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Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
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9 septembre 2024

Eauze, 4.000 habitants, au centre du désert ferroviaire du Sud-Ouest,  abandonnée par le transport public

 Dans le département du Gers, la cité d’Eauze est emblématique de l’abandon du service public ferroviaire dans le grand triangle du Sud-Ouest français, entre les lignes Toulouse-Bordeaux, Bordeaux-Bayonne et Toulouse-Bayonne. Songeons que sur  ce vaste territoire qui  représente une surface équivalente à celle de trois département, le Gers en son centre (200.000 habitants),  ne demeurent plus du maillage originel que deux sections ouvertes au service voyageurs.  Jadis gare d’embranchement dans le Gers, Eauze, dont le bâtiment voyageurs a été inaugurée en 1888 par la Compagnie du Midi, privée de trains, n’est plus desservie que par une offre très limitée d’autocars.

 Les seules dessertes ferroviaires voyageurs de ce grand triangle du Sud-Ouest se résument à deux. La première est Morcenx-Mont-de-Marsan (38,5 km) reliquat de l’ancienne ligne Morcenx-Tarbes-Bagnères-de-Bigorre (158,9 km), en voie de réhabilitation pour le fret de Mont-de-Marsan à Aire-sur-l’Adour (32 km) sur l’initiative de la région Nouvelle-Aquitaine. La section Morcenx-Mont-de-Marsan est desservie par 12 TER Nouvelle-Aquitaine en jour de semaine, parmi  lesquels  7 origine Bordeaux Saint-Jean. La seconde est Toulouse-Auch (83,21 km depuis Toulouse Saint-Agne), desservie en semaine de bout en bout par 12 TER Occitanie origine Toulouse Matabiau.

Ligne d’autocars LiO n°952 desservant Eauze, 3 allers-retours/jour sans correspondance ferroviaire

 Plus aucune ligne ferroviaire ne traverse le Gers de part en part nord-sud ou est-ouest, reliant entre elles des gares des trois grands axes du triangle susmentionné et desservant les localités intermédiaires. Ne subsistent que des lignes d’autocars régionaux aux fréquences généralement squelettiques.

 La cité d’Eauze, dont nous traitons dans cet article, est desservie par  la ligne LiO n°952 Nogaro-Condom, deux localités elles aussi privées de trains, n’offrant ainsi que d’éventuelles correspondances avec d’autres lignes d’autocars vers des gares ferroviaires des lignes encadrantes. Cette ligne 952 ne propose que trois allers-retours du lundi au vendredi et un seul les samedis, dimanches et fêtes.

Fiche horaire bus LiO, région Occitanie, de la ligne 952 à l'ouest du Gers, qui dessert Eauze trois fois par jour seulement dans chaque sens, et une seule fois en fin de semaine.

 Eauze est emblématique de la relégation territoriale en matière de transport public. Cette cité compte aujourd’hui 4.000 habitants, un chiffre stable depuis des décennies,  et fait partie de la communauté de communes du Grand Armagnac, qui compte 25 municipalités et quelque 13.400 habitants.

Eauze, ancienne gare d’embranchements de deux lignes diamétrales dont une inachevé

 La cité d’Eauze compte une gare qui ne voit plus passer de trains depuis le milieu du siècle dernier. Elle fut desservie :

- par la ligne Eauze-Auch, tardivement mise en service par la Compagnie du Midi en juin 1924 et dont le service voyageur fut supprimé dès  mai 1939 par la jeune SNCF, le service marchandises disparaissant en juin 1952. Longue de 56,5 km, elle fut déclassée dès novembre 1954. Elle devait être poursuivie vers l’ouest (Gabarret), mais n’a jamais été achevée.

- par la ligne de Port-Sainte-Marie (sur la ligne Bordeaux-Toulouse à 20 km à l’est d’Agen), à Riscle sur la ligne Morcenx-Tarbes Bagnères-de-Bigorre, fermée aux voyageurs depuis 1970 entre Mont-de-Marsan, Tarbes et Bagnères-de-Bigorre. Cette ligne Port-Sainte-Marie-Riscle, longue de 114,95 km, fut mise en service par la Compagnie du Midi en 1893. Elle était embranchée à Eauze, gare de correspondance, avec la ligne Eauze-Auch. Elle fut fermée au service voyageurs en septembre 1962, aux marchandises progressivement de 1971 à 2009. Ses sections furent déclassées, retranchées ou fermées de 1975 à 2022. Ne demeurent plus dans le Réseau ferré national, sous statut de sections neutralisées, que Port-Sainte-Marie – Condom au nord, et Eauze-Riscle au sud.

