Le port de Sète-Frontignan, qui connaît un important trafic fret avec la Turquie, développe son équipement mer-fer avec une nouvelle plateforme ferroviaire de six hectares qui devrait permettre de basculer annuellement les chargements de quelque  40.000 poids-lourds sur le rail. L’implantation de l’armateur danois DFDS, qui fait de Sète-Frontignan sa base française en Méditerranée, est un atout de poids.

  La nouvelle plateforme de Sète-Frontignan, qui est propriété de la région Occitanie, a été inaugurée le 24 mars dernier par Jean-Luc Gibelin, vice-président de la région, Jean-Claude-Gayssot, président du port de Sète-Frontignan. D’une surface de six hectares elle offre trois voies de chargement et a été livrée en octobre 2021. Elle servira d’amorce des futures autoroutes ferroviaires au départ de Sète, soutenues par le gouvernement français. Suite à appel d’offre, elle sera gérée par VIIA, filiale du groupe SNCF, spécialisée dans le transport par train de remorques routières.

VIIA charge ses remorques routières sur wagon Modalohr

 VIIA effectuera le chargement des remorques routières sur des wagons Modalohr, dont la caractéristique est de disposer de berceaux pivotants qui permettent un chargement rapide par simple recul de l’ensemble routier sur quelques mètres. Pour adapter la superstructure à ces véhicules ferroviaires, la filiale de la SNCF s’apprête à investir 8 millions d’euros. Cette somme s’ajoutera aux travaux de génie civil et ferroviaire qui se sont élevés à 9,4 M€ : 5,7 M€ apportés par la région Occitanie au titre des voies ferrées, appareils de voie et signalisation ; 3,7 M€ apportés par le port de Sète-Frontignan pour l’aménagement de l’espace. Deux dotations d’Etat (DSIL, 0,725 M€) et européenne (Feder, 5,14 M€) ont bouclé le financement.

Extait de la carte du réseau ferré national. Les rames multimodales amorcées au port de Sète-Frontignan vers l'axe rhodanien bénéficient, depuis la mise en service du Contournement de Nîmes et Montpellier, de la forte capacité du doublet de lignes sur la section comprise en Lattes et Jonquières (vers Tarascon puis Marseille ou Lyon) ou Saint-Gervasy (vers la rive droite du Rhône ou Nîmes). Subsiste un goulot d'étranglement de 20km entre Sète et Lattes qui ne sera résorbé qu'avec la mise en service de la ligne nouvelle mixte fret-TGV entre Lattes et Béziers. La LNMP permettra en effet d'absorber les trains de fret en transit, libérant autant de sillons entre Sète et Lattes. (Carte SNCF Réseau)

 Les nouveaux services annoncés par VIIA au départ de cette nouvelle plateforme relieront Sète à Calais, Bettembourg et Gennevilliers. Chaque train transportera jusqu’à 42 caisses, chargées principalement dans un premier temps de pièces détachées pour les constructeurs automobiles d’outre-Manche. Ils s’ajouteront aux autoroutes ferroviaires vers l’Allemagne reliant Sète à Cologne et bientôt Kaldenkirchen à la frontière néerlandaise, assurées par la société allemande Cargobeamer et tractées, sur ce service, par Europorte.

 Cargobeamer utilise soit le chargement des remorques ou caisses mobiles par préhension, soit par une technique d’embarquement des remorques de poids-lourds sensiblement différente de celle de Modalohr. Cette dernière utilise des berceaux glissant latéralement, parallèlement au châssis du wagon, ce qui permet à l’ensemble routier de déposer sa remorque sans recul. En revanche le tracteur doit rouler sur le berceau glissant avant de s’immobiliser à l’avant et détacher sa remorque.

Le rôle de l’armateur et logisticien danois DFDS

 Cette nouvelle plateforme s’inscrit dans l’extension de l’espace commercial de l’armateur et logisticien DFDS, arrivé à Sète en 2019. Jusqu’ici spécialisé dans les relations par navires rouliers (transportant des véhicules) en mer du Nord, en mer baltique et sur Calais en Manche, ce groupe danois fondé en 1866 opère neuf liaisons passagers-fret et treize liaison purement fret en Europe du nord. Il n’opérait jusqu’à présent en Méditerranée que sur la relation Marseille-Tunis.

 Le rachat en 2017 pour 950 millions d’euros par DFDS de UN-RoRo, n°1 du trafic roulier avec la Turquie, lui a permis d’acquérir une capacité annuelle supplémentaire de 300.000 remorques et de lancer sa liaison Sète-Yalova en Turquie. Ce rachat a également permis à de nouveaux clients transporteurs de s’implanter sur le port de Sète tels que Mars, Ares, Orkun ou encore VIP, explique DFDS. Ils s’ajoutent au chargeur turc Ekol qui réserve déjà les trois-quarts des rames ferroviaires de 42 unités.

IMG_20210716_170614458_HDRRame multimodale (à g.) en attente à Montpellier Saint-Roch. Malgré la présence du Contournement de Nîmes et Montpellier, mixte fret-TGV, des circulations fret de ce type continuent d'emprunter la ligne classique. ©RDS 

 DFDS assure trois allers-retours hebdomadaires entre Yalova, en Turquie, et Sète-Frontignan en France, qui ont acheminés quelque 80.000 conteneurs ou remorques routières en 2021.  Ses navires affichent une capacité de plus de 300 unités. Plus 50 % des échanges Turquie-Europe, en croissance régulière, se font par voie maritime, concernant pièces automobiles, textile ou encore ciments par vraquiers. Etablir une connexion mer-fer pour desservir le nord de l’Europe occidentale constitue donc un enjeu majeur pour DFDS. Le rail permet à la fois des économies d’énergie, une massification des flux et une réduction des délais d’acheminement.

Passer de 15 % à 25 % de l’acheminement terrestre par rail

 Le port de Sète-Frontignan, qui assure actuellement 15 % de ses acheminements terrestre par train, ambitionne de porter cette part modale ferroviaire à 25 % dans les trois ans. Il a accompagné la nouvelle plateforme d’équipements de soutien, tels l’accueil des chauffeurs routiers en transit, l’aménagement d’aires de stationnement, la digitalisation des flux de marchandise par la plateforme informatique CI5, les zones d’entreposage.

port-de-seteVue de la partie sétoise du port de Sète et Frontignan. La nouvelle plateforme destinée aux autoroutes ferroviaires se situe sur l'ancien faisceau "Sète PLM", qui jouxtait le port. Sète était la gare de jonction entre les compagnies PLM et Midi. 

Propriété de la région Occitanie depuis 2007, le port est exploité par une régie déléguée, l’établissement Port de Sète Sud de France. Les infrastructures multimodales, dans un environnement à taille humaine, constituent l’un de ses avantages comparatifs. Car il convient d’ajouter à la route, au rail et au maritime la voie fluviale avec le canal du Rhône (Beaucaire) à Sète, long de 68 km et mis au grand gabarit par Voies Navigables de France.

 Limité à un trafic annuel d’environ 250.000 tonnes à ce jour selon VNF, le canal du Rhône à Sète pourrait jouer un rôle complémentaire au rail comme alternative à la route. Cet axe sous-utilisé, qui traverse en partie les étangs, doit être dragué, consolidé, et surtout recalibré pour y faire circuler des barges de 1.800 tonnes au lieu des 1.000 tonnes actuelles. Le coût total estimé s’élève à 160 millions d’euros, selon la chambre de commerce d’Occitnie. Le développement du fluvial depuis Sète éviterait, selon les autorités consulaires, 15.000 camions par an sur les routes.