Bien que député de la majorité macroniste, le député radical de gauche des Hautes-Alpes Joël Giraud vient d’annoncer une victoire contre ce « monde nouveau » qui pratique sa disruption en liquidant les services publics dans les « territoires ». Après une longue bataille menée de concert avec les associations, il a pu annoncer le 1er juin que le train de nuit entre Briançon et Paris « circulera à nouveau dès le premier week-end de juillet » et non à la rentrée comme redouté jusqu’ici. Il aura toutefois fallu deux mois après la fin du confinement pour que ce train roule de nouveau.

BriançonIntercité de nuit Paris-gare-de-Lyon-Briançon à l'arrivée dans la cité delphinale, tracté par deux BB75300 indispensables pour gravir plusieurs sections de déclivité de 25‰ entre Die et Briançon.On distingue des rames automotrices TER, surchargées en période touristique et qui assurent une importante desserte intra-régionale. (Doc. Wikipedia)

 La SNCF justifie ce retard par l’impossibilité, selon elle, de mettre en œuvre la distanciation physique dans ce type de rame, alors que partout ailleurs dans les pays voisins, tout aussi touchés par le coronavirus, les trains de nuit se sont remis à circuler.

Les voyageurs seront limités à quatre dans une cabine de six, mesure prise avec deux mois de retard

 Pourtant, communique Joël Giraud après une rencontre avec le directeur de l’activité Intercités de l’entreprise publique, « la SNCF va présenter cette semaine à la cellule interministérielle mise en place pour le déconfinement un plan de retour du train de nuit Paris-Briançon à compter du premier week-end de juillet ». « Il faudra voyager à quatre au lieu de six dans les couchettes de 2e classe et pour conserver une distance de sécurité sans avoir à porter de masque, les voyageurs devront se coucher tête bêche », dit-il. La mesure aurait pu être appliquée deux mois avant.

BriançonGare de Briançon. A 857,83 km de Paris, une destination hautement touristique hiver comme été. Dans sa volonté de rationalisation financière et sous le trop facile prétexte sanitaire, SNCF Voyageurs menaçait de renvoyer le rétablissement du train de nuit après l'été, une catastrophe pour l'activité de la haute vallée de la Durance. L'alternative TGV-autocar par l'Italie voisine présente les gros inconvénients d'une rupture de mode (fer-route), du passage du col de Montgenèvre et de l'absence de desserte directe pour les nombreuses  localités situées sur les 223,5 km séparant Briançon et Valence. (Doc. Wikipédia)

Cette mesure aurait pu être appliquée bien plus tôt, comme pour tous les autres trains de voyageurs français. Joël Giraud, rapporte le Dauphiné Libéré, « avait alerté la ministre des Transports mais aussi l’Élysée et Matignon face à cette situation d’autant plus incompréhensible que l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche et tous les pays d’Europe du Nord et de l’Est rouvraient leurs réseaux de nuit à partir du 26 juin ».

  Le député insiste désormais pour que les places soient rapidement commercialisées afin de favoriser son remplissage : « Sa mise en réservation tardive conduirait les usagers à ne pas l’emprunter, ce qui serait inacceptable ». Joël Giraud en a appelé aussi au rétablissement rapide des trois allers-retours TER bi-régionaux Valence-Briançon. Si les Hautes-Alpes, département issu pourtant du Dauphiné historique, sont en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Drôme tout aussi dauphinoise est située en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Un parcours de 857,83 km dont 223,5 km en zone de montagnes

 Après avoir emprunté les 634,33 km de la ligne classique entre Paris-gare de Lyon et la jonction de Livron via Valence-Ville,  ce Paris-Briançon de nuit poursuit sur la magnifique ligne de la vallée de la Drôme par Crest, Die, avant de passer le viaduc du Claps long du 217 m au-dessus du saut de la Drôme, puis le tunnel du col de Cabre long de 3.743 m qui s’ouvre sur le bassin versant du Buëch.

(Valence)-Livron-Briançon : cette ligne de vallées alpines longeant le Vercors, les Ecrins et le Queyras, serpentant le long du lac de Serre-Ponçon, est desservie en temps normal par trois TER bi-régionaux judicieusement amorcés à Romans-Bourg-de-Péage, desservant ainsi Valence-TGV. Ces TER sont surchargés en saison touristique. Le train Intercités de nuit Paris-Briançon permet une relation directe évitant les changements TER-TGV aux voyageurs vacanciers souvent très chargés et d'économiser une nuitée.

