La Chambre régionale des Comptes épingle le manque de rames TER en Auvergne-Rhône-Alpes
Décidément les défaillances de la politique ferroviaire de la région Auvergne-Rhône-Alpes font parler d'elles en ce moment. Après l’étude de Raildusud sur le désengagement régional des investissements sur le réseau physique, avec trois neutralisations de lignes depuis une décennie, voici que la Chambre régionale des Comptes dresse un bilan sévère des (non)-choix en matière de matériel roulant TER.
Ce dossier n’est politiquement pas neutre. Avec ses 8,2 millions d’habitants répartis sur 12 départements, ses quatre métropoles (Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand) et ses 69.711 km2 soit la superficie de l’Irlande ou plus de deux fois celle de la Belgique, Auvergne-Rhône-Alpes est la première région industrielle de France. Or, de 2017 à 2023, soit sept ans, son service TER n’a pas vu croître son parc de rames, toujours fixe à 418 rames, déplore la Chambre régionale des Comptes (CRC).
Le service TER d’Auvergne-Rhône-Alpes transporte chaque jour quelque 220.000 voyageurs. Ses recettes commerciales ne représentent que 33 % de ses charges, soit un taux de couverture dans la moyenne nationale pour ce type de prestations. Or les TER Auvergne-Rhône-Alpes ont vu leur fréquentation croître de 20 % de 2019 à 2023 et de 6 % de 2022 à 2023.
« A contre-courant en terme d’offre », selon le président de la CRC
Si cette hausse reste modeste par rapport à d’autres régions (elle a été respectivement de 44 % et 20 % en Occitanie, de 20 % et 15 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur), le président de la CRC, Bernard Lejeune, n’en estime pas moins que « la région Auvergne-Rhône-Alpes est à contre-courant en terme d’offre qui n’a pas suivi la hausse de la fréquentation ». Il poursuit : « Le nombre de voyageurs (moyen) par train est passé de 90 en 2017 à 104 en 2023, ce qui explique que, sur les lignes les plus recherchées, l’inconfort et le taux de satisfaction très faible (53 %) des usagers ».
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Rame régionale TER à deux niveaux de seconde génération sur une mission omnibus Saint-André-le-Gaz - Grenoble, ici à son entrée en gare de Rives. Ces engins capacitaires accusent déjà leur âge et vont passer en grande révision générale avec rénovation de leurs équipements intérieurs, sièges, sols, etc... Mais le parc global des TER Auvergne-Rhône-Alpes n'augmentera que très lentement, au rythme des usines de production. ©RDS
Selon le rapport de la CRC, les TER d’Auvergne-Rhône-Alpes « ont une efficience inférieure à la moyenne nationale », plaçant la région en septième position sur onze réseaux TER. « A l’instant T, il manque 30 trains sur le réseau », estime Bernard Lejeune, dans des propos rapportés par le Dauphiné Libéré du 6 septembre. Il ajoute que la réserve de rames susceptibles de pallier à des défaillances de matériel roulant « n’est que de deux trains et demi alors qu’il en faudrait une douzaine pour y faire face ».
Anticipant la publication du rapport, la région a annoncé au mois de mars dernier un effort considérable à venir en matière de matériel roulant, amplifiant les achats de rames neuves Regio 2N qui équipent depuis deux ans en particulier la ligne Saint-Etienne Châteaucreux-Lyon Part-Dieu-Ambérieu. Le plan d’achat de nouvelles rames TER et d’entretien des rames existantes couvre la période 2024-2035. Durant cette décennie, ce budget se verra attribuer quelque 259 millions d’euros par an. Au total, 1,5 milliard d’euros seront dépensés dans la maintenance et la modernisation du parc et 1,5 autre milliard dans l’achat de nouveaux trains.
Une hausse considérable d’investissement en matériel roulant, mais qui reste à construire
Le budget dédié à l’achat de matériel roulant TER était de l’ordre de 132 M€ par an en Auvergne-Rhône-Alpes de 2016 à 2023, période couverte par la première mandature et l’amorce de la seconde mandature de la majorité de centre-droit et de la présidence de Laurent Wauquiez (LR). L’augmentation du plan à venir sera donc considérable, de 96 %. Le président de la CRC estime que ce plan « colle à peu près à nos analyses ».
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Rame réversible de sept voitures Corail avec BB22354 en pousse sur un TER à longue distance Valence-Ville-Annecy, vue au départ de la gare centrale de Grenoble. Ce matériel est bien adapté à ce parcours de 203 km, capacitaire et confortable, mais il accuse d'autant plus son âge que l'entretien de ses salles voyageurs est notoirement insuffisant. ©RDS
Pour autant la CRC estime que la carence en matériel roulant ne s’estompera que très progressivement : « Les années qui viennent vont être encore plus compliquées car, malgré les commandes, il faut cinq à sept ans » pour la livraison de rames neuves. Or, poursuit-elle, « Auvergne-Rhône-Alpes dispose d’un parc assez vieux », notant que « c’est même la seule région qui fera encore rouler des trains Corail » en service TER. Des rames Corail réversibles sont présentes en particulier sur le Sillon alpin (Annecy/Genève-Valence), ou sur Lyon-Chambéry… La région voisine Centre-Val de Loire remplace par exemple cette année ses dernières rames Corail par des Omneo Premium d’Alstom.
La CRC estime par ailleurs que les centres de maintenance relevant de la région sont insuffisants, les défaillances de matériel roulant affectant les lignes les plus fréquentées, en particulier Grenoble-Lyon avec des suppressions de trains. La CRC évalue à 400 millions d’euros sur dix ans le budget nécessaire à l’amélioration de la maintenance du parc des rames TER.
M. Pannekoucke veut traiter les inégalités territoriales
Elus député en juillet dernier, le président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, tout en demeurant conseiller régional, a laissé la place à Fabrice Pannekoucke, issu du même parti Les Républicains et élu président en assemblée plénière. M. Pannekoucke est élu de la Tarentaise (Savoie) et spécialiste des questions agricoles, touristiques et de montagne. M. Wauquiez est désormais « conseiller spécial » du nouveau président.
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Au menu du nouveau président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, le dossier de l'interruption de la ligne reliant les deux métropoles de Clermont-Ferrand et Saint-Etienne, fortement contesté par les associations et élus du territoire. Sur cette photo, un XGC garé dans l'arrière-gare de Boën avant son retour vers Saint-Etienne illustre la dégradation du maillage ferroviaire à l'ouest de la nouvelle grande région. Non seulement la voie directe vers Clermont-Ferrand est envahie par la végétation, mais l'embranchement particulier de l'usine de roulements à bille (à d.) est abandonné. ©RDS
M. Pannekoucke se fait fort, entre autres, de rééquilibrer les inégalités territoriales, particulièrement flagrantes en dans cette région qui réunit un Massif central délaissé et des métropoles très actives. En matière d’inégalités ferroviaires, le nouveau président aura fort à faire, en particulier entre la partie auvergnate et bourbonnaise d'une part, la partie rhodanienne et alpine de l'autre.
En Auvergne-Rhône-Alpes comme dans de nombreuses autres régions françaises, la fracture territoriale s'accompagne d'une fracture ferroviaire criante. L'une nourrit l'autre, dans un interminable cercle vicieux.