(*) Complété le 12 février avec lien en fin de texte vers un article détaillant la répartition TGV entre les deux gares de Montpellier -

Il y a eu deux mois de grève, qui ont fait s’effondrer le chiffre d’affaire des commerces installés dans la vaste gare de Montpellier-Saint-Roch. Mais cet événement ponctuel masque une tendance plus lourde. L'éclatement du trafic TGV, toutes destinations confondues, entre la gare Saint-Roch et la gare de Montpellier-Sud-de-France, à 6km du centre-ville, va rendre extrêmement difficile un rétablissement durable du chiffre d’affaire. C’est toute la politique de valorisation commerciale de l’espace gare entrepris par Gares & Connexions qui est ainsi battu en brèche par l’éclatement des trafics ferroviaires voyageurs dans cette ville de taille intermédiaire, dont l’intercommunalité compte quelque 480.000 habitants.

IMG_20200203_094714La longue ogive du niveau supérieur de la gare de Montpellier-Saint-Roch créée en 2014 pour une extension de plus de 50 millions d'euros, est entourée de part et d'autre par une série de commerces. ©RDS

 Les rumeurs les plus alarmistes courent en gare de Montpellier-Saint-Roch, tant parmi les cheminots que parmi les personnels des boutiques qui se sont installées depuis l’extension magistrale du bâtiment voyageurs. La gare a été magnifiquement restructurée, pour plus de 50 millions d’euros, avec création d’une ogive surplombant les voies longue de quelque 200 mètres, flanquée de multiples espaces de vente, guichets SNCF, boutiques de voyage, marchand de journaux, commerces alimentaires, locations de voitures. Au rez-de-chaussée sont installés une supérette et un second kiosque à journaux. L’inauguration a eu lieu en décembre 2014. Auparavant, le nombre de voies à quai avait été progressivement porté de quatre à six, moyennant de lourds travaux sur la superstructure et la signalisation.

La fréquence des TGV directs au départ de Saint-Roch connaît des trous considérables : 5 heures le matin vers Lyon

 Au service annuel 2020, environ 50% des trains à grande vitesse ont été déportés de Montpellier-Saint-Roch à Montpellier-Sud-de-France sur le CNM. La fréquence au départ de Saint-Roch pour Lyon (330km), par exemple, connaît des trous considérables, sans aucun TGV direct entre 6h30 et 11h30 soit 5 heures sans relation. Or la gare Saint-Roch est au centre du réseau des quatre lignes de tramway qui la desservent remarquablement, tandis que Sud-de-France ne sera, à l’horizon 2022, qu’au terminus d’une seule de ces lignes, imposant à la majorité des usagers du transport public, au mieux un long trajet, au pire et plus généralement une correspondance…. à la station commune Gare Saint-Roch.

  Aujourd’hui que la grève est suspendue, l’activité reprend en gare Saint-Roch, mais bien plus faible qu’avant le début du mouvement social, le 5 décembre. C’est aujourd’hui que les commerces découvrent l’ampleur durable du ralentissement des passages en gare. La chalandise traditionnelle des TGV, a priori à bon pouvoir d’achat, s’est considérablement amenuisée, d’environ la moitié de la cinquantaine de circulations à grande vitesse assurées avant l’ouverture de Sud-de-France. Cette dernière a d’abord reçu quelques trains à grande vitesse, avant le grand basculement jusqu’ici masqué par la grève.

Contrairement à la clientèle TGV, la clientèle TER est moins encline à flâner en gare

 Demeurent à Saint-Roch, outre une partie de la clientèle TGV, les clients des Intercités, soit douze circulations par jour, toutes rétablies à Saint-Roch après avoir été momentanément dispersées entre les deux gares. Mais Saint-Roch est désormais dominée par l’important flux de voyageurs locaux dont l’augmentation est favorisée par la hausse des fréquences TER, elle-même permise en grande partie par le report sur la ligne nouvelle de la grande majorité du trafic fret. Or les usagers des TER, généralement voyageurs pendulaires se rendant sur leur lieu de travail ou d’études, sont évidemment peu enclins à flâner en gare, contrairement à la clientèle TGV.