 A Aspres-sur-Buëch, à 109,5 km de Livron, notre train de nuit retrouve la ligne Grenoble-Veynes jusqu’à Veynes, à 6,5 km de là, après la jonction de la ligne de Marseille. De Veynes à Briançon (107,5 km) il dessert une série de localités actives et centres de régions de tourisme alpin d’hiver comme d’été, en particulier Gap, Savines-le-Lac, Embrun, Montdauphin-Guillestre, L’Argentière-les-Ecrins et Briançon. Le parcours Paris-Briançon cumule 857,83 km, une distance parfaite pour un train de nuit.

 Pour souligner l’éloignement de la ville fortifiée de Briançon (1.203 m d’altitude à la gare), rappelons que la distance la séparant de Oulx, en Italie de l’autre côté du col du Montgenèvre situé à 1.854 m d’altitude, n’est que de 31 km, mais par une route de haute montagne. Cette courte distance pousse la SNCF à prôner un bricolage avec report du flux voyageurs de Briançon sur les TGV Milan-Paris. Elle oublie simplement au passage le « détail » que constitue la desserte sur 223,5 km des localités intermédiaires entre Briançon et Valence par un train direct de et vers Paris, et l’inconvénient majeur d’une rupture modale (voire de deux pour les localités en aval de Briançon). Le tropisme parisien et son obsession de l’intermodalité, cache-sexe du désengagement ferroviaire en régions, sera décidément toujours fatal à nos territoires.

Joël Giraud : « Les Hautes-Alpes ont disparu littéralement de la carte ferroviaire »

 Avec l’annulation depuis le déconfinement de cet Intercités de nuit Paris-Briançon, explique encore Joël Giraud, « les Hautes-Alpes disparaissent littéralement de la carte ferroviaire ». Le député souligne qu’il n’avait été rétabli, courant mai, « qu’un seul train Valence-Briançon avec changement à Gap dans la journée », ce qui faisaitt arriver à Briançon qu’après 22 h 30, heure à laquelle il est impossible de s’installer dans une location ».

 Le député se plaît à relever à l’intention de SNCF Voyageurs que la totalité des trains de nuit était de retour dès le 26 juin en Allemagne, Italie, Suisse, Belgique, Autriche… « avec des mesures barrières d’autant plus faciles à mettre en œuvre que ces trains sont à réservation obligatoire !... et que l’on peut gérer la capacité, la position dans les couchettes sans problème ! ». Pour l’élu, « la SNCF essaie à nouveau de contrer le maintien voire le développement des trains de nuit voulu par le gouvernement dans la loi d’orientation des mobilités ». Il avait donc saisi la ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne, « de ce nouveau coup de force de la SNCF ».

BriançonVue générale de Briançon, avec la collégiale Notre-Dame-et-Saint-Nicolas dans la ville haute dont les fortifications conçues par Vauban sont classées au patrimoine mondial de l'Unesco. On aperçoit le faisceau ferroviaire de la gare terminus, situé à 1.203 m d'altitude. La ville haute est située à l'altitude 1.326 m. L'aire urbaine compte quelque 20.000 habitants mais une fréquentation touristique massive, avec de nombreuses stations alentour (Montgenèvre, Serre-Chevalier...) et l'exceptionnelle vallée de Névache. La desserte ferroviaire est vitale pour cette région d'exception, tant vers Paris que vers la vallée du Rhône, le sillon alpin ou Marseille. (Doc. Wikipedia).

Notons pour conclure que plusieurs collectifs d’associations d’usagers et d’élus, dont celui de l’étoile ferroviaire de Veynes, avaient interpellé par courrier Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’État aux Transports, au sujet du possible blocage des trains de nuit tout l’été, qu’il s’agisse du Paris-gare de Lyon-Briançon ou du Paris-Austerlitz-Rodez/Portbou. Ils protestaient contre « cette nouvelle discrimination en défaveur des trains de nuit dont l’impact serait considérable pour les habitants, mais également pour l’économie de tous ces territoires, dont certains jouent leur saison sur la possibilité de réserver, ou pas, son trajet de vacances ».