 On notera que le maillage de cette vaste région devait être complété par une section reliant Gabarret à Eauze (20 km), de la ligne reliant Langon à Gabarret (79 km), tardivement achevée n 1923. Si la plate-forme Gabarret-Eauze fut réalisée, les voies et la signalisation ne furent jamais posées. Cette courte section eût pourtant bouclé un long itinéraire ferroviaire desservant tout le cœur de la Gascogne depuis Toulouse jusqu’à Bordeaux, via Auch, Eauze, Gabarret, Bourriot-Bergonce, Bazas… Eauze aurait pu devenir une gare au centre d’une étoile ferroviaire à quatre branches, d’un important intérêt régional.

Extrait de la carte générale des chemins de fer en France datée des années 1932-1933. La maillage du Sud-Ouest gascon est dense, quoique privé de l'ultime section de Gabarret à Eauze, qui lui eût offert un itinéraire technique alternatif à la ligne de la Garonne... et surtout optimisé les dessertes régionales en multipliant les origines-destinations possibles. (Doc. RDS)

 Il est savoureux de relever que la commune de Bernos-Beaulac (Gironde), qu’elle desservait, a été choisie pour être au cœur de la jonction des trois antennes des futures lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse-Dax (327km). La halte TGV Sud-Gironde qui pourrait être desservie par des trains à grande vitesse régionaux sera établie à proximité côté sud, sur la branche Dax. Mais vu l’éloignement et les restrictions d’accès à la grande vitesse, le maillage des petites agglomérations du cœur du Sud-Ouest en sera-t-il amélioré, nonobstant les probables créations de lignes d’autocars ?

En 1937, Eauze connaissait vingt-deux arrivées ou départs de trains chaque jour

A l’horaire voyageurs 1937, Eauze était desservie depuis Auch par  trois trains omnibus qui donnaient à Castéra-Verduzan, à 13 km d’Auch, correspondances vers Condom par une ligne embranchée, et retours. S’ajoutaient à ces trois services un service partiel Castéra-Verduzan-Eauze les jeudis jours de marché. Les correspondances à Auch depuis Toulouse étaient possibles avec deux des services Auch-Eauze.

 Eauze voyait passer par ailleurs chaque jours trois trains depuis Port-Sainte-Marie vers Riscle, dont un amorcé à Agen. S’y ajoutait un « marchandises-voyageurs » depuis Condom jusqu’à Riscle. Au nord de cette ligne, circulaient aussi  deux services partiels, par autorails, de Port-Sainte-Marie à Condom (40 km), et un autre de Port-Sainte-Marie à  Nérac (19 km).

Vue de la gare d'Eauze au tournant des XIXe et XXe siècle. La ligne vers Auch et au-delà vers Toulouse n'était pas encore en service (elle ne fut inaugure qu'en 1924 par le Compagnie du Midi), d'où la modestie des installations. (Carte postale ancienne)

 Le tableau horaire de la gare d’Eauze affichait donc en 1937 chaque jour : 3 arrivées depuis Auch, 3 départs vers Auch (plus une arrivée et un départ Castéra-Verduzan les jeudis) ;  3 arrivées depuis Ports-Saint-Marie (dont une Agen) et 3 départs vers Port-Sainte-Marie (dont un Agen), 1 arrivée depuis Condom et 1 départ vers Condom, 4 arrivées depuis Riscle et 4 départs vers Riscle. Sans être d’une grande intensité, le nombre total d’arrivées et départs voyageurs additionnés s’établissait tout de même à 22 par jour, 24 les jeudis. Il convient bien sûr d’y ajouter l’activité marchandises dont témoignent les installations subsistantes auxquelles se sont ajoutées un important silo.

Extraits de l'indicateur Chaix de 1937, au chapitre des réseaux PO-Midi, les deux tableaux horaires concernant la gare d'Eauze : celui de la relation Toulouse-Auch-Eauze/Condom (n°922) et celui de la relation Port-Sainte-Marie - Riscle (n°923). A comparer avec la fiche horaire des autocars reproduite en début de texte...

