La ligne à double voie électrifiée de la rive droite du Rhône reliant sur 254,5 km Givors (Rhône) à Grézan (Gard), exclusivement consacrée au fret depuis la suppression de tout service voyageurs en 1973, est l’objet de projets et de pressions pour une réouverture aux TER sur trois sections. La dernière demande, portée par une coalition d’élus municipaux et d’associations, vise un rétablissement du service voyageurs sur sa section nord entre Givors et Serrières, soit 40,10 km.

Givors-Serrières après Pont-Saint-Esprit-Avignon-Nîmes et Le Teil-La Voulte-Livron

 Cette demande de réouverture de Givors-Serrières s’ajoute à l’avant-projet étudié par la région Auvergne-Rhône-Alpes de réouverture de la section centrale Le Teil-La Voulte-Livron (Valence), d’une longueur de 30,7 km, et au projet très avancé de la région Occitanie pour sa section sud Pont-Saint-Esprit-Nîmes avec détour par Avignon-Centre, soit un linéaire à rouvrir d’environ 87 km en y incluant la section fret de raccordement Villeneuve-lès-Avignon-Avignon Centre permettant un crochet des futures TER Nîmes-Pont-Saint-Esprit par la Cité des Papes. L’Occitanie entendait faire circuler ses premiers TER par la rive droite du Rhône dès le service 2022, sur un mode réduit par rapport au projet final prévu pour 2026. Mais l'EPSF (Sécurité ferroviaire) a exigé des études et travaux complémentaires, reportant la circulation des premiers TER au service 2023.

DSCN3629Avignon Centre: le projet d'Occitanie prévoit d'y faire rebrousser la plupart de ses futurs sept allers-retours Nîmes-Pont-Saint-Esprit, soit une exploitation en deux tronçons commerciaux.  ©RDS

 L’Occitanie avance que la réouverture de la section sud concernera 683.000 habitants et 281.850 emplois, actuellement desservis par des lignes routières dont les temps de parcours sont environ deux-fois et demi plus longs que celui des futurs TER (entre Pont-Saint-Esprit et Avignon Centre, 35 mn prévus contre 1 h 25 mn par autocars). De quoi donner des arguments aux partisans de la réouverture de la section nord, qui se situe dans la sphère d’influence de la double métropole de Lyon et Saint-Etienne.

Sept gares potentiellement desservies au sud de Givors-Canal : quatre dans le Rhône, deux dans la Loire, une en Ardèche

 Serrières, extrémité sud envisagée pour un futur TER rive droite, est située à hauteur de Salaise sur la rive gauche du Rhône, station non desservie par les TER. La gare la plus proche est celle de Saint-Rambert d’Albon, sur la rive gauche à environ 6,5 km du centre de Serrières, moyennant les franchissements du Rhône et du canal parallèle avec écluse par des viaducs routiers. Saint-Rambert d’Albon est desservie en jour ouvrable par une vingtaine de TER par jour et par sens vers Lyon Perrache ou Lyon Part-Dieu.

 Les gares concernées par des services TER au départ de Lyon pourraient être au nombre de sept au sud de Givors-Canal, si l’on s’en réfère aux ancienne stations voyageurs : Loire-sur-Rhône (Rhône, 2.700 habitants), Sainte-Colombe-lès-Vienne (Rhône, 1.900 habitants), cette dernière située face à Vienne (Isère) dont la gare est l’est du centre-ville, Ampuis (Rhône, 2.800 habitants), Condrieu (Rhône, 4.000 habitants), Chavanay (Loire, 2.900 habitants), Saint-Pierre-de-Bœuf (Loire, 1.750 habitants), Serrières (Ardèche, 1.100 habitants). Toutes ces communes, hormis Serrières, voient leur population croître.

Pour relier Vienne depuis les gares de la vallée du Rhône (rive gauche), il est impératif de remonter à Lyon

 Cette section de la ligne de la rive droite du Rhône est notoirement proche de celle, parallèle, de la rive gauche au point qu’on l’aperçoit aisément depuis les TER qui circulent côté département de l’Isère. L’avantage de sa réouverture ne consisterait pas seulement à éviter aux habitants de la rive droite de traverser la vallée et les ponts sur le Rhône pour aller prendre leur TER vers Lyon de l’autre côté. Sa réouverture leur permettrait, de plus, de trouver des correspondances aisées vers Saint-Etienne à Givors-Canal.

