Boën-Thiers : face à SNCF Réseau et au lâchage d’Auvergne-Rhône-Alpes, ils font annuler le goudronnage de passages à niveau
Les associations de citoyens et élus regroupés dans le collectif Letrain634269 ont obtenu une victoire symbolique importante face à la politique d’abandon de la section centrale de la ligne Saint-Etienne-Clermont-Ferrand par l’Etat et le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, en forçant SNCF Réseau à renoncer, sur deux passages à niveau, à un goudronnage après démontage de la voie ferrée.

Site du passage-à-niveau sur lequel SNCF Réseau entendait déposer la voie pour assurer un meilleur roulement au trafic routier. (Doc. Letrain634269)
Lundi 15 juillet, SNCF Réseau, gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire entre Boën et Thiers devait « sécuriser » en « urgence » deux passages à niveau dans le département de la Loire, en particulier celui franchi à Leigneux, à proximité de Boën, par la route départementale menant à Chalmazel et aux cols du Béal et de la Loge, passages d’altitude vers le Puy-de-Dôme.
Elus, entrepreneurs et citoyens
Le collectif insiste sur le fait que cette section de ligne n’étant pas juridiquement fermée et retirée du réseau ferré national, la dépose de la voie et illégale : « Aussitôt nous nous nous sommes mobilisés avec des élus, entrepreneurs et citoyens pour dénoncer l'absence de concertation préalable avec les acteurs économiques locaux mais également pour rappeler à SNCF Réseau que cette manière de procéder était illégale ». Ce dernier mot étant souligné.
/image%2F1336994%2F20240722%2Fob_1ea57d_img-20240527-151658.jpg)
Si SNCF Réseau a reculé pour le passage à niveau de Leigneux et un autre en juillet , la société d'Etat est allé jusqu'au bout dans un passé récent pour celui de L'Hôpital-sous-Rochefort, à quelques kilomètres de Leigneux. On distingue à l'arrière-plan l'empilement de coupons de voie extraits du passage à niveau. ©RDS
« En effet, poursuivent les défenseurs d’une réouverture de cette ligne, une décision rendue par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Lyon en date du 21 septembre 2023 constate l'illégalité du goudronnage des passages à niveau sur une ligne non déclassée et non fermée ». Pour autant, SNCF Réseau ne s’était récemment pas privé de déposer des coupons de voie pour déjà les remplacer par des revêtements routiers, en particulier à hauteur de L’Hôpital-sous-Rochefort, à quelques kilomètres de Leigneux en direction de Clermont-Ferrand.
La mobilisation préalable avait été importante. « En quelques heures une pétition a recueilli plus de 2 000 signatures pour s'indigner de cette méthode employée par SNCF Réseau depuis de nombreuses années », relève Letrain634269. Lors de la conférence de presse organisée le jour même à Leigneux par ce collectif, les militants ont souligné « que c'était la première fois qu'une association faisait reculer le gestionnaire de l'infrastructure face à ces pratiques que certains considèrent comme du sabotage ».
Déjà en 2020, une tentative avait fait long feu sous la pression des militants et élus
Déjà en 2020, SNCF Réseau avait tenté de réaliser plusieurs travaux illégaux de ce type mais avait dû renoncer sous la pression des élus et citoyens engagés au service de l'intérêt général. Elle les a réalisés en revanche depuis à L’Hôpital-sous-Rochefort.
En 2020, les travaux n'avaient pas eu le temps de commencer. Plusieurs élus locaux en tête, dont le maire de Noirétable Denis Tamain, une délégation avait convaincu les agents de SNCF Réseau de ranger leurs outils et de ne pas couper les rails du passage à niveau numéro 56.
A cette négociation, rapide, sur place s'était ajoutée une action des parlementaires de la région. Julien Borowczyk, alors député LREM de la Loire, avait contacté la direction régionale de la SNCF et André Chassaigne (PCF), député du Puy-de-Dôme récemment réélu et président du groupe GDR à l'Assemblée nationale, s'était approché de Jean-Pierre Farandou, président de la SNCF et avait adressé une question au gouvernement au ministre délégué aux Transports de l’époque, l’aviateur Jean-Baptiste Djebbari.
/image%2F1336994%2F20240722%2Fob_68fc13_boen-thiers-pn-1.jpg)
A proximité du site d'un passage à niveau destiné à être goudronné, en 2020: les agents de SNCF Réseau face aux élus avaient accepté de céder.