IMG_20200203_094743Février 2020: dix-sept départs, tous types de trains compris, en quatre heures sur les moniteurs de Montpellier-Saint-Roch, en forte baisse par rapport au service antérieur. Très peu de TGV, des Intercités Grand Sud et surtout des TER. Aucun TGV direct vers Lyon entre 6h30 et 11h30. ©RDS

 Le choc entre l’ambition de valorisation commerciale de Gares & Connexion et la politique de démembrement des flux de Voyages SNCF est flagrant. On annonce à Saint-Roch la fermeture d’une importante boutique et le remplacement probable d’une autre. Un marchand de bagage offre des réductions record sur tous ses produits. Le flux chez le principal marchand de journaux se redresse avec peine et il est loin d’atteindre son niveau antérieur à la grève.

 Cette baisse d’activité n’est pas compensée par Sud-de-France, où seul un marchand de journaux s’est installé avec une ouverture limitée de 9h30 à 16h30 malgré l’abondance nouvelle des trains à grande vitesse. L’alimentaire n’y est assuré que par un distributeur automatique. Il n’existe pas de guichet physique à Sud-de-France, seul celui de Saint-Roch fonctionnant encore, avec un personnel particulièrement aimable et accueillant.

Sur les commerces, des dégâts collatéraux probablement durables

 La dispersion entre deux gares de mêmes destinations ferroviaires pour un gain de temps de l’ordre d’une dizaine de minutes, est contre-productive en terme de souplesse d’emprunt, de fréquences et, dans ce cas précis, de correspondances TGV-TER et TGV-Intercités. De plus elle entraîne, on le voit, des dégâts collatéraux commerciaux probablement durables. Même si la fréquentation globale reste stable voire en légère croissance, l’entretien de deux espaces de vente par un même commerçant pour un même flux cumulé sera évidemment moins rentable que celui d’un seul.

DSCN1290Montpellier-Sud-de-France vue depuis l'est, avec la nouvelle autoroute A9 et le bassin de rétention qui lui sont accolés. Il faut franchir deux autoroutes, l'A709 (ex-A9) et l'A9, pour accéder à la nouvelle gare depuis la ville. Une extension sur 1,2km de la longue ligne 1 du tramway depuis Odysseum, pour 40 millions d'euros, est programmée avec mise en service annoncée fin 2022. La gare nouvelle sera son futur terminus. ©RDS

 La municipalité sortante a cru bon devoir rédiger une pleine page dans son dernier magazine pour vanter auprès des Montpelliérains la supposée simplicité d’usage de Montpellier-Sud-de-France, dont le coût dépasse les 135 millions d'euros. Car ce sont les impôts de habitants qui vont financer les 40 millions d'euros d'extension de la ligne 1 du tramway, avec pour seul objectif de desservir la gare nouvelle. Une partie de l'opposition municipale a pris comme thème de campagne le retour des TGV en gare Saint-Roch.


Lien vers une analyse exacte de la répartition des circulations TGV Ile-de-France-Languedoc entre les deux gares montpelliéraines, par le site spécialisé tramwaydemontpellier.net :

9 février 2020 - Répartition des TGV directs en direction et en provenance de Paris gare de Lyon entre les gares de Montpellier Saint-Roch et de Montpellier Sud de France

Maintenant que la circulation des trains à grande vitesse est redevenue normale sur le réseau SNCF depuis une quinzaine de jours, il est désormais possible de faire le point sur la répartition des TGV directs (TGV Inoui, TGV RENFE-SNCF et TGV Ouigo) entre les gares de Montpellier Saint-Roch et de Montpellier Sud de France en...

http://tramwaydemontpellier.net