 Il est intéressant de noter qu'actuellement les TER de la ligne de la rive gauche imposent un changement à Lyon Part-Dieu ou Perrache pour les voyageurs montés à Saint-Rambert d’Albon et souhaitant se rendre à Saint-Etienne, ou dans les communes de la vallée du Giers, aucun train desservant cette gare n’étant omnibus entre Vienne et Lyon et aucun train Part-Dieu-Saint-Etienne n’étant omnibus entre Lyon et Chasse-sur-Rhône, au nord de Vienne. Cette dernière caractéristique implique la même peine pour les parcours Vienne-Saint-Etienne...

FGare de Vienne. Tous les trains qui la desservent sont destination Lyon Part-Dieu ou Lyon Perrache et au-delà. Pour Saint-Etienne, aucun train direct et une correspondance imposée dans l'une des deux gares lyonnaises, soit un parcours aller-retour sur le même axe d'une cinquantaine de kilomètres. Illustration de la conception monocentrique du réseau appliquée à une région multipolaire. © RDS

 Cette organisation empêche de trouver une correspondance au sud de Lyon (par exemple à Chasse-sur-Rhône) vers Saint-Etienne et la vallée du Giers depuis les stations TER de la rive gauche. Le modèle centraliste français démontre, là encore et à l’échelle d’une région multipolaire, sa parfaite inconséquence. La réouverture de la rive droite permettrait de rétablir des possibilités de parcours ferroviaire voyageurs entre Saint-Etienne et la vallée du Rhône au sud de Lyon sans obligation de transiter par Part-Dieu ou Perrache et d'effectuer un aller-retour contre-productif d’environ 50 km sur la section Lyon-Givors longue d'environ 25 km. 

Des élus unis pour la réouverture de Givors-Serrières à quelques mois des élections régionales

 L'Association des usagers du TER de la vallée du Rhône (AuterVR), active depuis longtemps, a obtenu ces derniers temps le soutien des municipalités de Condrieu, Loire-sur-Rhône, Sainte-Colombe, Chavanay, Saint-Pierre-de-Bœuf, Saint-Romain-en-Gal et Givors en faveur de la réouverture aux voyageurs de Givors-Serrières. Les élus de Givors vont même plus loin puisqu’ils estiment, avec leur maire Mohamed Boudjellaba (divers gauche qui a fait appel d’une annulation des élections municipales), que cette réouverture serait complémentaire d’un prolongement de la ligne du train-tram de l’Ouest lyonnais de Brignais à Givors. Cette autre demande relève là aussi d’une volonté de maillage multipolaire du réseau (accès depuis Saint-Etienne et la vallée du Giers vers l’Ouest lyonnais et Gorge-de-Loup).

Extrait de la carte du réseau ferré national de la région étudiée. La gare de Serrières, non mentionnée, sur la ligne de la rive droite du Rhône figurée en vert (trafic fret uniquement), se situe approximativement à la hauteur de Saint-Rambert d'Albon de l'autre côté du Rhône, à 4,1 km au nord de Peyraud. 

 Interrogé par le quotidien lyonnais Le Progrès (édition "sud-ouest lyonnais" du 1er mars 2021), SNCF Réseau « ne se prononce pas ». Le gestionnaire d’infrastructure se contente d’énumérer les obstacles à un tel rétablissement du service voyageurs – bien que le trafic fret soit notoirement modeste sur la rive droite du Rhône et qu’un apport de TER ne puisse que profiter à son activité. « Il faut comprendre qu’un train de fret ne fait que passer alors qu’un train de voyageurs consomme plus de capacités en terme d’occupation des sillons ferroviaires car il s’arrête dans une succession de gares », argumentait le contact chez SNCF Réseau auprès du Progrès. Selon les sources du journal, une vingtaine de trains de fret, deux sens confondus, empruntent la ligne chaque jour, ce qui laisse un peu de marge...