La gare voyageurs est devenue un musée, la halle marchandise cédée à une entreprise

 On saisit le contraste entre l‘offre ferroviaire des dernières années du service voyageurs – 1937 – et l’offre squelettique des autocars régionaux actuels, auxquels s’ajoutent quelques navettes locales. De quoi susciter quelque mécontentement et quelques initiatives en faveur de la relance de ces lignes, comme en témoigne le site "railgascogne.canablog.com".

Vue des installations actuelles de feue la gare d'Eauze. On notera que le faisceau de voies avait pris de l'ampleur depuis l'ouverture de la ligne vers Auch. Mais en ce début de XXIe siècle, le temps est loin des 24 arrivées ou départs quotidiens de trains de voyageurs fins de semaines compris... sans compter l'important trafic fret de cette région agricole et de l'industrie du bois. Il n'en reste rien. (Doc.: railgascogne.canalblog.com)

 Le bâtiment voyageurs de la gare d’Eauze, désaffecté, a été repris par un centre d’interprétation, baptisé « Elusa capitale antique ». Elusa fut une colonie romaine fondée au Ier siècle après Jésus-Christ, devenue métropole romaine deux siècles plus tard et capitale administrative de l’Aquitaine, dénommée Eauze par la suite.

 L’ancienne halle marchandises a été reprise par une entreprise privée. L’activité économique d’Eauze est marquée par la présence de Jeld-Wen France, fabricant de  charpentes et autres menuiseries,  qui  employait en 2022 quelque 357 personnes.

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Commentaires
M
J'ai récemment séjourné en Charente. Là aussi, sans être comparable à la Gascogne, l'insuffisance est criante. Si la ligne Angoulême-Saintes-Royan est active (fermera-t-elle si un clone local de Wauquiez est élu aux prochaines régionales?), celle de Limoges à Angoulême a définitivement fermé sur ses 2/3 charentais. La desserte TER de la radiale Bordeaux-Paris, épine dorsale du département pourtant à grande capacité, est très insuffisante. Trafic TER moyen sur Angoulême-Poitiers, pas de trains diamétraux Poitiers-Bordeaux, bérézina Angoulême-Bordeaux avec 2 AR le matin, 2,5 le soir (3 Angoulême-Bordeaux, 2 Bordeaux-Angoulême), rien en mi-journée, un comble pour une ligne majeure !! C'est plus commode de rejeter les usagers sur le TGV 2 à 3 fois plus cher pour ces 135 km en négligeant les villes intermédiaires, joli coup financier sur leur dos. La desserte autocar vers Confolens et le nord-est du département est squelettique. Là aussi, une volonté politique s'impose.
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B
Et bientôt la même chosf pour l' Ardèche ?
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T
Comment peut-on revitaliser ce genre de villes si elles ne sont pas desservies correctement ? On voit ici le génie de nos technocrates...
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D
Avec l'abandon du trafic de bois par la SNCF, il est évident qu'un certain nombre de lignes de chemin de fer de la région qui n'avaient guère de voyageurs à transporter pertent une grande partie de leur intérêt pour le fret. Côté céréales, il y a des silos quasiment à chaque gare, mais là c'est l'absence d'entretien qui a conduit à l'abandon progressif du trafic. Dans le paysage, il est extrêmement dommage que la ligne de Mont de Marsan à Tarbes n'ait pas été maintenue, avec une desserte mixte TER et fret (vu le tracé dans la vallée de l'Adour, on pourrait pratiquer des VL intéresantes pour une desserte cadencée desservant les bourgs principaux (Grenade, Cazère, Aire, Riscles, Maubourguet et Vic en Bigorre). en outre cela permettrait de doubler la ligne du piémont pyrénéen avec un itinéraire à profil plus facile que par la rampe de Capvern.
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S
Tout à fait d'accord en ce qui concerne[Morcenx-]Mont de Marsan-Tarbes[-Bagnères]. Toutefois, cette ligne ne constitue pas un évitement de la rampe de Capvern, étant située à l'ouest de cette dernière. Riscle ne prend pas de s à la fin. Merci quand même de vos interventions toujours pertinentes et souvent pointues sur le plan technique.
Raildusud : l'observateur ferroviaire du grand Sud-Est
  • Le chemin de fer est indispensable à toutes nos villes et ne doit pas être l'apanage de la seule région-capitale. Les lignes transversales, régionales et interrégionales doivent contribuer à une France multipolaire, équitable au plan social et territorial.
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