SNCF Réseau avait expliqué que les travaux de dépose de coupons de voie et de recouvrement d’enrobés aux passages à niveau n'empêchaient pas un retour éventuel des trains puisque la rénovation éventuelle de la section neutralisée Boën-Thiers nécessiterait une reprise complète de la superstructure. Cette opération consisterait à ôter les rails et leurs traverses (hors d’âge), le ballast, pollué par une végétation envahissante, et à reconstituer les passages à niveau avec du matériel moderne.
Le gestionnaire d’infrastructure se justifiait en ajoutant qu’il s’agissait, au moins provisoirement, de « mettre en sécurité ces passages pour faciliter la circulation des voitures et cyclistes », le platelage en bois, en mauvais état, présentant selon elle un risque.
Face au lâchage par le conseil régional présidé par Laurent Wauquiez (LR) des lignes neutralisées
Mais pour le collectif ferroviaire, hors de question de laisser continuer à enlever le moindre rail. L’action est triple : symbolique, politique et juridique.
- Symbolique puisqu’elle occupe l’espace médiatique en défendant la continuité ferroviaire et en soulignant l’importance du combat pour sa réouverture ;
- Politique puisqu’elle renvoie l’opinion au lâchage délibéré, par le conseil régional présidé jusqu’à présent par Laurent Wauquiez (LR), de la totalité des sections de lignes récemment soit neutralisées (Laqueuille-Ussel, Boën-Thiers, Oyonnax-Saint-Claude) soit juridiquement fermées (Moulins-Commentry…) dans cette région. Dans le cas précis de Saint-Etienne-Clermont-Ferrand ce lâchage est d’autant plus criant que ce même conseil régional a préparé un plan d’allotissement en vue du passage d’appel d’offres pour de prochaines conventions, qui attribue Thiers-Clermont-Ferrand à un lot différent de celui auquel est attribué Boën-Saint-Etienne.
/image%2F1336994%2F20240722%2Fob_d1b30a_img-20240527-151927.jpg)
Au droit de l'Hôpital-sous-Rochefort côté Saint-Laurent-Rochefort, la voie longe une entreprise utilisant des matériaux lourds. Tout ne peux passer que par la route. ©RDS
- Juridique enfin puisque la loi interdit d’interrompre la continuité des rails sur une ligne neutralisée mais maintenue dans le réseau ferré national. Le collectif insiste sur le fait que cette réglementation ne permet pas au gestionnaire d’infrastructure – et donc à l’Etat propriétaire du réseau - d'interrompre la ligne même de quelques mètres, ce qu’il s’apprêtait à faire de nouveau (et qu’il a déjà accompli sur au moins un site, mentionné plus haut).
Conséquences dramatiques pour le service public de transport collectif
Raildusud a plusieurs fois souligné les conséquences dramatiques pour le transport public local et régional de la neutralisation de la section Boën-Thiers, longue d’un peu plus de 47 km. Les trajets directs entre les deux métropoles d’extrémités, Saint-Etienne et Clermont-Ferrand, sont assurés deux fois par jour sans arrêts intermédiaires par autocars avec un temps de parcours équivalant à celui des meilleurs trains qui pourtant desservaient naguère plusieurs gares intermédiaires. S’y ajoute une rotation de bout en bout avec desserte fine au temps de parcours dissuasif : en à peine moins de 3 heures, soit une vitesse commerciale d’environ 50 km/h… celle d’un cyclomoteur.
/image%2F1336994%2F20240722%2Fob_397a4f_boen-thier-frequentation-annuelle-de.jpg)
Illustration manifeste de l'abandon de la continuité ferroviaire et la dispersion des services entre route et moignons de rails: l'involution des fréquentation de deux gares devenues terminus pour les trains. (Doc. Letrain634269)
A cela s’ajoute une kyrielle de circulations autocars TER ou à statut départemental couvrant tout ou partie de la section neutralisée ou doublant les circulations ferroviaires maintenues aux extrémités. De quoi constituer, pour une ligne n'affichant que 150 km de bout en bout, une fiche horaire parmi les plus surréalistes de France puisqu’elle comporte quelque 55 colonnes dans le sens Saint-Etienne-Clermont-Ferrand (et 50 dans l’autre sens). Et cela sans compter les services départementaux qui doublent plus ou moins l’itinéraire. Il s’agit à ce point d’un véritable suicide du service public de transport collectif.
Olivier Chambon, maire de Celles-sur-Durolle dans le Puy de Dôme soulignait voici deux ans : « Aujourd'hui faire Clermont-Saint-Etienne, c'est Koh Lanta. On prend le train, on descend du train, on prend le bus, on descend du bus et on reprend le train. Il n'y a aucune logique ». Une constatation que les deux allers-retours routiers quotidiens express ne démentent pas : ils ne desservent aucune agglomération intermédiaire.