SNCF doit recenser les sillons disponibles, étudier les installations de sécurité, rehausser les quais…

 SNCF Réseau rappelle par ailleurs la liste impressionnante des opérations à mener pour permettre le rétablissement d’un service voyageurs sur une ligne pourtant en service, à double voie et électrifiée. Outre l’étude de fréquentation et de rentabilité socio-économique, il faudrait une étude de faisabilité technique. Cette dernière inclurait une recension des sillons disponibles, une analyse de sécurité avec de potentielles suppressions de passages à niveau, des reconstructions de quais lors qu’ils n’ont pas bougé depuis un siècle et se sont dégradés, des bâtiments ou abris à aménager, des passages supérieurs à construire. Il conviendrait aussi de créer une voie de refoulement au terminus de Serrières, sauf à prolonger les TER jusqu'à Saint-Rambert d'Albon, dotée d'un vaste faisceau et offrant les correspondances de et vers le sud.

 La demande d'offre des élus n’est pas considérable. Le maire de Loire-sur-Rhône, Guy Martinet, n’imagine que « deux trains le matin et deux trains le soir pour une desserte locale ». Mais la modestie de cette proposition peut-elle justifier une telle remise à niveau des installations ? Seule une desserte plus fréquente justifierait les importants travaux nécessaires au rétablissement d’un trafic voyageurs local.

Serrières GareGare de Serrières (Ardèche) côté voies, sur une carte postale du début du XXe siècle. Cet établissement ne voit plus passer de trains de voyageurs depuis 1973. A 4,1 km au sud, la gare de Peyraud, ancien noeud ferroviaire avec le double embranchement vers Annonay à l'ouest (déclassé) et vers Saint-Rambert d'Albon à l'est par la traversée du Rhône, implique un plan de voies plus généreux. Un service prolongé à Saint-Rambert offrirait d'intéressantes correspondances, dans une gare au vaste faisceau de voies.

 Se pose aussi la question de l’origine-destination de tels TER : navettes Givors-Serrières, imposant un changement pour tous les au-delà ? Amorce à Lyon Perrache en doublant les Perrache-Saint-Etienne via Oullins, Irigny, Pierre-Bénite par quelques Perrache-Serrières en pointes ? Intégration au réseau de trains-trams de l’Ouest-lyonnais après réactivation de la section Brignais-Givors et prolongation de quelques rotations jusqu’à Serrières (le courant de traction resterait le 1,5kV sur tout le parcours) ? Questions délicates, la réactivation de Givors-Serrières ne pouvant s'envisager que dans le cadre plus large d'origines-destinations multiples.

La rive droite du Rhône, une ligne affaiblie par la disparition de toutes ses antennes vers l’intérieur de l’Ardèche

 Christiane Charnay, ancienne maire (PCF) de Givors et élue métropolitaine qui vise à reconquérir son siège de maire à Givors, estime quant à elle que c’est l’ensemble de la ligne Givors-Grézan qui devrait être rouverte aux voyageurs. Vaste programme... Les élections régionales et départementales approchent.

 Il convient de relever pour conclure que les projets de réactivation voyageurs sur la ligne de la rive droite du Rhône ne peuvent être dissociés de leur intégration à des projets de liaisons est-ouest, seuls à même de valoriser l’axe par ses affluents. Il en va ainsi de la desserte d’Avignon Centre pour le projet d’Occitanie, ou de l’extension du projet Le Teil-Livron jusqu’à Valence-TGV et Romans pour celui d’Auvergne-Rhône-Alpes. Un projet Saint-Rambert - Givors via Serrières répondrait à cet impératif de maillage.

 Reste que pour une exploitation sur l’ensemble de l’axe, la principale faiblesse réside dans l’absence de toute prolongation vers l’intérieur du département de l’Ardèche après suppression des lignes embranchées de Peyraud vers Annonay Dunières et Firminy, du Pouzin vers Privas, du Teil vers Aubenas et Alès. Sans parler des voies métriques de Tournon et La Voulte vers le nord de l’Ardèche (Le Cheylard, Dunières…) ou de divers tramways affluents.

 L’effet réseau enrichit les axes principaux. Le démaillage du réseau les appauvrit.

TDS71835Extrait de la carte des réseaux ferrés français éditée dans les années 1930. On distingue nettement les multiples lignes ferroviaires greffées sur la rive droite du Rhône. Il ne reste plus aujourd'hui que les jonctions avec la rive gauche: Chasse-Givors, Peyraud-Saint-Rambert d'Albon, La Voulte-Livron, Villeneuve-lès-Avignon - Avignon Centre, les trois derniers exploités pour le fret uniquement et d'éventuels détournements voyageurs.