress (rames Stadler limitées à 100 km/h, vitesse atteinte sur leur seule section propre Meyzieu - Saint-Exupéry) et de futures rames « Crémieu », probablement aptes à 100 km/h sur leur section propre, pourrait être facilitée par une fusion des missions Rhônexpress et « Crémieu » sur le parcours Part-Dieu – Meyzieu.
A ce jour, les missions Rhônexpress sont toutes assurées par des rames en unité simple. Une coupe-accroche à Meyzieu imposerait un léger délai mais résoudrait la question de l'augmentation du nombre de circulations sur la section commune. L'autre contrepartie serait soit une augmentation des arrêts de Rhônexpress sur la section commune, soit une limitation de ceux des missions Crémieu. Cette dernière hypothèse permettrait néanmoins aux voyageurs à destination des stations intermédiaires non desservies de prendre une correspondance à Meyzieu avec le tramway T3.
Cette solution de fusion des deux missions (une fois résolue la question des règles tarifaires) pourrait être une réponse à l’inconvénient d’une correspondance obligatoire à La Soie, nonobstant les avantages présentés par le métro A explicités plus haut... avantages contrebalancés par le fait que cette ligne est notoirement surchargée et a toutes les chances de le rester.
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(1) Nos lecteurs pourront se reporter avec intérêt à cette page d'histoire, dont nous avons reproduit deux documents, par le lien suivant: